Archives de Catégorie: Billet d’humeur

Apple : Tim Cook vante les mérites de la RGPD à Bruxelles, mais est plus amnésique sur les pratiques d’Apple en Chine :)

Capture d_écran 2018-10-25 à 08.22.37Tim Cook, le PDG D’Apple était à Bruxelles pour dire tout le bien qu’il pense de la RGPD et de la confidentialité des données au sens large. Le modèle européen devrait être selon lui  être mis en place également aux Etats Unis pour éviter des dérives d’un certains nombres d’acteurs… Suivez son regard.

Sur le fond, Tim Cook a sans aucun doute raison et les sociétés qui exploitent les données personnelles devraient sans doute respecter plus de règles comme par exemple d’indiquer clairement ceci par des messages explicites lors de la souscription à leur services, indiquer par exemple comme première phrase : « Ici les services ne se payent pas en Euros mais avec l’exploitation de vos données personnelles« , ensuite à vous de juger.

Mais Tim Cook, qui n’hésite pas à se servir de cet argument pour lutter contre Google, Facebook et autres, reste beaucoup plus silencieux sur les pratiques d’Apple en Chine. C’est ce que fait remarquer à juste titre l’ancien chef de la sécurité de Facebook Alex Stamos qui vient de quitter il y quelques mois la société.

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GAFA : L’Allemagne pourrait torpiller une initiative « intéressante » de l’UE sur la taxation des profits des géants de l’Internet

GAFA logoL’Allemagne avait accueilli avec réserve la proposition de la Commission européenne de fixer à 3% le taux de la taxe transitoire sur le chiffre d’affaires imposée aux géants d’internet, que sont les GAFA, GAFAM (avec Microsoft), les BATX (en Asie) ou les NATU, en attendant une réforme fiscale en profondeur.

Cette mesure pourtant assez prudente, voire timorée compte tenu du fait que ces entreprises ne payent en Europe que des impôts basés sur 8,5% à 10,1% de leurs profits, alors qu’il oscille entre 20,9% et 23,2% pour les sociétés qui déclarent tous leurs bénéfices en Europe (en fait 33% pour une PME Française, mais bon…). Et même si cet exercice dit d’optimisation fiscale n’est pas utilisé que par que les géants d’Internet, l’initiative de l’UE de juste participation géographique à l’impôt peut paraitre une bonne première étape, d’autant que cette simple première étape, qui si elle est mise en œuvre (pas avant 2019 en tout état de cause) pourrait rapporter environ cinq milliards d’euros.

Mais le ministère allemand des finances songerait selon le journal allemand Bild, qui a pu consulter un document confidentiel à annuler son plan sur la fiscalité des grands acteurs du numérique. Ce document du ministère des Finances mentionne que la « diabolisation » des grandes entreprises numériques « n’est pas productive ».

L’analyse de l’agence de presse Reuter est intéressante, montrant certaines contradictions politiques probables d’un ministre des finances (Olaf Scholz), membre du parti social-démocrate (SPD), et donc de la coalition de la chancelière Angela Merkel, qui avait fait de la taxation des “Gafa” l’un de ses thèmes de campagne lors des élections de l’année dernière.

Donc entre l’Irlande qui est assez logiquement contre cette proposition et l’Allemagne qui tergiverse, assez logiquement il est peu probable que l’UE ne se tranche avant des années sur ce problème des relations entre les instances gouvernementales et les géants d’internet que nous avions évoqué lors du billet PETITE MISE AU POINT SUR LES « GAFA ».

Petite mise au point sur les « GAFA »

Il y a 3 ans, dans cette même Lettre Calipia, nous vous proposions un article résumant une étude très complète de la société Fabernovel sur un phénomène alors assez nouveau : Les GAFA. Cette étude, intitulée GAFAnomics[1] décryptait les facteurs de performances des GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). Outre le bouleversement des usages, cette étude mettait en avant la rupture insufflée par ces géants du numérique concernant les règles établies de la stratégie business (concepts de marché, concurrence, positionnement, etc.).

Et si le ton de notre propos était à l’époque pour le moins positif, nous mettions cependant en garde contre les travers possibles liés à la monétarisation des données personnelles et à une certaine décontraction affichée face au concept de redistribution par l’impôt. Les résultats financiers de ces quatre entreprises étaient cependant ébouriffants et elles étaient en quelques années devenues quasi monopolistiques dans des pans entiers de l’industrie du numérique avec des stratégies innovantes. Ce qui suscitait une certaine admiration de la part des commentateurs et responsables à tel point que le terme de GAFA est quasiment devenu un mot-valise pour illustrer la réussite foudroyante des acteurs de la scène digitale.

Après trois années il nous a cependant paru intéressant de vous proposer ce nouvel article, dans lequel nous allons mettre en avant un certain nombre de dérives qui ont considérablement écorné l’image positive qu’avaient à l’époque ces sociétés.

Pour reprendre la formule d’Éric Scherer, directeur de la prospective de France Télévision dans meta-media[2] voici le déroulé de la situation :

  1. En galopins, au début, ils amusaient ;
  2. En barbares, ensuite, ils étonnaient ;
  3. En monstres, aujourd’hui, ils effraient.

De qui parle t’on en fait ?

Il est rare, en France, qu’une journée ne se passe sans que le terme GAFA (le plus souvent « Les GAFA ») ne soit employé. On le trouve dans la presse web et papier, à la radio, à la télé, mais aussi dans la bouche de candidats à la présidentielle, sous la plume d’économistes ou dans les rapports des associations et organismes qui s’intéressent à la vie du numérique.

Mais dire « Les GAFA », c’est faire un rassemblement qui n’a, au fond, pas beaucoup de sens. Ces sociétés ne sont pas une entité homogène avec une stratégie commune de domination mondiale, mais bel et bien des concurrents avec chacune ses particularités.

  • Apple est loin d’être né du Web et encore aujourd’hui, l’entreprise de Cupertino est plus connue pour son matériel que pour ses logiciels ou son importance dans le cloud (bien qu’elle soit réelle).
  • Google est une agence de publicité, un moteur de recherche, un créateur de robot, un fournisseur d’accès à Internet, un fonds d’investissement, un chercheur en santé et en intelligence artificielle… et Google ne s’appelle plus Google, mais Alphabet.
  • Amazon est un e-commerçant. Tout ce que fait Amazon n’a qu’un but : vendre toujours plus de choses sur Amazon. Kindle, 1-Click, Dash, Alexa, Premium, Prime Now et autres services se regroupent autour de l’activité principale du géant de Seattle : c’est une boutique qui veut vendre des choses matérielles ou immatérielles. Une grosse boutique internationale, mais une boutique quand même.
  • Facebook, enfin, est un réseau social, une régie publicitaire, une plateforme de contenu, un kiosque pour les médias (voire un média), un autre réseau social (Instagram) ou un explorateur de tendances technologiques. C’est, dans un sens, celui qui s’approche le plus de Google / Alphabet.

Donc « Les GAFA » est une expression qui est certes populaire et sans beaucoup de sens, mais qui est surtout devenu symbolique du fait que le fonctionnement de l’économie digitale favorise les économies d’échelles et la domination très forte de quelques acteurs ayant eu des succès très rapides dans des domaines tels que la recherche, les réseaux sociaux, la publicité, le e-commerce, la diffusion de contenu, les nouveaux matériels, etc. Et ce avec des stratégies commerciales agressives, avec une exploitation éhontée des données personnelles collectées et avec une certaine dextérité pour contourner les lois fiscales des pays dans lesquels ils opèrent.

Et a ce titre il serait intéressant d’intégrer dans la liste originale des acteurs traditionnels tels que Microsoft (on parle de plus en plus de GAFAM), mais aussi la société IBM si on anticipe un peu la future importance des acteurs de « l’Intelligence Artificielle » (encore une notion qui mériterait quelques développements).

Pour rester dans le domaine des sociétés américaines, Netflix, Airbnb, Tesla, Uber (« Les NATU ») sont aussi dans le profil. Les chinois quant à eux ne sont pas en reste avec Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi (« Les BATX ») auxquels on peut ajouter Huawei. Et on peut enfin ajouter la japonaise Softbank, le coréen Samsung, et les russes Yandex et Vkontakte pour compléter la liste des monstres du numérique.

Et autant dire que le terrain de jeu de ces GAFA, NATU, BATX, c’est une Union Européenne qui est dépourvue de stratégie et est devenue un nain de l‘industrie numérique. Avec des conséquences sociétales qui sont assez considérables et surtout non maitrisées par les gouvernements qui semblent pour le moins dépassés par la situation et la puissance financière de ces acteurs du numérique que par facilité nous qualifierons de GAFA.

Des chiffres qui donnent le tournis

Avec plus de 540.000 employés Amazon a désormais la taille d’un petit pays ! En trois mois fin 2017 elle a ajouté 160.000 personnes à ses effectifs et doublé de taille en un peu plus d’un an. Au rythme de +30% par an, elle emploiera plus d’un million de personnes d’ici trois ans.

Article GAFA 1

Le groupe vend plus de 350 millions de produits différents en concurrence directe avec plus de 130 grandes firmes. Aux Etats-Unis, Amazon est devenu non seulement le principal magasin en ligne, mais aussi un intermédiaire crucial de la culture et du divertissement (livres, vidéos, …), de l’alimentation (Whole Foods) et depuis peu un majordome domestique, via ses nouvelles bornes intelligentes (Echo, Alexa…).

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Cash Investigation sur Microsoft

cash_investigationUn petit commentaire (et coup de gueule en fait) sur le dernier numéro de Cash investigation hier soir sur France 2…

Autant le dire tout de suite, j’ai trouvé l’émission d’hier soir terriblement racoleuse. Si j’apprécie habituellement Elise Lucet pour sa pugnacité, son coté bulldog, l’émission d’hier soir sur Microsoft en particulier, sous couvert de révélations sur les défauts de l’état dans sa gestion des contrats avec les entreprises, était de mon point de vue très décevante. Des éléments uniquement à charge certes, un traitement très racoleur du sujet (c’est un peu la marque de fabrique de cette émission), mais surtout rien de neuf ! Qu’avons nous appris ?

  • Que le ministère de la défense utilise largement des produits Microsoft, comme toute entreprise française, ou toute organisation publique française, tout comme d’autres produits d’autres fournisseurs informatique : Oracle, IBM, etc (au passage quasiment tous américains…).
  • Que le contrat est important (on parle ici de 40 millions d’euros par an), c’est à dire à peut près autant, voir moins que les fournisseurs cités plus haut 🙂
  • Que ceci aurait été moins cher d’utiliser Linux et Open Office : le même discours tenu depuis 15 ans qui on le sait, n’est pas si simple et ne porte que sur le cout d’acquisition et pas le cout d’usage, de maintenance, etc. Si c’était si évident, on se demande pourquoi en 15 ans, Open Office ne dépasse toujours pas les 2% de parts de marchés…
  • Que Windows et Internet Explorer contiennent des failles de sécurité importantes, en laissant entendre que c’est le seul : c’est oublier un peu vite que Linux & co sont truffés de failles largement révélées par les organismes indépendants tel que Secunia ou autre. On remarquera au passage que les journalistes de Cash Investigation sont plus malins, ils utilisent des produits Apple (mac, iPad & co) dont on sait qu’ils sont dépourvus de failles de sécurité… il suffit de voir les correctifs (et tant mieux) régulier d’Apple pour s’en convaincre 🙂 . La partie prise de contrôle d’un poste de travail sous Windows 7 par un professeur « expert ancien des services secrets » était sans doute la plus divertissante, émotion garantie… de quoi alimenter tous les partisans de la théorie du complot. Ce dernier doit former de sacrés « experts » pour nos entreprises demain…
  • Que Microsoft utilise l’Irlande comme paradis fiscal depuis plus de 15 ans. Comme 100% des boites technologiques ou presque (ce qui n’excuse personne au passage) mais en gros rien de neuf.
  • etc.

Finalement, lorsque l’on connait un peu un sujet, on trouve cette émission beaucoup moins pertinente… de quoi relativiser aussi l’objectivité des autres sujets traités par l’équipe de Cash Investigation, dommage…

Google va finalement payer des impôts en France… euh vraiment ?

Nous apprenions hier soir que le fisc réclame à Google 1,6 Milliards d’impôts composés à la fois « d’erreur de déclaration » et d’une amende. Un beau cadeau d’accueil pour la visite du CEO de Google en France 🙂

L’état se serait-il enfin engagé à lutter efficacement contre le manque à gagner de Ya bo Googlel’évasion fiscale en Europe ? Nous dénoncions dans un billet il y a près de 6 ans (Entreprises citoyennes) l’évasion fiscale des sociétés technologiques, mais même avec 1,6 Milliards pour  Google on est encore très loin du compte… D’autant plus que le principe de concurrence fiscale en Europe (avec l’Irlande principalement, appelons un chat un chat) ne semble pas être remis en cause par ce redressement qui porte sur l’achat (et donc la vente) publicitaire dont le géant de Mountain View à visiblement eu du mal à démontrer qu’il se faisait en Irlande et aux Bermudes. Il y a quelques années c’est sur cette même activité que Microsoft France avait été épinglée, avec des sommes dues beaucoup plus petites et proportionnelles au succès (!) de la régie publicitaire d’MSN…
Mais quid des autres mécaniques du « sandwich irlandais » ? Qui permettent à une entreprise (technologique ou pharmaceutique par exemple)  de payer 50 fois moins d’impôts (en pourcentage) qu’une PME française, grâce au statut magique « d’agent commissionné » et cela en toute légalité, comme le disent à juste titre  les dirigeants locaux de ces grands groupes ?

Bon je crois que finalement on va encore attendre un peu pour que cela change profondément. En attendant ne boudons pas notre plaisir pour ce petit pas 🙂

l’Etat investi dans une solution Open Source pour concurrencer Google Apps et Office 365…

Le titre est très alléchant. C’est sans doute ce que voulait le PDG de Linagora en relayant massivement cette information. Et c’est globalement assez réussi, toute la presse en parle et en particulier la presse économique (dont les échos : Le gouvernement essaie de faire émerger une solution concurrente des géants américains). Ceci sur le thème bien vendeur du génie français face à l’adversité américaine. Un grand classique.

Si l’on creuse un peu, on s’aperçoit ainsi que cela sera 10,7 millions d’Euros qui seront investis (!) dans une solution collaborative mise en place par l’Inria, Polytechnique et… Linagora.

Un dérivé de la solution OBM de ce dernier, mis à mal par l’ensemble des offres Cloud et qui, malgré des annonces successives, n’a jamais vraiment réussi de pénétrer le secteur privé.  Cette même solution est malmenée par Google (champion lui aussi de l’Open Source) et ses offres quasi gratuites en particulier sur le terrain de chasse de la SSII : les collectivités locales. Alors faire jouer la corde sensible de la France face aux américains reste l’éternel levier de la société, à defaut de pouvoir mettre an avant l’argument « Open Source » dont, pas de chance, Google reste (à juste titre ou pas) le symbole !

Autre business de la SSII menacé par Microsoft et Google : les suites bureautique Libre, fer de lance de leurs interventions. Aujourd’hui on ne voit plus vraiment de nouveaux projets OpenOffice, et la concurrence se focalise sur les offres de bureautique en ligne Microsoft Vs Google essentiellement. Il faut bien se rendre à l’évidence que les anti-Microsoft de tous poils qui poussaient OpenOffice on trouvé un autre cheval de bataille : Google 🙂

Alors oui, l’état investi 10,7 millions d’Euro pour soutenir indirectement une entreprise, à mon avis, plus qu’une réelle solution alternative à celles des géants du Web. Honnêtement, qui peut croire que 10,7 millions d’euros peuvent faire quelques choses face aux Milliards investis par d’autres ?

Un beau coup de communication en tout cas 🙂

HTML5 validé par le W3C… dans l’indifférence générale

Etrange phénomène : alors qu’HTML5 est sur toutes les bouches, dans tous les projets, en particulier les projets d’applications mobiles, le fait que le W3C vient (enfin)  de publier (le 28 octobre) officiellement la 5ème révision du standard HTML ne déchaine pas les foules…

L’explication est simple : depuis bientôt 8 ans les principaux acteurs du marché (Apple et Google en tête, suivi par Mozilla et Microsoft) ont mis en place toutes les briques ou presque à l’origine du standard. Et donc le document standardisé n’intéresse plus grand monde, je suis méchant, il intéresse en fait ceux qui doivent s’y conformer pour espérer endiguer leur pertes de parts de marchés ! Les autres se satisfaisant très bien des parts de marché de leur moteur (Apple et Google avec leur Webkit)…

Ce phénomène n’est pas nouveau en informatique (en ne nous rajeuni pas au passage) : souvenez vous du standard Posix dans les années 85-95, tout le monde tentait de s’en approcher mais en fait les fonctionnalités étaient offertes et populaires depuis des lustres.

Bon enfin ne soyons pas rabat joie, HTML5 validé, c’est pas si mal 🙂

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