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GAFA et Antitrust – Première étape : la Chambre des Représentants approuve le rapport préliminaire

Par 24 voix contre 17, la commission judiciaire de la Chambre des représentants (USA) a officiellement approuvé un rapport portant sur les préoccupations antitrust liées aux grandes entreprises technologiques : Google, Apple, Facebook et Amazon. Microsoft semble passer entre les mailles du filet…

Comme le rapporte Reuters, le bureau du représentant David Cicilline (Démocrate) a confirmé l’approbation dans une déclaration :

«  Ce rapport de plus de 400 pages deviendra le rapport officiel de la commission et le plan directeur d’une législation visant à maîtriser le pouvoir de marché des grandes entreprises technologiques « .

et de poursuivre :

 » Amazon, Apple, Google et Facebook détiennent chacun un pouvoir monopolistique sur des secteurs importants de notre économie. Ce moment de monopole doit prendre fin. Maintenant que la commission judiciaire a officiellement adopté nos conclusions, j’ai hâte d’élaborer une législation qui réponde aux préoccupations importantes que nous avons soulevées. « 

Cela ouvre donc officiellement la voie à un projet de loi qui sera discuté. Si ce rapport n’est pas tendre (et logiquement compte tenue de sa genèse avec Facebook et Google en particulier), il n’est pas tendre non plus avec Apple : il affirme que :  » la société a profité de la façon dont les applications sont distribuées sur les appareils iOS pour réduire la concurrence avec ses services « . Argument qui revient souvent sur la position du constructeur avec son AppStore. Ce dernier a toujours cependant adopté la même ligne de défense, basée sur le fait qu’il n’est jamais le « dominant » sur un secteur de marché (cf parts de marché des iPhones, Mac, Services Apple) :

 » Notre entreprise n’a pas de part de marché dominante dans aucune des catégories dans lesquelles nous faisons des affaires. Depuis ses débuts il y a 12 ans avec seulement 500 applications, nous avons construit l’App Store pour qu’il soit un endroit sûr et fiable où les utilisateurs peuvent découvrir et télécharger des applications et un moyen de soutien pour les développeurs de créer et de vendre des applications dans le monde entier… L’App Store a permis de nouveaux marchés, de nouveaux services et de nouveaux produits qui étaient inimaginables il y a une douzaine d’années, et les développeurs ont été les principaux bénéficiaires de cet écosystème… Nous travaillons sans relâche pour fournir les meilleurs produits à nos clients, avec la sécurité et la confidentialité au cœur de ceux-ci, et nous continuerons à le faire « .

Mais l’ambiguïté repose sur sa domination une fois que l’utilisateur est entré dans son écosystème : une prison dorée ?

Nous vous rappelions dans ces différents posts comment le gouvernement Biden s’entoure de personnes favorables à un bar de fer avec les GAFA :

USA : Les démocrates s’attaquent aux GAFAM en tentant de déjouer les pressions

Les démocrates pourraient présenter 10 projets de loi antitrust distincts ou plus, plutôt qu’un seul projet global, selon le président de la commission antitrust de la commission judiciaire de la Chambre des représentants. Cette segmentation aurait un objectif : rendre plus difficile les actions de Lobbying des GAFAM contre le projet de loi… En 2019,

GAFAM : Nomination d’un conseiller très hostile aupres de Biden

Pas vraiment une bonne nouvelle pour les GAFAM : Le président Biden vient de nommer comme « assistant spécial pour la technologie et la politique de concurrence » : Tim Wu, professeur de droit à l’université de Columbia connu pour son hostilité au GAFAM et ses prises de positions sur « les géants technologiques qui ont trop de

Hybrid Work : le futur du monde du travail

Source : Microsoft

Microsoft vient de rendre public l’édition 2021 de son rapport Work Trend Index, intitulé « The next great disruption is hybrid work – Are we ready ? »

Réalisé entre le 21 et le 25 janvier 2021 auprès d’une population de plus de 30 000 personnes, dans 131 pays, et d’une compilation de données provenant de LinkedIn et Microsoft 365, ce rapport publié au printemps de chaque année, analyse l’évolution des modes de travail et de collaboration en entreprise.

L’édition 2021 est bien entendu très marquée par la COVID-19 et les transformations impulsées dans nos modes de travail. Au-delà de l’analyse de 2020, la rapport se projette pour savoir si ces transformations seront permanentes, et quelles évolutions supplémentaires attendre.

Comme l’indique le titre du rapport, la prochaine disruption sera celle du travail hybride, c’est à dire « un modèle mixte où certains employés retournent sur le lieu de travail et d’autres continuent à travailler à domicile ».

Microsoft, Work Trend Index 2021, page 2

Parmi les 7 grandes tendances relevées par l’édition 2021 et qui sont détaillées, on notera celles-ci :

  1. le travail flexible est là pour durer
  2. les dirigeants des entreprises sont déconnectés des employés et ont besoin d’être réveillés
  3. la productivité élevée masque une main-d’oeuvre épuisée
  4. le rétrécissement des réseaux met en péril l’innovation

Comme le montre le graphique ci-dessous, le confinement a introduit des nouvelles modalités de travail à distance, qui ne font que se renforcer de moi:s en mois.

Source : Microsoft Work Trend Index 2021, page 9

Bien que produit par Microsoft, ce rapport attire néanmoins l’attention sur les dangers d’un système de travail à distance et utilisant le mail ou les outils de collaboration d’équipes (Teams par exemple), notant les risques d’appauvrissement des réseaux de communication, le travail en silo des équipes dans ce monde digital ou les risques qui pèsent sur les personnes de la génération Z (les 18-25 ans) qui souffrent plus que les autres catégories au travail.
La seconde partie du rapport envisage diverses solutions à apporter pour accompagner cette transformation de fond du travail hybride, en termes d’organisation du travail, des relations entre pairs, des nouveaux modes de management …

Un document intéressant qui donne un peu de perspective dans cet environnement en mouvement accéléré et dont il est parfois difficile de faire sens.

Si cette thématique vous intéresse, venez nous rejoindre pour une session en ligne du prochain Briefing Calipia.

Jeff Bezos : « Amazon est favorable à une hausse du taux d’imposition des sociétés » (si, si…)

Image dans Infobox.
Photo Wikipedia

Il y en a qu’en même qui ne manque pas d’humour… Le fondateur d’Amazon, Jeff Bezos, en fait sans doute parti. Il vient de déclarer qu’Amazon soutient l’appel de l’administration Biden en faveur d’une augmentation du taux d’imposition des sociétés afin de contribuer au financement des infrastructures nationales en ruine…

« Nous reconnaissons que cet investissement nécessitera des concessions de la part de toutes les parties, tant sur les détails de ce qui est inclus que sur la manière dont il sera payé (nous sommes favorables à une augmentation du taux d’imposition des sociétés)« , a-t-il écrit sur le site de la société

Amusant tout de même lorsque l’on connait l’énergie dépensée dans l’optimisation fiscale par la même société (et les autres géants technologiques). A moins que cela ne soit simplement une grande preuve d’humour, ce n’est pas à exclure à mon avis.

La nouvelle intervient une semaine après que le président Joe Biden a mentionné deux fois le nom de l’entreprise dans un discours vantant un plan de renouvellement des infrastructures américaines de 100 milliards de dollars, il précisant que les entreprises américaines telles qu’Amazon « utilisent diverses échappatoires pour ne pas payer un seul centime d’impôt fédéral sur le revenu« . Le président Biden précisant :

« Un pompier, un enseignant qui paie 22% – Amazon et 90 autres grandes entreprises qui ne paient aucun impôt fédéral ? Je dois mettre fin à cela ».

Amazon reste également sous la surveillance du public et du gouvernement sur plusieurs fronts, notamment l’évasion fiscale des entreprises, les questions antitrust et les conditions de travail de ses employés les moins bien payés…

Facebook, Twitter, Google YouTube : les patrons des 3 géants n’assument pas leur Business Model

source : House Committee on Energy & Commerce

Convoqués comme témoins hier devant une commission parlementaire américaine intitulée « Disinformation Nation: Social Media’s Role In Promoting Extremism And Misinformation« , Mark Zuckerberg (Facebook), Jack Dorsey (Twitter) et Sundar Pinchai (YouTube) ont tous refusé d’admettre que ce qui constitue le coeur de leur Business Model, l’engagement des utilisateurs, était un des principaux ressorts de la montée de la désinformation, de l’extrémisme et de la fragmentation de l’opinion en communautés imperméables à autrui et à la réalité.

Cette notion d’engagement n’est pas nouvelle. Patrick Le Lay, alors PDG de TF1 (Groupe Bouygues), avait en 2004 fait connaitre ce concept avec une expression choc : le temps de cerveau… Pour les plateformes d’aujourd’hui, le principe s’il est le même, s’est considérablement structuré mais peut se résumer en 3 points :

  • s’assurer de maintenir l’utilisateur le plus longtemps sur la plateforme
  • l’amener à partager le plus possible (et de plus en plus) d’informations personnelles
  • accroitre le chiffre d’affaire généré par l’exposition de l’utilisateur à des publicités ciblées.

A la différence de TF1, les grands réseaux numériques possèdent aujourd’hui les moyens de cibler de manière très fine leurs utilisateurs, à partir de la masse de données collectées et de l’exploitation de ces données grâce à des technologies de pointe, en particulier l’IA. Cette capacité à recommander du contenu micro-ciblé, alignée avec les attentes et les opinions des utilisateurs crée chez certains d’entre eux un effet d’addiction, proche de celui procuré par le tabac ou la drogue, et d’enfermement dans leurs réalités alternatives au sein des communautés auxquelles ils appartiennent.

Selon un article du New-York Times revenant sur l’audition, les parlementaires américains n’ont pas réussi à obtenir de la part des 3 dirigeants interrogés de reconnaissance de ces pratiques. Pour Jim Dorsey, Sundar Pichai ou Mark Zuckerberg, l’accroissement de l’engagement n’est pas un objectif essentiel de leur Business Model, c’est au contraire une conséquence de l’intérêt porté à leurs services par les utilisateurs. On est quasiment dans une dialectique de jésuite ! Où est la poule, où est l’oeuf ?

Pourtant si l’on en croit le dernier rapport annuel de Facebook, il est écrit en clair que l’entreprise propose des produits « engaging » :

We build useful and engaging products that enable people to connect and share with friends and family through mobile devices, personal computers, virtual reality headsets, and in-home devices

Annual report Facebook 2020 – page 7

Par ailleurs, dans sa note A Blueprint for Content Governance and Enforcement, Mark Zuckerberg revient sur la capacité des réseaux sociaux à accroitre l’engagement des utilisateurs, avec du contenu « interdit », comme indiqué sur le schéma utilisé dans cette note.

Source : Facebook, A Blueprint for Content Governance and Enforcement

Face à ce constat, comment résister à la tentation de toujours décaler vers la droite la limite de ce qui devient interdit, accroissant ainsi le niveau d’engagement des utilisateurs concernés ? C’est tout l’enjeu pour les autorités de régulation qui vont devoir mettre en place des moyens de contrôler le positionnement du curseur et la capacité des plateformes à effectivement appliquer les règles définies. Car comme le mentionnait un des parlementaires présents, Anna Eshoo, démocrate de Californie, « les entreprises sont là pour faire de l’argent, nous le comprenons tous. Mais votre modèle a un coût pour la société.” 2021 sera t’elle l’année pour commencer à rendre les plateformes comptables de ce coût ?

USA : Les démocrates s’attaquent aux GAFAM en tentant de déjouer les pressions

Les démocrates pourraient présenter 10 projets de loi antitrust distincts ou plus, plutôt qu’un seul projet global, selon le président de la commission antitrust de la commission judiciaire de la Chambre des représentants. Cette segmentation aurait un objectif : rendre plus difficile les actions de Lobbying des GAFAM contre le projet de loi…

En 2019, la commission judiciaire de la Chambre avait entamé une enquête pour déterminer si les GAFAM étaient coupables de comportements anticoncurrentiels. Tim Cook le PDG d’Apple fait dans ce cadre témoigné devant le Congrès avec en ligne de mire les pratique de l’App Store : seule boutique pouvant vendre des application mobile sur iOS. La question était de savoir si la société de Cupertino était coupable d’abuser de sa position pour donner à ses propres applications et services un avantage sur les concurrents tiers, et si les commissions qu’elle facturait étaient équitables pour les développeurs et les consommateurs. L’enquête a débouché sur un rapport de 450 pages, qui conclut qu’Apple fait partie des entreprises technologiques à adopter un comportement anticoncurrentiel « profondément inquiétant ». Google était dans la même position avec le Play Store.

On s’attendait à ce que le résultat soit un projet de loi antitrust massif conçu pour traiter tous les problèmes identifiés, mais David Cicilline (responsable de la commission antitrust de la commission judiciaire de la Chambre) a déclaré qu’il ne voulait pas donner aux grandes entreprises technologiques et à leurs armées de lobbyistes la cible facile d’un projet de loi antitrust massif. Il prévoit d’élaborer une série de projets de loi plus petits, une dizaine, qui seront prêts en mai. Pour M. Cicilline, cette stratégie de la petite cible permet d’atteindre deux objectifs :

  • Il a plus de chances de trouver un terrain d’entente entre les démocrates et les républicains sur des questions plus étroitement ciblées. Il est plus difficile pour les GAFAM de se mobiliser contre des réformes qui touchent parfois leur rival.
  • Mettre en oeuvre un projet de loi visant spécifiquement le mode de fonctionnement des App Store et Google Play, par exemple, pourrait ne rencontrer que l’opposition d’Apple et de Google – et en effet, certains géants de la technologie pourraient faire pression pour plutôt que contre un tel projet de loi.

Un sacré pari en tout cas, lorsque l’on sait que ces même société sont les plus grosses donatrices aux campagnes électorales et principalement en faveur du parti démocrate… Même si toutes ne sont pas si claires dans leur versement de fonds.

Valorisation : les GAFAM profitent très largement de la crise

Nous le savons, alors que les GAFAM était au plus bas le 15 mars 2021 au début de la pandémie et surtout des confinements qui s’annonçaient tout autour de la planète, ils ont plus que fortement progressé durant une an, profitant de la pandémie et de nos dépendances au numérique pour assoir leur domination.

Qu’aurait été la crise sans l’omniprésence des technologies ? Comment imaginer le télétravail ? Lorsque l’on interroge les DSI sur le facteur déterminant pour l’accélération de la transformation digitale de leur entreprise, la pandémie est clairement le n°1. Alors que ces valeurs technologiques aient progressé n’est pas surprise, mais dans quelle proportion ?

Nous nous sommes amusés à reprendre les valorisation de ces sociétés le 15 mars 2020 puis au 15 mars 2021, un an plus tard. Les chiffres parlent d’eux mêmes.

Impressionnant, Apple, Microsoft et Amazon qui étaient au environ de mille milliards de $ au 15 mars, un record déjà à l’époque, sont maintenant à plus de 2000 pour Apple, près de 1800 pour Microsoft ou 1500 pour Amazon… La valorisation des GAFAM qui avait atteint 3500 Milliards de $ en mars 2020 représentait déjà plus de deux fois le total de toutes les entreprises du CAC40 ! Aujourd’hui la valorisation d’Apple dépasse à elle seule celle du CAC40. La valorisation globale des GAFAM est de 7573 Milliards de $ soit 1000 milliards de $ de plus que le PIP du Japon (la 5 ème puissance). Alors ou,i comparer des PIP avec une valorisation c’est un peu comme comparer des choux et des carottes, mais sur de telles sommes cela met tout de même les choses en perspective.

Si l’on devait comparer au secteur automobile, Apple est 10 fois plus valorisé que le numéro 1 Toyota, 20 fois plus que le N°2 Général Motors, 200 fois plus que Renault… Il y a bien Tesla qui tire sont épingle du jeu à 675 Milliards de $ de capitalisation boursière (plus de 3 fois Toyota alors qu’il vend 20 fois moins de véhicules) , mais Telsa est-il vraiment un constructeur automobile ou une société technologique ?

C’est bien toute la technologie qui a profité de cette pandémie, en regardant de plus petits acteurs qui clairement ne jouent pas dans la même cour, les performances sur 1 an sont aussi impressionnantes :

Face à ces chiffres stratosphériques, on comprend mieux, à l’heure où il faudra rembourser le « Quoi qu’il en coute » qui était la règle sur la planète, pourquoi les différents gouvernements lorgnent de plus en plus sur ces sociétés et leurs actionnaires qui ont vu leur portefeuille augmenté en moyenne de 85% sur les GAFAM…

Jeff Bezos ne témoignera pas au congres cette semaine

Images Wikipédia

Signe de la tension qui règne actuellement aux USA envers les GAFAM, Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, ne témoignera pas devant le comité sénatorial du budget la semaine prochaine. La demande de témoignage sur le thème de l’égalité des revenus, émanait du sénateur Bernie Sanders qui voulait :

« Que Monsieur Bezos explique au peuple américain pourquoi ‘il dépense beaucoup d’argent pour nier la dignité économique aux travailleurs d’Amazon, alors qu’il est devenu plus riche de 78 milliards de dollars pendant la pandémie« .

La question ne s’adresse sans doute pas qu’à Amazon, lorsque l’on voit la progression de l’ensemble des valeurs technologiques et des GAFAM en particulier. Mais Amazon est au coeur d’une médiatisation aux USA sur les les efforts de syndicalisation des employés de son centre de traitement en Alabama. L’audience prévue demain, comprendra le témoignage de Jennifer Bates, employée du centre de traitement des commandes d’Amazon, l’ancien secrétaire au Travail Robert Reich et d’autres personnes.

Tout ceci intervient également alors que l’état de Washington (où se trouve le siège d’Amazon) discute actuellement de l’opportunité de mettre en place un ISF qui imposerait les grandes fortunes de 1%. Nous vous en parlions ici même il y a quelques semaines.

2021 : La fête aux Big Tech ?

Nous en parlions ici, l’administration du Président Biden vient de s’adjoindre les services d’un conseiller spécial pour la technologie et la politique de la concurrence, conseiller connu pour ses positions anti géants de la technologie. Mais il semblerait que cette même administration soit également en train de pousser pour qu’une jeune juriste de 32 ans, Lina Khan, soit nommée à la Federal Trade Commission (FTC), service fédéral qui va jouer un rôle crucial dans les prochains mois pour définir et orchestrer la gouvernance de la nouvelle administration américaine sur les questions de protection de la concurrence et des consommateurs.

Malgré sa jeunesse, Lina Khan n’est pas une inconnue dans le domaine des lois antitrust. Elle s’est fait connaître, encore étudiante à l’université de droit de Yale, en faisant paraitre en 2017 un article intitulé Amazon’s Antitrust Paradox, qui eut un retentissement important. Elle défendait le point de vue selon lequel les pratiques de la législation anti trust américaine basées essentiellement sur les prix, c’est à dire s’assurer qu’un acteur ne soit pas en mesure d’augmenter indûment ses tarifs au seul fait qu’il contrôle un marché, n’étaient pas adaptés au contexte actuel, en particulier pour les plateformes en ligne. Pour Lina Khan, ce n’est pas seulement le contrôle des prix par un acteur qui témoigne d’un monopole, mais plus largement les dommages qu’il peut provoquer à ses clients ou ses compétiteurs pour acquérir ou conserver son monopole. Selon L.Khan, 2 éléments spécifiques au contexte des grands acteurs du numérique expliquent la nécessité de changer le point de vue :

  • Le marché dans lequel évolue ces acteurs préfère la croissance aux profits, créant ainsi un contexte favorable à des pratiques de prix prédateurs pour éliminer toute forme de concurrence. Les services ainsi tarifés servent alors de prix d’appel et entrainent les consommateurs vers d’autres services, sans ou avec moins de concurrence, sur lesquels la tarification est cette fois-ci très rémunératrice.
  • Les positions acquises sur le marché rendent incontournables ces grandes plateformes, même pour leurs concurrents. Il ne leur reste plus qu’à capitaliser sur la grande intégration de leurs différentes activités pour partager des informations acquises sur un client de leurs services, pour les affaiblir en tant que concurrent potentiel ou avéré sur un autre.

Si l’auteur prenait le cas d’Amazon pour illustrer son propos, elle précisait toutefois dans son article que toutes les plateformes en ligne dominantes étaient concernées. Facebook va certainement sentir la menace puisque la FTC est à la tête de l’action entamée conjointement fin 2020 avec plus de 40 états américains pour pratiques anti-concurrentielles de l’entreprise de Menlo Park. L’arrivée (non encore avérée) de Lina Khan ne vas pas simplifier le problème de Facebook…

On savait que Jeff Bezos n’était pas l’ami de D.Trump, mais est-il / restera t’il celui de J.Biden ?

GAFAM : Nomination d’un conseiller très hostile aupres de Biden

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Photo Wikipedia

Pas vraiment une bonne nouvelle pour les GAFAM : Le président Biden vient de nommer comme « assistant spécial pour la technologie et la politique de concurrence » : Tim Wu, professeur de droit à l’université de Columbia connu pour son hostilité au GAFAM et ses prises de positions sur « les géants technologiques qui ont trop de pouvoir » il s’est prononcé à de nombreuses reprises en faveur d’actions antitrust contre eux …

Clairement le Président Biden, donne des gages à son aile gauche en notant ce proche d’Elisabeth Warren. La nomination de M. Wu, 48 ans, est largement soutenue par les démocrates progressistes et les groupes dit « antimonopole », cela suggère que l’administration prévoit de légiférer sur l’influence d’entreprises comme Amazon, Apple, Facebook et Google, notamment en travaillant avec le Congrès sur les lois antitrust. Au cours de sa campagne, M. Biden avait déclaré qu’il serait ouvert à l’idée de démanteler des entreprises technologiques. Autant dire que les actions de lobbyings de ces entreprises risquent bien de s’amplifier dans les mois à venir !

Wu a notamment critiqué les définitions trop étroites des monopoles dans les lois actuelles arguant qu’il faut examiner si une entreprise a suffisamment de pouvoir pour désavantager ses concurrents, puis si elle en abuse. Il a déclaré qu’en fin de compte, la loi doit favoriser les intérêts des consommateurs plutôt que ceux de ces entreprises. Il n’est visiblement pas très sensible aux arguments des GAFAM qui considèrent que toutes restrictions ferait le jeu des géants chinois (les fameux BATX) et finalement pénaliseraient le consommateur américain…

Le principal sujet de préoccupation de Wu est le rachat d’entreprise pour conforter des positions avec en ligne de mire les acquisitions de WhatsApp et Instagram par Facebook (Wu a soutenu à de nombreuses reprises les appels à la dissolution de la société). En 2018 il écrivait dans un livre « La malédiction de la grandeur » :

« L’extrême concentration économique engendre des inégalités flagrantes et des souffrances matérielles, alimente l’appétit d’un leadership nationaliste et extrémiste »

Il est également connu comme étant un fervent défenseur de la neutralité du Net. « Cette nomination donne le ton d’une nouvelle ère dans l’application de la législation antitrust« , a déclaré la sénatrice Amy Klobuchar du Minnesota, présidente démocrate de la sous-commission judiciaire du Sénat sur les ententes. Mme Klobuchar en charge du projet de loi visant à renforcer les lois antitrust.

A peine lancée la 5G, la guerre pour la 6G a déjà débuté

source : https://hera-x.eu

Le réseau 5G en est encore à balbutier, mais les acteurs des télécoms sont déjà en train d’imaginer l’étape suivante, la 6G. Ainsi l’Union Européenne a-t’elle mis sur pied en janvier 2021 le projet Hera-X, sous la houlette de Nokia et qui embarque pour 2 ans et demi,25 acteurs clés du marché, dont Orange, Ericsson, Siemens, Telefonica, Atos, le CEA et Intel.

Hera-X vise à envisager la démarche (commune pour l’UE) de définition de ce futur réseau, ses ambitions, et les capacités techniques nécessaires pour les atteindre. Pour l’UE il s’agit de ne pas renouveler ce qui s’est passé avec la 5G, domaine dans lequel l’Europe s’est laissée nettement distancer.

Les ambitions ne manquent pas pour ce réseau 6G :

  • un débit de pointe de 1 Tbps (1 million de Mbps), soit 10 fois plus que celui de la 5G
  • une latence minimum de 0,1 milliseconde, vs 1 milliseconde pour la 5G
  • une efficacité énergétique doublée par rapport à celle de la 5G
  • une capacité à supporter une plus grande densité d’appareils connectés.

Comme c’est déjà le cas pour la 5G, un des enjeux essentiel pour ces nouveaux réseaux est de pouvoir faire face au développement de l’IoT et à l’explosion attendue du nombre et de la nature des objects connectés. Ainsi la vision mise en avant par Hera-X s’appuie-t’elle sur la notion de jumeaux numériques (DigitalTwins) pour représenter les interactions entre les humains, le monde physique et le monde digitale, la 6G devant fournir une infrastructure de communication adaptée.

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