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Quand le monde du digital s’intéresse au monde de la presse

Après le rachat du Washington Post en 2013 par Jeff Bezos le CEO d’Amazon (pour 250 millions de dollars), c’est au tour d’un autre patron charismatique du monde digital de se payer une icône du monde de la presse.

Marc Benioff

Marc Benioff, CEO de Salesforce serait en passe d’acquérir (pour la somme de 190 millions de dollars) avec son épouse Lynne, le très emblématique magazine Time. Cet achat est très clairement personnel et n’engage à aucun titre Salesforce. Il reste pas moins que l’attrait exercé par les médias sur les patrons du digital interpelle. Le numérique a fait exploser le monde de la presse classique, modifiant profondément la chaine de valeur ajoutée, entre plateformes, diffuseurs et éditeurs.  Les plateformes, GAFA en tête, ont tiré partie de cette transformation (quand ils n’en sont pas directement à l’origine) pour s’assurer l’accès à des contenus aux meilleures conditions. L’hécatombe qui s’en est suivi dans la presse « classique » permet à certains de s’offrir des titres de référence, souvent plus que centenaires, à des prix bas. Avec des fortunes respectives estimées à 6,7 et 100 milliards de dollars, Marc Benioff et Jeff Bezos n’ont pas eu besoin de mobiliser des parts importantes de leurs patrimoines pour financer leurs acquisitions.

Pourquoi la presse et des titres aussi emblématiques, ce qui suscite des inquiétudes sur la liberté éditoriale que vont conserver les rédactions ? Jeff Bezons et Marc Benioff sont tous 2 des hommes de pouvoir et en tant que tel un média peut être perçu comme un outil au service de leurs empires. Même si tous 2 ont indiqué lors des annonces de leurs achats, vouloir laisser toute liberté aux équipes en place. Pour autant, dans le contexte américain actuel, avec un Trump qui dénigre les médias classiques, et encore plus ceux estampillés de référence, l’achat du Washington Post et du Time par des hommes qui se sont exprimés dans les mois passés contre l’administration Trump, représente aussi un moyen de soutenir une presse de qualité et de s’assurer de disposer dans les débats des années à venir d’une part de voix significative, dépassant leurs seules statures de businessmen (déjà bien dimensionnées :)).

GAFA : L’Allemagne pourrait torpiller une initiative « intéressante » de l’UE sur la taxation des profits des géants de l’Internet

GAFA logoL’Allemagne avait accueilli avec réserve la proposition de la Commission européenne de fixer à 3% le taux de la taxe transitoire sur le chiffre d’affaires imposée aux géants d’internet, que sont les GAFA, GAFAM (avec Microsoft), les BATX (en Asie) ou les NATU, en attendant une réforme fiscale en profondeur.

Cette mesure pourtant assez prudente, voire timorée compte tenu du fait que ces entreprises ne payent en Europe que des impôts basés sur 8,5% à 10,1% de leurs profits, alors qu’il oscille entre 20,9% et 23,2% pour les sociétés qui déclarent tous leurs bénéfices en Europe (en fait 33% pour une PME Française, mais bon…). Et même si cet exercice dit d’optimisation fiscale n’est pas utilisé que par que les géants d’Internet, l’initiative de l’UE de juste participation géographique à l’impôt peut paraitre une bonne première étape, d’autant que cette simple première étape, qui si elle est mise en œuvre (pas avant 2019 en tout état de cause) pourrait rapporter environ cinq milliards d’euros.

Mais le ministère allemand des finances songerait selon le journal allemand Bild, qui a pu consulter un document confidentiel à annuler son plan sur la fiscalité des grands acteurs du numérique. Ce document du ministère des Finances mentionne que la « diabolisation » des grandes entreprises numériques « n’est pas productive ».

L’analyse de l’agence de presse Reuter est intéressante, montrant certaines contradictions politiques probables d’un ministre des finances (Olaf Scholz), membre du parti social-démocrate (SPD), et donc de la coalition de la chancelière Angela Merkel, qui avait fait de la taxation des “Gafa” l’un de ses thèmes de campagne lors des élections de l’année dernière.

Donc entre l’Irlande qui est assez logiquement contre cette proposition et l’Allemagne qui tergiverse, assez logiquement il est peu probable que l’UE ne se tranche avant des années sur ce problème des relations entre les instances gouvernementales et les géants d’internet que nous avions évoqué lors du billet PETITE MISE AU POINT SUR LES « GAFA ».

Victime de clics d’achat compulsif ?

 

infographie IceboxLe eCommerce possède de nombreux avantages pour moi, à commencer par me permettre d’éviter au maximum d’aller fréquenter les galeries commerciales de tout poil.  Pas de temps perdu à errer dans les allées d’un hyper ou d’un méga centre commercial à la recherche de son produit préféré ! Mais le eCommerce présente aussi quelques défauts, dont le premier est une incitation à l’achat compulsif, tant il est simple de commander, quitte à réexpédier (souvent gratuitement) le produit reçu s’il ne nous satisfait pas. Au final, un comportement qui suscite souvent le regret d’avoir eu la faiblesse de craquer pour un produit totalement inutile, doublé de la honte d’un comportement pas vraiment amical pour la planète…

Si l’on en croit une étude menée par la société américaine Finder.com en juillet 2017, les achats compulsifs aujourd’hui touchent 88,6% des américains, qui consacrent à chaque achat en moyenne 81,7$, soit un total astronomique de 17,78 milliards de dollars.

 

Pour nous aider à résister au clic compulsif, Finder.com propose un add in gratuit au navigateur Chrome qui permet de « mettre au frigo » pour quelques jours les achats Le bouton Buy remplacé par Put It On Icetentateurs. Dénommé Icebox, cet add in fonctionne avec les principaux sites de commerce en ligne. Le principe est simple, puisque une fois l’add in installé, les boutons Ajouter au panier des sites ecommerce sont remplacés par un bouton Put it on ice, qui va bloquer l’achat pour une durée définie (jusqu’à 30 jours, durée personnalisable dans les paramètres de Icebox). Une fois le produit au frais,  si vous retournez sur le site pour l’acheter de nouveau, le bouton Ajouter au Panier, vous indique It’s on ice, vous empêchant de faire un clic que vous pourriez regretter :). A l’issue de la période de frigo choisi, le blocage saute et vous pouvez alors, après ce délai de réflexion, une fois la fièvre du clic retombée, réalisez votre achat.

Une aide à la désintoxication ?

 

 

Petite mise au point sur les « GAFA »

Il y a 3 ans, dans cette même Lettre Calipia, nous vous proposions un article résumant une étude très complète de la société Fabernovel sur un phénomène alors assez nouveau : Les GAFA. Cette étude, intitulée GAFAnomics[1] décryptait les facteurs de performances des GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). Outre le bouleversement des usages, cette étude mettait en avant la rupture insufflée par ces géants du numérique concernant les règles établies de la stratégie business (concepts de marché, concurrence, positionnement, etc.).

Et si le ton de notre propos était à l’époque pour le moins positif, nous mettions cependant en garde contre les travers possibles liés à la monétarisation des données personnelles et à une certaine décontraction affichée face au concept de redistribution par l’impôt. Les résultats financiers de ces quatre entreprises étaient cependant ébouriffants et elles étaient en quelques années devenues quasi monopolistiques dans des pans entiers de l’industrie du numérique avec des stratégies innovantes. Ce qui suscitait une certaine admiration de la part des commentateurs et responsables à tel point que le terme de GAFA est quasiment devenu un mot-valise pour illustrer la réussite foudroyante des acteurs de la scène digitale.

Après trois années il nous a cependant paru intéressant de vous proposer ce nouvel article, dans lequel nous allons mettre en avant un certain nombre de dérives qui ont considérablement écorné l’image positive qu’avaient à l’époque ces sociétés.

Pour reprendre la formule d’Éric Scherer, directeur de la prospective de France Télévision dans meta-media[2] voici le déroulé de la situation :

  1. En galopins, au début, ils amusaient ;
  2. En barbares, ensuite, ils étonnaient ;
  3. En monstres, aujourd’hui, ils effraient.

De qui parle t’on en fait ?

Il est rare, en France, qu’une journée ne se passe sans que le terme GAFA (le plus souvent « Les GAFA ») ne soit employé. On le trouve dans la presse web et papier, à la radio, à la télé, mais aussi dans la bouche de candidats à la présidentielle, sous la plume d’économistes ou dans les rapports des associations et organismes qui s’intéressent à la vie du numérique.

Mais dire « Les GAFA », c’est faire un rassemblement qui n’a, au fond, pas beaucoup de sens. Ces sociétés ne sont pas une entité homogène avec une stratégie commune de domination mondiale, mais bel et bien des concurrents avec chacune ses particularités.

  • Apple est loin d’être né du Web et encore aujourd’hui, l’entreprise de Cupertino est plus connue pour son matériel que pour ses logiciels ou son importance dans le cloud (bien qu’elle soit réelle).
  • Google est une agence de publicité, un moteur de recherche, un créateur de robot, un fournisseur d’accès à Internet, un fonds d’investissement, un chercheur en santé et en intelligence artificielle… et Google ne s’appelle plus Google, mais Alphabet.
  • Amazon est un e-commerçant. Tout ce que fait Amazon n’a qu’un but : vendre toujours plus de choses sur Amazon. Kindle, 1-Click, Dash, Alexa, Premium, Prime Now et autres services se regroupent autour de l’activité principale du géant de Seattle : c’est une boutique qui veut vendre des choses matérielles ou immatérielles. Une grosse boutique internationale, mais une boutique quand même.
  • Facebook, enfin, est un réseau social, une régie publicitaire, une plateforme de contenu, un kiosque pour les médias (voire un média), un autre réseau social (Instagram) ou un explorateur de tendances technologiques. C’est, dans un sens, celui qui s’approche le plus de Google / Alphabet.

Donc « Les GAFA » est une expression qui est certes populaire et sans beaucoup de sens, mais qui est surtout devenu symbolique du fait que le fonctionnement de l’économie digitale favorise les économies d’échelles et la domination très forte de quelques acteurs ayant eu des succès très rapides dans des domaines tels que la recherche, les réseaux sociaux, la publicité, le e-commerce, la diffusion de contenu, les nouveaux matériels, etc. Et ce avec des stratégies commerciales agressives, avec une exploitation éhontée des données personnelles collectées et avec une certaine dextérité pour contourner les lois fiscales des pays dans lesquels ils opèrent.

Et a ce titre il serait intéressant d’intégrer dans la liste originale des acteurs traditionnels tels que Microsoft (on parle de plus en plus de GAFAM), mais aussi la société IBM si on anticipe un peu la future importance des acteurs de « l’Intelligence Artificielle » (encore une notion qui mériterait quelques développements).

Pour rester dans le domaine des sociétés américaines, Netflix, Airbnb, Tesla, Uber (« Les NATU ») sont aussi dans le profil. Les chinois quant à eux ne sont pas en reste avec Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi (« Les BATX ») auxquels on peut ajouter Huawei. Et on peut enfin ajouter la japonaise Softbank, le coréen Samsung, et les russes Yandex et Vkontakte pour compléter la liste des monstres du numérique.

Et autant dire que le terrain de jeu de ces GAFA, NATU, BATX, c’est une Union Européenne qui est dépourvue de stratégie et est devenue un nain de l‘industrie numérique. Avec des conséquences sociétales qui sont assez considérables et surtout non maitrisées par les gouvernements qui semblent pour le moins dépassés par la situation et la puissance financière de ces acteurs du numérique que par facilité nous qualifierons de GAFA.

Des chiffres qui donnent le tournis

Avec plus de 540.000 employés Amazon a désormais la taille d’un petit pays ! En trois mois fin 2017 elle a ajouté 160.000 personnes à ses effectifs et doublé de taille en un peu plus d’un an. Au rythme de +30% par an, elle emploiera plus d’un million de personnes d’ici trois ans.

Article GAFA 1

Le groupe vend plus de 350 millions de produits différents en concurrence directe avec plus de 130 grandes firmes. Aux Etats-Unis, Amazon est devenu non seulement le principal magasin en ligne, mais aussi un intermédiaire crucial de la culture et du divertissement (livres, vidéos, …), de l’alimentation (Whole Foods) et depuis peu un majordome domestique, via ses nouvelles bornes intelligentes (Echo, Alexa…).

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