Et si le PC n’avait pas existé et qu’Apple l’avait emporté ?

Je me pose cette question, pour y répondre de façon un peu provocante. Depuis l’annonce du décès de Steve Jobs, ce ne sont que louanges, félicitations, regrets… pour le fondateur d’Apple. Une telle unanimité, des politiques à l’homme de la rue, en passant par les businessmen, m’a donné l’envie d’adopter un point de vue un peu iconoclaste. Je précise néanmoins, à l’attention de ceux qui ne verraient que méchanceté dans ce point de vue, que je suis tout sauf un anti Apple primaire. Mon premier « ordinateur personnel » a été en 1983 un Apple II. Puis ensuite de 1985 à 1989, j’ai eu la chance de travailler dans une société qui mettait à disposition de ses collaborateurs des MacIntosh. Le rêve, vraiment. Je n’ai découvert le PC qu’à partir de 1992… Et si aujourd’hui j’utilise encore des PC, je suis aussi équipé, au bureau, à la maison, de Mac Book, iMac, Mac mini, iPad, iPhone, iPod, Apple TV ….. Voilà pour mes références « Applesques ».

Donc, à en croire les nombreux articles sortis ces 2 derniers jours, le monde n’aurait pas été le même si Steve Jobs ne s’en était pas occupé. Qualifié de magicien, prophète, visionnaire, génie créatif, être d’exception….Et j’en passe certainement. Steve Jobs serait donc celui qui a transformé une « technologie complexe et rébarbative en des objets  de consommation de masse, ludiques, lumineux et formidablement utiles » (Le Monde, 27 aout 2011). Selon le Figaro (le 25 aout 2011), « Steve Jobs a inventé l’informatique moderne ». Sans remettre en cause le caractère exceptionnel de l’homme et de son parcours, j’éprouve une certaine gêne face à ces avis à l’emporte pièce.

Au risque de passer pour un vilain petit canard en cette période triste, je trouve en effet, que tout ceci a tendance à oublier un peu les 30 ans de développement de l’ordinateur personnel à base de Windows, et toute l’industrie qui s’est construite autour. A l’aube de cette ère du PC, Apple régnait en maitre sur les ordinateurs personnels, avec ses Apple II et ses MacIntosh. Il s’agissait effectivement de produits très novateurs (n’oublions pas de remercier quand même le PARC, Palo Alto Research Center de Xerox), d’une qualité de fabrication et d’une simplicité d’usages époustouflante (je le sais, je les utilisais). Pourtant ces technologies, véritablement exceptionnelles, étaient réservés aux quelques Happy few qui avaient les moyens de se les payer. Par ailleurs, la stratégie d’Apple à l’époque, d’ailleurs pas si éloignée de l’actuelle, étaient de maitriser toute la chaine, du matériel ou logiciel. En particulier sur le matériel, pour lequel, dès qu’il s’agissait de changer un composant, il fallait en passer par la marque à la pomme, et à ses conditions. Et elles n’étaient pas donné. Une telle stratégie ne visait pas à rendre la technologie accessible à tous. Alors, oui Apple avait effectivement en ce début des années 80, une avance véritable (le monde du PC a attendu WIndows 95 pour avoir quelque chose qui ressemblait à un Mac des années 85), fondée sur des solutions puissantes, innovantes. Mais si Apple avait eu les coudées franches, sans ce concurrent qu’a représenté le PC, il y aurait eu un risque de voir se mettre en place un marché réservé aux plus riches, où l’ordinateur personnel serait resté à des niveaux de prix très élevé, avec un écosystème fermé et contrôlé par Apple. Nous n’aurions peut-être pas le milliard de PC que nous connaissons aujourd’hui, distribués sur l’ensemble de la planète, riches ou pauvres, à usages professionnels ou domestiques….

4 Commentaires

  • Avatar de Henri256

    C’est vrai. Mais si Apple n’avait pas bousculé IBM à la fin des années 70 avec son Apple II, IBM n’aurait pas essayé de sortir l’IBM PC en catastrophe, en laissant la liberté aux autres constructeurs de le copier et en ayant recours à Microsoft pour fournir l’OS.

    IBM aurait donc pu sortir tranquillement un ordinateur personnel 7, 8, voir 10 ans plus tard, en ayant tout le temps de bien verrouiller la machine à tous les niveaux (matériel et OS). Et alors, pas de démocratisation du PC avant très très longtemps. Donc, l’action de Steve Jobs à la fin des années 70 a été indirectement essentielle pour la création des compatibles PC et la démocratisation de l’ordinateur individuel.

    Ironie de l’histoire, IBM a tué Apple sur le marché des ordinateurs individuels avec le compatible PC, mais en retour, ça a tué IBM sur le secteur des ordinateurs en général, l’obligeant à se recentrer sur les services (et lui faisant perdre énormément en importance de CA relativement à ses concurrents ; IBM étant 50 fois plus gros que ces derniers dans les années 80, et est aujourd’hui de la même taille).

  • Avatar de Stephane Sabbague

    Effectivement, je partage aussi votre analyse. C’est tout le paradoxe. C’est ce même mouvement qui existe aussi aujourd’hui coté mobile avec Android, qui risque bien de devenir le « PC » des années 80 face à l’iPhone…

  • Avatar de TDesbois

    Il existe aussi une autre version du « continuum spatio temporel » où Steve JOBS réussit l’aventure NeXT au début des années 90…. écrase le Macintosh alors moribond, en le ringardisant… tue Windows dans l’œuf… puis, dès 1995, rend indispensables ses machines noires au look dépouillé, lesquels se généralisent alors pour l’informatique personnelle connectée à internet.

    Les machines noires de JOBS, comme Skynet, ne pouvaient être arrêtées… simplement retardées 🙂

    No fate but what we make ?

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