Mission d’étude Calipia aux USA – 14 au 20 octobre 2012 (épisode 2 : Apple)

Notre première mission d’étude s’est donc déroulée du 14 au 20 octobre dernier sur le thème « Innovation et poste de travail ».

Accompagné de représentants de Brinks, Interpol, Plastic Omnium et SNCF nous sommes allés à la rencontre d’acteurs de premier plan sur ce thème (dans l’ordre d’apparition pendant la semaine J):

  • Intel à Santa Clara (Californie)
  • Apple à Cupertino (Californie)
  • Microsoft à Redmond (Washington)

Comme une grande majorité d’entre vous, nous avons grandi avec la montée en puissance de la micro-informatique et son ascension dans les systèmes d’information. Alors bien sûr, nous avons senti ce petit pincement au cœur, en nous rendant dans ces lieux mythiques, pour rencontrer ces acteurs qui ont construit la légende de notre milieu professionnel. Au-delà de cette vision « historique », nous avons aussi bénéficié de l’éclairage actuel de ces sociétés qui sont toujours au cœur de l’action. Nous avons consacré un précédent article à notre visite chez Intel, et dans celui-ci nous nous consacrons à Apple. Microsoft viendra dans le troisième et dernier épisode.

Nous avons également eu le plaisir d’être reçu par Georges Nahon, Vice-Président Orange North America, et directeur de l’Orange Labs à San Francisco, qui nous a présenté la vue d’un français installé en Californie depuis 10 ans sur ce monde des start-ups, le rôle de son organisation dans cet environnement, et la montée en puissance des thématiques social computing et big data, qui constituent aujourd’hui, selon G.Nahon, des relais de croissance.

Avant de revenir sur ce que nous avons vu pendant cette semaine, un petit mot de remerciement à l’attention des représentants d’Intel France, Apple France et Microsoft France, qui nous ont facilité l’accès à leurs corporations, et ont rendu possible cette mission d’étude :

  • Anne Bonnier d’Intel France
  • Patrick Detriche d’Apple France
  • David Coulombel et Jean-Christophe Guyard de Microsoft France.

Episode 2 : Apple

1 Infinite Loop à Cupertino. Nous voilà donc à pied d’œuvre pour cette journée chez Apple. Nous sommes accueillis à l’EBC (Executive Briefing Center), pour une série d’interventions autour de 3 thèmes principaux :

  • Le déploiement d’iPhones et d’iPads en entreprise (développement, mise à disposition des apps, sécurité)
  • Les Mac en entreprise (intégration, TCO)
  • Le SI interne d’Apple.

A fin septembre 2012, Apple a publié ses résultats pour son année fiscale 2012, avec un CA de 156 milliards de dollars soit 45% de croissance par rapport à FY11, et supérieur à la somme des revenus de Microsoft, Google et Facebook ! Un chiffre qui donne le vertige, en particulier à ses concurrents. Apple est une entreprise industrielle, dont la production est entièrement externalisée dans des usines en Asie. La société comptait à fin septembre 2012, 72 800 employés équivalent temps plein, 42 000 de ceux-ci sont dans les Apple Stores.

Apple est aujourd’hui un géant dont le mix de chiffre d’affaires a beaucoup évolué ces dernières années sous le raz de marée de l’explosion de son CA (pour mémoire sur son année fiscale 2008, Apple avait généré un CA de 32,8 milliards de dollars) :

A la question « Apple est-il un fournisseur d’entreprise ? », les interlocuteurs que nous avons rencontrés répondent par quelques hypothèses :

  • Si 30% du CA d’Apple est réalisé avec les entreprises (pas idiot en pourcentage), alors ce business pèse plus que tout le CA de Cisco
  • Si seulement 25% du CA d’Apple est réalisé avec les entreprises, alors ce business pèse plus que tout le CA d’Oracle
  • Si seulement 10% du CA d’Apple est réalisé avec les entreprises, alors ce business pèse plus que le CA total de SAP.

En résumé, Apple est bien un fournisseur d’entreprises, en tout cas selon le critère du CA réalisé. Par ailleurs, le constructeur de Cupertino met aujourd’hui à disposition des entreprises des programmes d’achat de licences en volume (logiciels Mac) et l’Apple Store Entreprise pour tout ce qui concerne les apps iOS.

Le business iPhone

Le business iPhone a donc grossi en pourcentage et en valeur absolu, représentant sur FY12 plus de 80 milliards de dollars (soit plus que la totalité du CA Microsoft ….). Si une très large partie de cette activité est réalisée au travers des opérateurs télécom (les OEM d’Apple), le développement des ventes iPhone en entreprises reste un levier important en termes d’image pour le constructeur et constitue souvent la tête de pont de la présence Apple dans l’organisation.

Le business iPad

Pour Apple l’iPad est le second pourvoyeur de croissance après l’iPhone, passant d’un business inexistant en début 2010 (le premier iPad fut lancé par Steve Jobs le 27 janvier 2010), à une activité pesant aujourd’hui plus de 32 milliards de dollars.

Pour Apple, l’iPad a rendu possible l’apparition d’applications très innovantes. Apple a présenté en séance plusieurs références clients, insistant sur les caractéristiques de sécurité et d’administrabilité des solutions à base d’iPad. Les dernières nouveautés d’iOS 6 apportent ainsi des possibilités de :

  • Boot sécurisé
  • Chiffrement du contenu des appareils
  • Mode DFU (Device Firmware Update), qui permet de redémarrer en état stable un appareil iOS quel qu’en soit son état. Sa caractéristique est une prise en compte à très bas niveau dans l’architecture logicielle du terminal.
  • La possibilité d’effectuer la plupart des opérations d’administration over the air.

Les Macs dans l’entreprise

Business historique d’Apple, les Macs ont vu leur part diminuer dans le mixte global d’activités de 2008 à 2012 (49% à 15%), mais leur poids en dollars a crû de 15 à 23 milliards de dollars. Sur ce secteur, Apple revendique un TCO inférieur à ceux des PC, grâce notamment au prix de revente des appareils, même si le prix d’achat reste supérieur de quelques centaines d’Euros.

Tout en revendiquant un taux de présence de 20% des Mac dans les entreprises Fortune 500, le discours d’Apple en matière de pénétration en entreprise est très « humble », mettant en avant les capacités d’intégration de ses appareils dans les organisations (support d’AD, Active Sync…) pour demander aux responsables IT de tester les Mac, et de permettre aux utilisateurs de choisir leur postes de travail (argument BYOD).

« We are a product company »

Les différents intervenants que nous avons rencontrés ont à plusieurs reprises affirmé ce point. Apple revendique ce choix, pour conserver sa liberté d’innover (« sans cela aurions nous fait l’iPad ? »). Apple s’attache donc à parler produits, mais illustre ses présentations d’exemples de clients qui ont mis en œuvre ces produits.

Parmi tous les grands fournisseurs d’IT pour les entreprises, tous ralliés au discours « vente de solutions » depuis de nombreuses années, cette position d’Apple reste isolée, mais force est de constater qu’elle ne nuit pas pour autant à sa progression au sein même de ces entreprises.

L’informatique interne d’Apple

Lorsqu’on visite un grand acteur du monde de l’IT il est toujours très intéressant de voir de quels outils il dispose en interne, et savoir si ses solutions ont trouvé leurs places au sein de son propre système d’information. Ici comme chez Microsoft, le cordonnier n’est pas le moins bien chaussé, puisqu’à Cupertino l’IT interne est construite autour de Macs, d’iPad et d’iPhone. Les PC sont réduits à la portion congrue (moins de 1000 pour 65 000 Mac), juste tolérés dans un environnement très fermé, IP fixes sur des groupes d’adresses spécifiques pour éviter les contaminations malware du monde PC (supposé plus sensible) vers le monde Apple.

Les solutions de communication et de collaboration utilisées sont assez simples (voire inexistantes, en dehors du mail) ce qui surprend tout observateur de l’évolution des solutions du marché depuis des années.

D’un point de vue business, Apple utilise SAP avec une des plus grandes références du monde en mode instance unique. iTunes a fait exploser les volumes, chaque transaction unitaire sur iTunes (ex : 0,89€) représentant une transaction SAP !

En termes de chiffres clés :

  • En 1996, les équipes IT internes d’Apple rassemblaient 1500 personnes, 7 systèmes de base de données, 23 datacenters, 10 systèmes de gestion des RH, 14 systèmes de gestion des commandes, essentiellement sur grands systèmes.
  • Aujourd’hui, pour une activité qui a littéralement explosée, ces équipes IT représentent 1200 personnes au niveau mondial, 2 systèmes de BD, 2 datacenters, 1 système pour les finances, 1 pour la gestion des opérations et un autre pour les RH
  • Support pour 52 000 desktops + 100 000 iOS devices —> 44 p pour support au téléphone 24X7 et 8 personnes en support 3eme niveau.

Conclusion

Apple affirme un modèle de développement résolument orienté produits, tout en introduisant dans ses produits des services et des fonctions pour les entreprises (sécurité, administration, vente…). Cupertino revendique une culture d’ingénieurs, tout en ayant développé un sens marketing très fort. La culture du secret est également très forte, mais dans le même temps, les spécifications des nouveaux produits sont maintenant largement connues avant les annonces officielles des nouveaux produits (ex : iPhone 5, iPad mini ). Ces « contradictions » peuvent surprendre les responsables IT en entreprises, qui ont des attentes concernant la visibilité des roadmaps, les fonctions attendues pour s’intégrer aux SI… Pour autant le succès de la marque à la pomme ne se dément pas, et si le grand public reste son terrain de chasse privilégié, les entreprises représentent aujourd’hui une part importante de son CA (en dollars si ce n’est en %). Un rapprochement des points de vue respectifs est donc obligatoire de part et d’autre.

Si vous avez des questions ou des réactions concernant cet article, n’hésitez pas à me contacter : patrick.barriere@calipia.com

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À propos de Patrick Barriere

Directeur associé et co-fondateur du cabinet d'études Calipia. Il a occupé durant 10 années chez Microsoft différents postes dont ceux de Directeur d'Agence Grands Comptes en charge du secteur Public puis de l'industrie et de la distribution, Directeur des Opérations de la division PME/PMI. Ancien Ingénieur d'Affaires chez IBM, Patrick a débuté sa carrière comme développeur logiciel chez Jeumont-Schneider puis chef de projet chez GSI après avoir obtenu son diplôme d'Ingénieur ESIEE (1980).

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