Nouvel Outlook : la refonte de l’annuaire qui pourrait convaincre les récalcitrants (ou pas) ?
Il aura fallu des années de pression, des pétitions silencieuses d’administrateurs IT excédés et quelques bugs bien sentis dans Outlook Classic pour que Microsoft daigne s’attaquer sérieusement à l’un des angles morts du Nouvel Outlook : la gestion des contacts. La firme de Redmond vient d’annoncer une refonte complète de l’expérience « People », soit le module de gestion des contacts intégré au Nouvel Outlook pour Windows et sur le web. Le résultat est présenté comme une révolution. On retiendra surtout que c’est une fonctionnalité qui aurait dû exister dès le premier jour.
Un moteur de recherche enfin digne de ce nom
Le coeur de cette mise à jour repose sur un nouveau moteur de recherche de contacts. L’interface commence à afficher des résultats dès les premières frappes au clavier, sans qu’il soit nécessaire de naviguer dans les organigrammes hiérarchiques pour trouver la bonne personne. Microsoft qualifie cette recherche de « fulgurante » sur les noms, titres, services et autres métadonnées du répertoire d’entreprise.
Pour les organisations dont l’Active Directory héberge plusieurs milliers d’entrées, souvent structurées en sous-unités organisationnelles imbriquées héritées de fusions successives, c’est effectivement une avancée notable. L’ancien module People d’Outlook Classic était fonctionnel mais pas franchement inspirant : il ressemblait à ce qu’il était, soit un composant COM vieillissant dont le design n’avait pas évolué depuis des lustres. Le Nouvel Outlook, lui, a longtemps proposé quelque chose d’encore moins abouti, ce qui constituait paradoxalement l’un des arguments les plus fréquents des partisans d’Outlook Classic dans les comités de pilotage M365.
Des fonctionnalités attendues, enfin livrées
Outre la recherche intelligente, Microsoft introduit plusieurs capacités qui, à vrai dire, n’auraient pas dépaysé un utilisateur d’Outlook 2010. Les catégories permettent désormais d’organiser les contacts par couleur, avec des étiquettes personnalisables comme « Clients clés », « Équipe projet » ou « Fournisseurs », synchronisées à travers l’ensemble de l’écosystème Outlook. L’import et l’export de contacts via fichiers CSV sont également désormais disponibles (dingue non ?) ! On saluera l’effort tout en notant que la capacité à importer un fichier CSV était disponible dans Outlook 2003, ce qui donne une mesure de l’écart qui existait 🙂
Microsoft met également en avant la cohérence de l’expérience entre le client desktop, Outlook on the web et Microsoft Teams. C’est là un argument architecturalement pertinent pour les DSI : une expérience unifiée réduit les frictions du support de proximité et simplifie les politiques de formation. Quand un utilisateur passe du bureau à Teams ou à son navigateur, il retrouve le même modèle mental. C’est précisément l’une des promesses fondamentales du Nouvel Outlook, qui a mis du temps à se concrétiser sur ce point précis.
Il serait naïf d’analyser cette annonce hors de son contexte stratégique. Vous le savez, nous en avons parlé sur le blog, Microsoft a récemment repoussé l’échéance de la phase d’opt-out pour les environnements Enterprise de l’Outlook classique : initialement prévue en avril 2026, elle a été décalée à mars 2027. La firme de Redmond justifie ce délai supplémentaire par la volonté de laisser aux organisations le temps de se préparer, tout en continuant à enrichir le Nouvel Outlook de fonctionnalités manquantes. Une lecture moins bienveillante suggèrerait que l’adoption n’est pas aussi « forte et accélérée » que le communiqué officiel voudrait le faire croire, c’est le moins que l’on puisse dire.
Les griefs sont connus : l’absence de support des fichiers PST, les limitations en mode hors ligne , et jusqu’à récemment, l’impossibilité d’utiliser simultanément les deux versions sans jongler avec le bouton toggle. Depuis les dernières mises à jour, si un utilisateur choisit de revenir à Outlook Classic, le Nouvel Outlook se minimise simplement dans la barre des tâches, permettant l’usage simultané des deux applications (voir la note du Microsoft Support). Un compromis qui ressemble davantage à une thérapie de désintoxication progressive qu’à une stratégie de migration maîtrisée.
Outlook Classic : l’abandon programmé et ses risques
La situation du côté d’Outlook Classic n’est guère rassurante non plus. Ces derniers mois, de nombreux bugs confirmés ont affecté le client classique. En avril, le téléchargement de l’application était cassé. En juin, une mise à jour majeure du calendrier partagé a introduit plusieurs régressions qui ont pris des mois à corriger. Un bug récent empêche même l’ouverture complète de l’application, avec le message d’erreur « Cannot start Microsoft Outlook ». La recommandation officielle de Microsoft face à ce dernier dysfonctionnement ? Utiliser le Nouvel Outlook ou OWA. Le signal est clair.
Pour les architectes M365, la conclusion s’impose d’elle-même : la transition vers le Nouvel Outlook s’étale jusqu’en 2029, par phases progressives, avec un préavis de douze mois avant la fin définitive d’Outlook Classic. Le calendrier est connu, mais la dette fonctionnelle restante l’est moins. À fin 2025, le Nouvel Outlook avait livré 149 fonctionnalités depuis 2023, incluant l’export PST, les dossiers colorés, les catégories, les actions groupées sur les messages, les modèles d’emails et la fusion publipostage. Des fonctionnalités qui, pour la plupart, existaient dans Classic depuis des années, mais dont la réimplémentation dans une architecture web-first est loin d’être triviale.
Ce que cela signifie concrètement pour les DSI
La refonte de l’expérience People n’est pas anodine dans ce contexte. Elle cible un cas d’usage quotidien et visible : la recherche de contacts dans un annuaire d’entreprise. C’est exactement le type de friction qui alimente les tickets de support et les résistances au changement. Quand un directeur commercial doit naviguer dans cinq sous-menus pour retrouver l’email d’un partenaire qu’il connaît pourtant par son prénom, la productivité et la confiance dans l’outil s’érodent ensemble.
Pour les architectes M365 qui gèrent des déploiements à grande échelle, il est désormais prudent de réévaluer le plan de migration en tenant compte de cette nouvelle fonctionnalité. L’intégration avec Entra ID pour la synchronisation des attributs de contacts, la cohérence avec les politiques de gouvernance des données des contacts dans le cadre d’une stratégie Zero Trust, et la compatibilité avec les politiques de rétention définies dans Microsoft Purview sont autant de dimensions à valider avant tout déploiement généralisé.
En attendant, la nouvelle expérience People est disponible dès maintenant dans le Nouvel Outlook pour le desktop et sur le web, accessible via l’icône Personnes dans la barre de navigation gauche. C’est peut-être le bon moment pour réouvrir le dossier « migration Outlook Classic » dans votre backlog. Avec prudence, mais sans plus attendre. C’est en tout cas un sujet à part entière que nous aborderons lors d’une session dédiée au prochain Briefing Calipia.