Guerre des Dashboards : pourquoi LLM et ERP ne parlent pas la même langue
Le microcosme de l’IA s’agite autour d’un nouveau concept : la gestion orchestrée des agents. Nous en parlions encore l’autre jour avec un DSI du CAC40… Si OpenAI a ouvert les hostilités avec l’annonce de Frontier, tentant de transformer ChatGPT en une tour de contrôle universelle, la réaction des éditeurs historiques (ServiceNow, Atlassian, Microsoft) ne s’est pas fait attendre. Pour un DSI, le débat dépasse la simple interface ; il pose la question de la légitimité sur la donnée et le workflow.
OpenAI semble parier sur une centralisation extrême où l’employé pilote ses processus RH, IT ou ventes depuis une barre de prompt. C’est une vision séduisante, mais techniquement naïve. Un agent efficace ne se contente pas de « générer du texte » ; il doit s’insérer dans un cycle de vie complexe : budget, conformité, imputabilité et surtout, connaissance intime des processus métier. Comme le souligne justement la direction de ServiceNow, un modèle de fondation, aussi brillant soit-il, n’offre pas nativement la gouvernance nécessaire à la gestion d’un cycle de facturation ou à l’onboarding d’un collaborateur.
L’avantage des acteurs historiques réside dans la possession du graphe de données et de la logique métier. Là où OpenAI doit construire des connecteurs vers des systèmes tiers, des acteurs comme Salesforce ou Microsoft Agent 365 sont déjà le système. Ils possèdent l’infrastructure et la mémoire transactionnelle. La tentative d’OpenAI de « s’approprier la relation client » via une couche d’abstraction supérieure ressemble à une attaque frontale contre ses propres partenaires (Snowflake en tête), créant une tension palpable sur le marché du « Control Plane ».
Pour l’architecte, le choix est cornélien : parier sur l’agilité d’un orchestrateur agnostique (OpenAI) au risque d’une intégration superficielle, ou renforcer l’adhérence aux écosystèmes existants qui, s’ils sont moins innovants sur le plan pur du langage, maîtrisent la donnée de bout en bout. La bataille ne fait que commencer, mais sans maîtrise du workflow, l’IA reste une simple interface sans bras.