Le dilemme de la collaboration chez Microsoft : Viva Engage tente (encore) de trouver sa place, dans Teams
Microsoft nous gratifie d’une nouvelle itération dans sa quête perpétuelle de l’outil de collaboration ultime : l’intégration directe des communautés Viva Engage (anciennement Yammer, pour les puristes qui se souviennent des premiers balbutiements du réseau social d’entreprise) au sein de Microsoft Teams. À première vue, l’annonce pourrait laisser croire à une avancée significative. Permettez-moi cependant d’apporter un éclairage plus… pragmatique.
L’objectif affiché est louable : consolider les expériences utilisateur pour faciliter la découverte et l’engagement au sein des communautés d’intérêts et des groupes de discussion thématiques. Fini, semble-t-il, les allers-retours fastidieux entre applications distinctes, les fenêtres multiples et cette sensation diffuse de naviguer dans un écosystème en perpétuelle réorganisation. La promesse est celle d’un « centre d’engagement » unifié, où l’on pourrait passer sans heurts des conversations d’équipe structurées aux discussions plus ouvertes et transversales.
Techniquement, cette intégration se matérialise par l’apparition d’une application Viva Engage dédiée dans la barre latérale de Teams, permettant d’accéder aux flux « Communautés », « Accueil », « Messages » et « Mon Fil ». L’intention est de superposer ces fonctionnalités aux capacités existantes de Teams, qui gère déjà ses propres canaux, ses discussions de groupe et ses interactions plus formelles. C’est là que le bât blesse, ou du moins, là où le scepticisme est de mise.
N’oublions pas l’historique. Yammer, racheté en 2012, a connu une existence pour le moins… sinueuse au sein de l’écosystème Microsoft. De solution autonome, il a été successivement présenté comme le complément indispensable, puis comme une option, avant d’être rebaptisé Viva Engage et de tenter une nouvelle vie sous la bannière de la suite Viva. Chaque itération s’est accompagnée de promesses de synergie, souvent suivies par des déploiements complexes, une adoption mitigée et une certaine confusion chez les utilisateurs finaux quant à « quand utiliser quoi ».
La question fondamentale demeure : cette nouvelle intégration résout-elle réellement la surcharge cognitive et la fragmentation de l’information que nous, professionnels de l’IT, tentons de mitiger dans nos organisations ? Ou ne fait-elle qu’ajouter une couche de complexité à un empilement technologique déjà bien fourni ? Nous avons déjà les canaux Teams pour les équipes de projet, les discussions privées, les réunions, les partages de fichiers. Où se situe précisément la valeur ajoutée de Viva Engage dans ce nouvel agencement, au-delà de la simple consolidation visuelle ?
Du point de vue de l’architecture et de la gouvernance, cette approche pose des défis. Comment allons-nous différencier les politiques de rétention, les mécanismes de conformité et les stratégies de communication pour des « communautés » au sein de Teams, par rapport aux « équipes » de Teams ? Les permissions et les accès devront être gérés avec une précision chirurgicale pour éviter les fuites d’information ou, à l’inverse, une rigidité qui briderait la collaboration spontanée. La gestion des identités et des groupes dans cet écosystème hybride nécessitera une vigilance accrue.
De plus, l’adoption par les utilisateurs sera cruciale. Il ne suffit pas de coller une application dans la barre latérale pour transformer les habitudes. Les utilisateurs, déjà noyés sous les notifications et les sollicitations des différentes plateformes, risquent de percevoir cette nouveauté comme une énième fonctionnalité redondante, plutôt que comme une amélioration transformative. L’effort de formation et de sensibilisation sera colossal pour justifier cette « fusion ».
En conclusion, si l’intention de Microsoft est de simplifier l’expérience, nous devons rester prudents. L’intégration de Viva Engage dans Teams pourrait être perçue comme un pansement sur une fracture, plutôt qu’une véritable refonte architecturale. Pour nous, DSI, la tâche sera d’évaluer méticuleusement l’impact réel de cette nouveauté sur nos stratégies de collaboration, de gouvernance et, in fine, sur la productivité de nos collaborateurs. Le serpent de mer de la collaboration n’a peut-être pas encore fini de muer.