La stratégie du coucou : Anthropic s’installe dans le nid de Microsoft :)
Le paysage de l’intelligence artificielle générative ressemble de plus en plus à un vaudeville technologique où les alliances se nouent et se dénouent au gré des factures de calcul GPU. Le dernier acte en date met en scène Microsoft et Anthropic dans une relation de « coopétition » qui devrait laisser plus d’un DSI perplexe.
D’un côté, Microsoft s’apprête à injecter plus de 500 millions de dollars par an dans les modèles d’Anthropic pour muscler son propre Copilot. De l’autre, Anthropic lance Cowork, un outil d’automatisation des tâches de bureau qui vient chasser directement sur les terres de la suite Microsoft 365. Pour les architectes systèmes, la question n’est plus de savoir quel modèle est le plus performant, mais bien qui contrôle l’orchestration des flux de travail.
Techniquement, Cowork se distingue par sa capacité à agir en arrière-plan sur l’ensemble des applications d’un poste de travail. Là où Copilot reste souvent cantonné aux silos de l’écosystème Office, Anthropic tente une approche agnostique. La démonstration de force est réelle : passer de captures d’écran de reçus à un tableur structuré, ou synthétiser des réunions pour générer un deck de présentation sans intervention humaine, n’est plus une promesse marketing mais une réalité logicielle.
Cependant, cette agilité d’Anthropic, héritée du succès de Claude Code, se heurte à un mur de réalité pour les grandes organisations : la gouvernance et la sécurité. Microsoft, fidèle à sa stratégie historique, joue la carte de la « plateforme de confiance ». Un argument de poids face à une startup, aussi talentueuse soit-elle, qui doit encore prouver sa capacité à gérer l’isolation des données à l’échelle d’une multinationale.
L’ironie technique est savoureuse. Microsoft finance indirectement le développement d’un produit qui vise à rendre son propre abonnement Copilot redondant. On se souvient du précédent OpenAI, où ChatGPT avait éclipsé Bing Chat avant même son lancement officiel. Aujourd’hui, Satya Nadella semble prêt à parier sur tous les chevaux, pourvu qu’ils galopent sur les serveurs Azure. Pour le DSI, le choix devient cornélien : opter pour l’intégration native et sécurisée de Microsoft, ou pour l’innovation pure et l’autonomie d’Anthropic, au risque de multiplier les couches de middleware et les vecteurs d’attaque.
En fin de compte, Microsoft gagne sur les deux tableaux grâce à sa domination sur l’infrastructure. Que vous choisissiez Copilot ou Cowork, vous payez probablement la « taxe Azure » à la fin du mois. Une stratégie brillante, bien qu’un brin cynique, qui prouve que dans la Silicon Valley, l’amitié s’arrête là où commence le calcul des marges opérationnelles.