#CES2026 Révolution industrielle 2.0 : Siemens veut faire de l’IA un OS pour les usines !

je vous propose une petite synthèse de l’intervention du patron de Siemens lors de sa Keynote au CES. Sur la forme c’était on va dire « moyen » (on voit qu’il lit le prompteur, parfois avec difficultés). Mais sur le fond : c’est très interessant d’où ce petit résumé des annonces faites.

Clairement, Siemens n’est pas venu à reculons à ce CES 2026. Avec NVIDIA sous le bras, Microsoft en embuscade et une vision d’ensemble aussi ambitieuse qu’un plan quinquennal, l’industriel allemand affirme sans détour : l’intelligence artificielle ne sera pas un outil, elle sera le système d’exploitation de l’industrie de demain.

Ce que Siemens propose n’est rien de moins qu’un renversement de paradigme industriel : de l’EDA (conception électronique) aux chaînes d’assemblage, en passant par la supply chain, tout devient piloté, modélisé, simulé, orchestré, reconfiguré — à la volée — par des jumeaux numériques et des copilotes IA. Bienvenue dans le “cyber-atelier”.

1. L’Industrial AI Operating System : quand Siemens rêve d’un kernel pour les usines

La collaboration renforcée avec NVIDIA vise à concevoir un véritable système d’exploitation de l’IA industrielle. Objectif : couvrir tout le cycle de vie industriel, du design à l’opérationnel, avec une intelligence distribuée, adaptative et massivement simulée. Une fusion de jumeaux numériques, de modèles génératifs, d’automatisation IA et de simulation temps réel.

Les premières briques sont posées :

  • NVIDIA fournit l’infrastructure GPU et les modèles (NIM, Nemotron)
  • Siemens injecte son stack logiciel Xcelerator, des experts par centaines et son expérience terrain.
  • Cible 2026 : la Siemens Electronics Factory d’Erlangen devient le premier site manufacturier nativement IA.

On parle ici de manufacturing adaptatif, de simulation prédictive, et de pilotage autonome de systèmes complexes. Une promesse technologique aussi excitante que redoutable : qui va gouverner cette intelligence distribuée, quand les modèles deviennent prescripteurs 🙂

2. Digital Twin Composer : Photoshop pour usines virtuelles

Produit phare de la présentation, le Digital Twin Composer est un environnement de modélisation 3D en temps réel, intégré au Siemens Xcelerator Marketplace (mi-2026). Il fusionne :

  • Jumeaux numériques,
  • Données terrain (temps réel),
  • Simulations Omniverse (grâce à NVIDIA),
  • IA génératives et analyse contextuelle.

Résultat ? On simule une usine, une ligne de production, un entrepôt, on les modifie virtuellement, on anticipe les impacts physiques.

PepsiCo en est la démonstration vivante (la patronne des régions Amériques au sens de Trump donc très large 🙂 était sur scène) : 20 % de gain de débit, réduction du CapEx de 10-15 %, et une validation de design à quasi 100 %… avant le moindre boulon posé.

On n’est plus dans la maquette BIM statique, mais dans un simulateur industriel piloté par des agents IA, capable de détecter des goulots d’étranglement avant qu’ils n’apparaissent. Les implications pour l’ingénierie sont considérables.

3. Les copilotes de l’industrie : plus que des assistants, des agents d’exécution

Aux côtés de Microsoft, Siemens pousse une vision plus opérationnelle de l’IA : celle des copilotes industriels, déjà intégrés dans :

  • Teamcenter (navigation dans la donnée produit),
  • Polarion (automatisation de la conformité),
  • Opcenter (optimisation des procédés de fabrication).

Ces copilotes ne sont pas de simples interfaces LLM : ils s’insèrent dans les workflows métiers, s’appuient sur des moteurs de règles, des modèles de simulation et des données temps réel. Ce sont des agents semi-autonomes, capables de proposer, d’ajuster, voire d’exécuter certaines décisions.

Avec neuf copilotes annoncés, Siemens positionne l’IA comme couche cognitive au-dessus de l’ensemble de sa suite logicielle. Une stratégie cohérente, mais qui soulève aussi la question de la gouvernance des décisions algorithmiques en environnement critique.

4. Santé, énergie, lunettes connectées : l’IA Siemens se diversifie

La présence de Dotmatics, rachetée en 2023, permet à Siemens de pénétrer le domaine très exigeant de la recherche pharmaceutique. Son intégration avec Simcenter ouvre la voie à une R&D simulée, pilotée par IA, qui réduit les cycles de développement thérapeutique jusqu’à 50 %.

Côté énergie, Commonwealth Fusion Systems s’appuie sur Siemens pour modéliser et accélérer ses réacteurs à fusion. Une vitrine pour prouver que l’industrie lourde peut, elle aussi, bénéficier d’outils de simulation et d’optimisation IA-native.

Même les lunettes Ray-Ban AI de Meta sont de la partie : Siemens y injecte de l’IA contextuelle pour guider les techniciens sur le terrain, sans écran ni clavier, via des instructions audio et visuelles contextualisées. Une sorte de copilote fantôme, en réalité augmentée.

5. Vers une normalisation de l’IA dans l’industrie ?

Avec toutes ces annonces, Siemens ne propose pas une vision théorique de l’IA industrielle. Il pousse à la standardisation des pratiques IA :

  • Un OS industriel commun,
  • Des interfaces normalisées (Xcelerator),
  • Des blueprints techniques partagés avec NVIDIA,
  • Des cas d’usage reproductibles à l’échelle.

Cela contraste avec d’autres approches plus verticales ou exploratoires. Siemens tente ici un coup de force industriel : devenir le référentiel, voire le “Windows” de l’IA industrielle. Et en créant une Marketplace logicielle complète, il pousse à l’adoption de ses standards — sous couvert d’interopérabilité.

Conclusion : L’industrie 4.0 était une promesse, Siemens veut en faire une norme

Avec une stratégie très structurée, un écosystème de partenaires de poids et des cas d’usage concrets, Siemens veut industrialiser… l’industrialisation elle-même. L’IA n’est plus un gadget, ni même une technologie, c’est l’épine dorsale du pilotage industriel de demain.

Mais attention : cette vision techno-centrée, presque darwinienne, suppose que tous les acteurs soient prêts à suivre. Entre investissements massifs, montée en compétences IA et refonte des processus, la transition sera profonde. Pour les DSI, c’est le moment de s’asseoir à la table des opérations 🙂

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