#CES2026 LEGO Smart Play : le jour où la brique devint capteur
On les attendait pas du tout au CES… mais LEGO était là avec une belle surprise !
Dans un monde où les enfants vivent de plus en plus dans des écosystèmes numériques — entre tablettes, jeux vidéo et réalités augmentées — LEGO propose donc une alternative hybride, à mi-chemin entre construction physique et interactivité embarquée. Baptisée Smart Play, cette nouvelle plateforme transforme la célèbre brique en un objet connecté déguisé, intégrant des capteurs, des comportements dynamiques, et surtout, une logique de plateforme technique réutilisable.
Mais sous cette initiative ludique se cache en réalité un tournant stratégique majeur, à la croisée du design hardware modulaire, de la programmation embarquée low-code, et d’une réflexion poussée sur l’interaction tangible (ou Tangible User Interface – TUI).
L’ambition : réconcilier physique et numérique dans un langage de jeu commun
LEGO ne souhaite pas concurrencer les jeux numériques, mais plutôt les contaminer : faire en sorte que le jeu physique reprenne la main sur les histoires grâce à une expérience interactive, mais sans écran, sans bouton d’alimentation, et avec un contrôle total laissé à l’enfant. Une utopie tangible ? Presque.
Le concept repose sur trois composants principaux et c’est là à mon avis que c’est super malin :
- Smart Brick : une brique 2×4, identique en apparence, mais embarquant un microcontrôleur, des capteurs de mouvement, de lumière, de couleur, ainsi que des LEDs et un système audio. Aucun écran. Zéro interface visible.
- Smart Tag : des modules amovibles jouant le rôle de cartouches logicielles. Ils définissent les comportements du Smart Brick selon le contexte.
- Smart Minifigures : des figurines embarquant des traits de caractère programmés, capables de déclencher des comportements spécifiques au sein d’un système.
L’interopérabilité est au cœur du projet : un Smart Brick peut être déplacé de modèle en modèle, et réagir différemment selon les Tags ou Minifigs qui l’entourent. On ne parle plus de jouet, mais d’un moteur d’interaction physique programmable, pensé pour être reconfigurable à l’infini.

Un vrai système cyber-physique
L’approche de LEGO est étonnamment proche des paradigmes utilisés en ingénierie des systèmes cyber-physiques. Les démonstrations montrent des Smart Bricks capables de :
- Se synchroniser sans hub central, en formant des réseaux maillés décentralisés.
- Se repérer dans l’espace via des capteurs de distance et d’orientation 3D, capables d’identifier si deux briques se « regardent ».
- Détecter des objets, la couleur environnante, des minifigs spécifiques, et de réagir de manière contextuelle.
La brique devient ainsi capteur, actionneur et logique embarquée, dans un écosystème où la programmation est implicite, incarnée par l’assemblage. Une sorte de programmation tangible, ou “If this brick, then that behavior” — sans jamais écrire une ligne de code !
Une interface sans interface
Le génie de l’approche réside dans l’effacement de la technologie : pas de Bluetooth visible, pas d’écran compagnon, pas d’application mobile intrusive. Toute la logique est cachée, intégrée dans le jeu lui-même.
D’un point de vue architectural, cela soulève des questions passionnantes :
- Quel protocole de communication les Smart Bricks utilisent-ils pour former un réseau décentralisé ?
- Comment les interactions sont-elles mappées et synchronisées ?
- Quelles sont les limites de reprogrammation des Tags — sont-ils réinscriptibles, ou uniquement préprogrammés ?
- Le traitement des données est-il edge (dans la brique), ou en partie cloud ?
Aucune de ces questions n’est explicitement abordée par LEGO — et cela fait sens : l’ambition est ici d’offrir une expérience magique, pas une API.
Une stratégie de plateforme, pas un gadget
Contrairement aux tentatives précédentes du fabricant danois (comme LEGO Mindstorms ou Hidden Side), Smart Play est pensé comme un socle transversal : un Smart Brick peut théoriquement vivre des centaines de vies au fil des constructions, et évoluer avec le temps.
C’est un système ouvert dans un univers propriétaire — une architecture modulaire au service de l’imaginaire. LEGO ne vend pas ici un jouet connecté, mais un média interactif de création narrative.
Pour le lancement, LEGO s’appuie sur sa licence la plus puissante : Star Wars. Trois premiers sets intégrant Smart Play sont annoncés :
- Un Landspeeder,
- Un TIE Fighter,
- Et la salle du trône de l’Empereur Palpatine.
La combinaison de l’univers narratif riche de Star Wars avec la versatilité de Smart Play pourrait créer un effet viral : chaque enfant peut réécrire les aventures de Luke, Leia ou Chewbacca avec ses propres règles.
LEGO, futur acteur de l’IoT ludique ?
Smart Play marque peut-être le début d’une nouvelle ère : celle des objets intelligents non identifiés, qui dissimulent leur intelligence pour la mettre au service de l’humain, ou ici, de l’enfant.
À la manière d’un IoT inversé, on ne cherche pas à « capturer des données » pour nourrir un backend, mais à interpréter le monde physique pour enrichir l’interaction narrative. Un paradigme inspirant, aussi bien pour les professionnels du jouet que pour les architectes systèmes.
LEGO réussit ici un pari rare : intégrer la technologie sans la faire sentir, augmenter le jeu sans le digitaliser, tout en gardant une vision stratégique cohérente avec son ADN.