Microsoft 365 Copilot : Claude s’invite à la fête (et Azure boude un peu)
Microsoft vient d’ouvrir la porte de son écosystème Copilot à un nouvel acteur : Anthropic. Les modèles Claude Sonnet 4 et Claude Opus 4.1 rejoignent les rangs du M365 Copilot Researcher Agent et de Copilot Studio. Jusqu’ici, l’expérience Copilot reposait presque exclusivement sur les modèles GPT d’OpenAI, au cœur du partenariat stratégique avec Microsoft.
Mais l’arrivée de Claude soulève des questions techniques et contractuelles qui méritent l’attention des DSI. Officiellement, Redmond justifie ce choix par la volonté « d’apporter le meilleur de l’innovation IA du marché » à ses clients. Officieusement, plusieurs analystes évoquent deux raisons plus pragmatiques : la performance (Claude surpasserait GPT dans certains cas d’usage internes) et la nécessité de réduire une dépendance excessive à OpenAI.
Claude sur AWS, GPT sur Azure : schizophrénie cloud
Là où les choses se compliquent, nous vous en parlions déjà sur le blog, c’est sur l’hébergement. Les modèles GPT s’exécutent dans l’écosystème Azure, bénéficiant donc de l’ensemble des garanties contractuelles, de conformité et de résidence de données de Microsoft. Claude, en revanche, reste hébergé… chez AWS.
Conséquence directe : toute donnée exploitée par Claude échappe aux accords contractuels standards de Microsoft (Product Terms, Data Processing Addendum, SLA, engagements de résidence, Customer Copyright Commitment). En clair :
- Pas de garantie contractuelle Microsoft sur la confidentialité ou la localisation.
- Pas d’auditabilité par les mécanismes Microsoft habituels.
- Les données partent sous la responsabilité contractuelle d’Anthropic.
Pour un RSSI ou un architecte , cela revient à jongler avec deux univers réglementaires dans un même outil. Le Copilot devient une mosaïque où certaines requêtes bénéficient de l’écosystème Azure, quand d’autres basculent dans l’inconnu (ou presque).
Copilot et ses armées d’agents : multiplication contrôlée ?
En parallèle de cette diversification des modèles, Microsoft accélère le déploiement de ses « agents » spécialisés. Après avoir annoncé la tendance en 2024 lors d’Ignite, l’éditeur pousse désormais l’idée que chaque espace de collaboration (Teams, SharePoint, Viva Engage) devrait avoir son agent dédié.
Exemples :
- Facilitator Agent : greffé aux réunions Teams, il génère un ordre du jour, prend des notes, assigne des tâches et rédige des documents.
- Channel Agent : s’immerge dans les canaux Teams pour synthétiser conversations, projets et statuts.
- Community Agent (Viva Engage) : anime les communautés en filtrant, classant et suggérant des réponses.
- Knowledge Agent (SharePoint) : trie, enrichit et classe automatiquement les contenus.
- Project Manager Agent (Planner + Teams) : suit l’exécution des projets et organise les plans d’action.
Ces agents sont positionnés comme la « vraie » valeur métier de Copilot. Contrairement aux modèles de langage génériques, ils sont ciblés, mesurables et justifiables dans un ROI. Mais la multiplication interroge : Microsoft intégrera-t-il durablement ces agents dans les licences M365, ou basculera-t-il certains vers un modèle « Pay-as-you-go » ?
Le vrai enjeu : la gouvernance de la complexité
Pour un DSI, le problème n’est pas tant de savoir si Claude écrit mieux que GPT, mais de mesurer l’impact global de cette prolifération :
- Hétérogénéité des garanties contractuelles (Azure vs AWS).
- Multiplication des agents qui complexifie la gouvernance IT et le suivi des droits/licences.
- Risque d’ombre réglementaire si des données sensibles basculent vers Anthropic sans garde-fous contractuels.
Microsoft veut positionner Copilot comme une plateforme modulaire, hybride, où l’on choisit ses modèles et ses agents comme des briques Lego. Mais chaque brique n’est pas régie par les mêmes règles – et c’est là que les directions IT doivent garder la main.
Entre la diversification des modèles (GPT + Claude) et la prolifération des agents, Microsoft réinvente la productivité… mais complexifie la gouvernance IT. Les DSI devront naviguer entre innovation, ROI et contraintes réglementaires, tout en gardant un œil sur les petits caractères des contrats.
Car dans le monde Copilot, le diable n’est pas dans les détails du code… mais dans les annexes juridiques.
Cela sera traité lors du prochain Briefing Calipia en décembre : une raison de plus de vous joindre à nous 🙂