[Analyse] Pourquoi les GAFAM et autres géants du numérique sont très satisfaits du retour de Trump…
En résumé…
Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, Donald Trump a mis en œuvre une série d’actions proactives en faveur des géants américains du numérique et de l’écosystème technologique au sens large. Son administration a adopté des mesures fiscales majeures (allègements d’impôts, incitations à l’investissement) profitant aux entreprises innovantes, tout en déployant des politiques réglementaires et législatives visant à lever les contraintes pesant sur les acteurs technologiques. Parallèlement, la Maison Blanche a lancé d’ambitieux programmes de soutien à l’innovation (notamment dans l’IA, le cloud et la fintech) s’appuyant sur des partenariats public-privé. Ces orientations ont donc renforcé la position des GAFAM – bénéficiant de réductions d’impôts massives et d’un climat politique favorable à leur expansion – et ont créé de nouvelles opportunités pour les startups (en facilitant les financements et sorties de capital), malgré certaines incertitudes macroéconomiques que Trump a lui-même créé…
Mesures fiscales et incitations financières pro-technologies
L’administration Trump a promulgué à l’été 2025 une importante réforme fiscale (surnommée le « One Big Beautiful Bill » Act) ayant pour effet de diminuer la charge fiscale des entreprises et de stimuler l’investissement technologique . Cette loi de finances, adoptée via la réconciliation budgétaire, prolonge ou élargit plusieurs dispositions fiscales initiées en 2017, avec un accent particulier sur l’innovation et le capital-risque. Les mesures suivantes, résumées dans le tableau ci-dessous, favorisent directement les GAFAM, les acteurs du cloud et les startups tech :
| Mesure fiscale clé | Description | Bénéfices pour le secteur technologique |
|---|---|---|
| Déduction immédiate des dépenses R&D (restaurée) | Permet aux entreprises de déduire 100 % de leurs dépenses de R&D dès l’année en cours (au lieu d’un étalement comptable) . | Allège fortement le fardeau fiscal des sociétés très innovantes. Les GAFAM en profitent largement (ex. Alphabet économiserait ~9,4 Mds $ grâce à cette mesure) . |
| Bonus de dépréciation 100 % (permanent) | Prolonge indéfiniment l’amortissement accéléré des investissements en équipements et infrastructures . | Stimule l’investissement dans les centres de données, serveurs et matériel IT. Les grands fournisseurs cloud (AWS, Google, Microsoft…) peuvent déduire immédiatement le coût de nouveaux data centers, améliorant leur trésorerie. |
| Taux d’impôt sur les sociétés maintenu à 21 % | Verrouille le taux d’IS bas de 21 % au lieu de laisser une hausse automatique (les réductions de l’ancienne loi devant expirer) . | Conserve un niveau d’imposition faible, soutenant la rentabilité des grands groupes technologiques. Des lobbies industriels incluant des Big Tech ont milité pour maintenir ce taux réduit . |
| Déduction élargie des intérêts d’emprunt | Rétablit des limites plus généreuses pour déduire les intérêts de la dette (annule un durcissement antérieur du calcul) . | Facilite le financement de projets coûteux en réduisant le coût net de l’endettement. Utile notamment aux acteurs cloud et télécoms investissant dans des infrastructures massives. |
| Incitations fiscales sur revenus technologiques internationaux (FDII/GILTI) | Évite l’augmentation programmée de l’imposition sur les revenus tirés des actifs intangibles à l’étranger (FDII) et sur les profits offshore (GILTI), en pérennisant les taux réduits actuels . | Baisse les impôts des multinationales du numérique sur leurs revenus mondiaux tirés de la propriété intellectuelle. Par ex., grâce au régime FDII maintenu, Alphabet (Google) a réalisé ~11 Mds $ d’économies d’impôts depuis 2018 . |
| Réduction de la taxe BEAT (Base Erosion Anti-Abuse Tax) | Abaisse le taux de cette taxe anti-évasion qui pénalisait certaines déductions de paiements vers l’étranger . | Répond aux doléances des grandes entreprises tech, qui voyaient le BEAT comme une sanction injuste sur leurs coûts de développement international. Allège la fiscalité des groupes ayant des structures globales. |
| Allégements pour investisseurs de startups (QSBS) | Assouplit fortement le régime Qualified Small Business Stock : relèvement du plafond d’actifs d’une PME éligible de 50 M$ à 75 M$, exonération partielle de plus-value dès 3 ans (50 %, puis 75 % à 4 ans, 100 % à 5 ans) , et plafond d’exonération porté de 10 M$ à 15 M$ par contribuable . | Encourage l’investissement dans les startups et accélère les sorties. Les fondateurs et business angels peuvent revendre plus tôt une jeune entreprise (M&A, introduction en bourse ou cession secondaire) en profitant d’une exonération fisc |
Ces mesures fiscales devraient, à court et moyen terme, doper les capacités d’investissement des GAFAM et des entreprises du secteur. Par exemple, le rétablissement de la déduction immédiate des dépenses de R&D était une demande forte des grands groupes du numérique et de leurs associations professionnelles, qui y voyaient un levier essentiel pour soutenir l’innovation domestique . De fait, on estime qu’Alphabet (maison-mère de Google) sera le principal bénéficiaire de cette disposition avec près de 9,4 milliards de dollars d’économies fiscales à la clé . De même, l’extension du bonus de dépréciation à 100 % sur les investissements en capital fixe favorise particulièrement les acteurs du cloud computing et des centres de données, très gourmands en dépenses d’infrastructure. La loi a par ailleurs pérennisé le taux réduit d’impôt sur les sociétés (21 %) et des mécanismes d’allègement pour les revenus technologiques à l’étranger (FDII, GILTI), évitant ainsi un alourdissement d’impôt qui devait intervenir en 2026 – ce qui maintient un environnement fiscal compétitif pour les Big Tech américaines .
Enfin, le volet capital-risque et startups de la réforme fiscale mérite une attention particulière. En adaptant le régime QSBS aux réalités des jeunes pousses tech (valorisations plus élevées, cycles de sortie raccourcis), l’administration Trump a envoyé un signal positif aux fondateurs de startups et à leurs investisseurs. Désormais, un entrepreneur ou investisseur peut céder sa participation dans une startup prometteuse au bout de 3 ou 4 ans en bénéficiant d’une exonération partielle de plus-value (50 % ou 75 %), sans avoir impérativement à attendre 5 ans pour être totalement exonéré . Le plafond de gain exonéré passe en outre à 15 millions $ par personne . Ces changements facilitent les sorties anticipées (rachat par un grand groupe, vente de parts…) et incitent à réinjecter plus rapidement le capital dans de nouveaux projets innovants . Comme l’explique le PDG d’une startup technologique, ces mesures témoignent d’« une administration tournée vers l’avenir, qui comprend la réalité du business », et vont permettre aux entrepreneurs de réinvestir plus vite leurs gains dans de nouvelles entreprises . Pour les DSI et architectes du secteur, un tel dynamisme du financement des startups signifie potentiellement une accélération de l’apparition de nouvelles solutions technologiques sur le marché, soutenue par un cycle investissement-exit plus fluide.
Mesures réglementaires et législatives pro-entreprises tech
Parallèlement aux incitations fiscales, l’administration Trump a adopté une posture très favorable aux entreprises technologiques en matière réglementaire, aussi bien sur le plan international que national, ainsi que par le biais de certaines lois ciblées. On observe trois axes majeurs :
- La défense agressive des intérêts des GAFAM face aux régulations étrangères jugées hostiles (dont on imagine bien l’Europe),
- La déréglementation intérieure ou l’ajustement des règles pour lever les « obstacles » à l’innovation,
- Une orientation globale des autorités chargées de la concurrence et de la régulation vers plus de bienveillance vis-à-vis du secteur (ou du moins un net ralentissement des poursuites).

1. Protection des GAFAM contre les régulations et taxes étrangères :
Dès février 2025, Donald Trump a clairement affiché son soutien aux grands groupes du numérique américains vis-à-vis des mesures prises à l’étranger pouvant les pénaliser. Le 21 février 2025, il a signé un mémorandum intitulé « Defending American Companies and Innovators from Overseas Extortion and Unfair Fines and Penalties », qui pose le principe d’une riposte américaine systématique contre toute initiative étrangère ciblant injustement les entreprises US du digital . Ce texte dénonce à la fois les taxes numériques (telles que la taxe GAFA française instaurée en 2019) et les réglementations adoptées hors des États-Unis – en visant nommément l’Europe – qui entraveraient l’expansion des firmes américaines du secteur . S’appuyant sur une rhétorique nationaliste (préservation de la « souveraineté » et de l’emploi américain), Trump menace d’user de droits de douane punitifs et de « toutes mesures nécessaires » pour neutraliser ces politiques étrangères jugées discriminatoires . Concrètement, cela signifie que si un pays impose une taxe sur les services numériques touchant principalement Google, Amazon ou Facebook, ou bien édicte des contraintes (sur la protection des données, le contrôle des contenus en ligne, etc.) susceptibles de freiner ces acteurs, les États-Unis pourront répliquer par des sanctions commerciales. On se souvient qu’en 2019, lors de son premier mandat, Trump avait déjà fait pression sur la France en menaçant de surtaxer le champagne et les sacs de luxe après l’adoption de la taxe GAFA, poussant in fine Paris à suspendre l’application de cette taxe en attendant une solution multilatérale . En 2025, l’administration Trump reprend cette stratégie de dissuasion à plus grande échelle : elle adresse un message clair aux alliés comme aux autres nations qu’aucune entrave (fiscale ou réglementaire) au rayonnement mondial des GAFAM ne sera tolérée, allant jusqu’à qualifier certaines régulations européennes (RGPD, Digital Markets Act, Digital Services Act, etc.) d’atteintes potententielles à la liberté d’expression ou à la compétitivité . Ainsi, sous l’impulsion de conseillers proches comme Elon Musk – farouche opposant aux règles de modération d’Internet – la Maison Blanche s’érige en bouclier des GAFAM sur la scène internationale, brandissant le spectre de représailles commerciales pour obtenir un environnement règlementaire mondial plus favorable .
2. Allègement des réglementations intérieures et des contraintes administratives :
Sur le front domestique, la nouvelle administration s’est attelée à lever certains garde-fous réglementaires jugés freinants pour l’innovation dans les technologies émergentes comme l’IA, la cybersécurité ou la fintech. Dans sa première semaine au pouvoir (fin janvier 2025), le président Trump a commencé par abroger ou amender des directives de l’administration précédente qui visaient à encadrer les risques technologiques. Par exemple, l’exécutif a annulé le cœur d’un décret de fin 2024 orienté vers la gestion des risques de l’IA (éthique, sécurité), estimant qu’il pouvait freiner la course à l’intelligence artificielle – une initiative immédiatement suivie par l’annonce d’un gigantesque plan d’investissement privé dans des infrastructures IA (voir section suivante) . Plus tard, en juillet 2025, la Maison Blanche a dévoilé America’s AI Action Plan (voir détails plus loin) dont l’un des volets est explicitement de « supprimer les réglementations fédérales lourdes qui entravent le développement et le déploiement de l’IA » . Il a été demandé aux agences fédérales d’identifier les règles à éliminer ou assouplir pour accélérer l’innovation, en concertation avec le secteur privé .
Dans le domaine de la cybersécurité, on observe une approche similaire : l’administration Trump a choisi de réviser les stratégies héritées de son prédécesseur pour privilégier l’innovation et la flexibilité du secteur privé. Un décret exécutif signé le 6 juin 2025 (“Sustaining Select Efforts to Strengthen the Nation’s Cybersecurity”) vient ainsi amender plusieurs ordres antérieurs afin de réaxer la politique cyber sur la collaboration avec l’industrie et l’adoption de nouvelles technologies (IA, automatisation), tout en allégeant certaines obligations pour les entreprises fournisseurs du gouvernement . Parmi les changements notables :
- La suppression des directives qui devaient imposer de nouvelles pratiques minimales obligatoires de cybersécurité aux fournisseurs de l’État (initialement prévues par un décret de janvier 2025). L’ordre de Trump a purement et simplement éliminé l’initiative visant à établir des “minimum cybersecurity practices” et à en faire une condition dans les contrats publics, marquant un recul de l’approche normative au profit d’incitations non-contraignantes .
- Un allègement des procédures d’attestation de sécurité logicielle : le décret de Biden en 2021 (EO 14028) imposait aux éditeurs fournissant l’État de certifier qu’ils respectent toute une série de bonnes pratiques de développement sécurisé. En 2024, un décret complémentaire avait prévu de renforcer ce processus avec plus de contrôles. L’administration Trump a annulé ces renforcements, revenant à un schéma plus simple où seul le système d’attestations initial demeure, sans exigences supplémentaires . Ce retrait réduit la charge de conformité pour les éditeurs de logiciels vendant au gouvernement, ce qui satisfait de nombreux acteurs du secteur qui redoutaient une bureaucratie coûteuse.
- Par ailleurs, les orientations de fond restent de mettre l’accent sur l’innovation en cyberdéfense, notamment l’intégration des outils d’IA dans la détection des menaces et l’automatisation de la réponse aux incidents . Le décret de juin 2025 insiste sur la nécessité pour les agences comme la NSA, le DHS ou le DoD de intégrer la gestion des vulnérabilités de logiciels d’IA dans leurs processus, et de promouvoir l’adoption de systèmes de sécurité “zero trust” et de capacités avancées de détection au sein des réseaux fédéraux . Cette approche se veut plus pragmatique et orientée résultats, en mobilisant le potentiel du secteur privé (notamment les innovations IA) pour renforcer la cyber-résilience gouvernementale.
En matière de régulation financière et fintech, un fait marquant a été la promulgation en juillet 2025 d’une loi bipartisane pour le coup, le GENIUS Act, qui établit un cadre fédéral pour les stablecoins (monnaies stables adossées à des actifs) – première législation américaine d’envergure sur les crypto-monnaies. Soutenue par l’administration, cette loi (Guiding and Establishing National Innovation for U.S. Stablecoins Act) vise à clarifier et encadrer l’émission de stablecoins tout en encourageant l’innovation dans ce domaine . Elle impose par exemple que tout stablecoin émis aux États-Unis soit adossé à 100 % par des réserves en dollars ou bons du Trésor, avec des obligations de transparence mensuelle, de conformité anti-blanchiment et de capacité technique à bloquer les transactions illicites . En retour, le fait d’établir des règles du jeu claires et uniformes légitime les stablecoins comme partie intégrante du système financier et “ouvre les vannes” à l’investissement dans les actifs numériques aux États-Unis . Trump a explicitement soutenu cette démarche, promettant de faire des États-Unis la « capitale mondiale des cryptos » – il avait d’ailleurs signé en mars 2025 un décret ordonnant la constitution d’une réserve stratégique de bitcoins et d’un stock national de crypto-actifs, signal fort de l’intérêt du gouvernement pour ces nouvelles technologies financières . La loi GENIUS Act, en conciliant protection des consommateurs et promotion de l’innovation, rassure les entrepreneurs de la blockchain et témoigne d’une volonté fédérale de retenir sur le sol américain les initiatives fintech qui auraient pu partir à l’étranger faute de cadre légal. Plusieurs dirigeants de startups crypto auparavant inquiétés par des poursuites réglementaires ont même été conviés à la cérémonie de signature de la loi, illustrant le changement de ton de l’administration vis-à-vis de ce secteur .

3. Orientation des autorités de concurrence et de régulation :
Un autre aspect – plus subtil mais crucial – du climat pro-tech instauré depuis 2025 est le changement de priorité dans l’application des lois. De nombreux signaux indiquent un freinage des actions coercitives à l’encontre des grandes entreprises technologiques sous l’ère Trump 2.0. D’une part, la composition même de l’équipe gouvernementale reflète cette bienveillance : plusieurs personnalités liées à l’industrie tech ont été nommées à des postes clés, comme l’ancienne lobbyiste d’Amazon Pam Bondi au poste de procureure générale (Attorney General) ou le milliardaire de la fintech Howard Lutnick (banquier associé à Tether) nommé Secrétaire au Commerce . Ces choix envoient un message clair aux régulateurs. D’autre part, les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon un rapport de l’ONG Public Citizen, sur 142 enquêtes fédérales en cours visant des entreprises tech (pour des soupçons de pratiques anticoncurrentielles, infractions boursières, protection du consommateur, etc.) héritées de l’administration précédente, 47 ont été mises en pause ou purement abandonnées dans les premiers mois du mandat Trump . Autrement dit, près d’un tiers des dossiers d’investigation impliquant des sociétés comme Activision, Meta, Microsoft, Tesla, PayPal, etc., ont été stoppés sans suite . Cette baisse de la pression réglementaire s’observe notamment dans le secteur des cryptomonnaies (beaucoup d’enquêtes sur des plateformes crypto ont été classées, reflétant le revirement de Trump qui est devenu favorable aux crypto-actifs) et dans la fintech (allègement du contrôle du Consumer Financial Protection Bureau, ce qui a entraîné la clôture d’enquêtes sur des fintechs accusées de pratiques trompeuses) .
En matière d’antitrust, domaine où l’administration Biden avait lancé plusieurs offensives contre Big Tech, la doctrine Trump 2025 semble être de poursuivre officiellement les procédures en cours tout en évitant les remèdes les plus contraignants pour l’industrie. Par exemple, dans le grand procès antitrust contre Google (monopole de la recherche en ligne), le Département de la Justice de Trump a certes continué à plaider l’abus de position dominante, mais a renoncé en mars 2025 à demander une sanction extrême qui inquiétait la Silicon Valley : la cession forcée par Google de certains investissements stratégiques dans l’IA (notamment sa participation dans la startup Anthropic, rivale d’OpenAI) . Les procureurs ont finalement reconnu qu’interdire à Google d’investir dans des entreprises d’IA pourrait avoir des « conséquences imprévues dans un domaine en évolution rapide » et affaiblir la compétitivité américaine en intelligence artificielle . Ils se sont rabattu sur des exigences plus mesurées (obligation pour Google de notifier ses futurs investissements IA aux autorités, etc.) . Cet épisode illustre la posture ambivalente de l’administration : afficher une continuité dans la “fermeté” vis-à-vis des monopoles (Donald Trump lui-même déclare vouloir poursuivre le « grand nettoyage » entamé contre Big Tech ), tout en ajustant les actions pour éviter d’entraver les champions nationaux dans la bataille technologique globale. D’ailleurs, Google et consorts ne manquent pas de faire valoir auprès du gouvernement que trop sévir contre eux « compromettrait le leadership technologique américain mondial » – un argument qui semble trouver un écho dans la politique Trump . De même, s’agissant des autres poursuites contre Apple, Meta ou Amazon lancées précédemment, beaucoup d’observateurs anticipent des solutions négociées ou un ralentissement, plutôt qu’un démantèlement brutal, l’administration ne souhaitant pas fragiliser ces entreprises face à la concurrence chinoise ou européenne . En somme, le climat réglementaire intérieur depuis 2025 est nettement plus indulgent envers les grands acteurs technologiques qu’il ne l’était durant la période 2021-2024 : moins d’enquêtes, moins de contraintes nouvelles, et une tolérance accrue à l’égard de pratiques que le pouvoir précédent jugeait problématiques (intégration verticale, traitement des données personnelles, modération de contenu, etc.).
Soutien à l’innovation et partenariats public-privé
Un des volets les plus visibles de l’action pro-technologie de Donald Trump depuis 2025 est la volonté de fédérer ressources publiques et initiatives privées pour accélérer l’innovation aux États-Unis. Cette stratégie se décline par de grands plans nationaux, l’établissement de structures de coordination entre gouvernement et industrie, et le soutien appuyé à des projets d’investissement d’envergure pilotés par les géants du secteur.
Plan national sur l’intelligence artificielle : L’initiative phare est sans conteste le lancement de « Winning the AI Race: America’s AI Action Plan » (Plan d’action américain pour gagner la course de l’IA), dévoilé en juillet 2025 . Ce plan, élaboré suite à un décret présidentiel de janvier sur le leadership en IA, constitue une feuille de route globale comportant plus de 90 actions pour « cimenter la dominance américaine en intelligence artificielle » . Il s’articule autour de trois piliers stratégiques : accélérer l’innovation (soutenir la R&D, former les talents), construire les infrastructures IA (capacités de calcul, cloud, semi-conducteurs) et assurer le leadership international et la sécurité (coopérations avec les alliés, usages militaires et diplomatiques de l’IA). Parmi les mesures phares annoncées figurent :
- La création de partenariats public-privé pour exporter l’IA américaine : le Département du Commerce et le Département d’État vont s’allier aux industriels pour fournir à des pays alliés des packages complets de solutions IA « clés en main » (matériel, modèles, logiciels, applications), afin de diffuser les technologies US tout en prévenant l’adoption de solutions étrangères concurrentes .
- Le développement massif d’infrastructures : l’État fédéral s’engage à faciliter et accélérer les permis de construire pour de nouveaux centres de données et usines de semi-conducteurs, et à lancer des initiatives pour former la main-d’œuvre nécessaire (électriciens, techniciens HVAC, etc.) afin de soutenir le rythme soutenu de la construction d’infrastructures critiques pour l’IA .
- La déréglementation ciblée déjà évoquée : identifier et supprimer les règles fédérales « lourdes » freinant le déploiement de l’IA, en sollicitant les retours du secteur privé pour cibler les normes à réviser .
- Le respect de la liberté d’expression dans les IA de nouvelle génération : une mesure notable consiste à conditionner les marchés publics de solutions d’IA générative (grands modèles de langage) au respect d’une neutralité idéologique. Autrement dit, le gouvernement fédéral n’achètera que des modèles « objectifs et sans parti pris idéologique imposé d’en haut » . Cela fait écho aux critiques formulées par Trump et ses alliés sur les biais perçus des IA “woke” et vise à encourager les fournisseurs à ne pas intégrer de filtrage politique dans leurs algorithmes.
Avec ce plan, l’administration affiche l’ambition de gagner la course mondiale à l’IA, en mobilisant tous azimuts. Des personnalités nommées aux postes clés incarnent cette synergie État-industrie : par exemple Michael Kratsios, déjà Chief Technology Officer lors du premier mandat Trump, pilote l’Office de la politique scientifique et technologique et souligne que ce plan va « turbocharger notre capacité d’innovation » et bâtir des infrastructures de pointe pour que « le monde continue de tourner sur des technologies américaines » . De même, un “AI Czar” (tsar de l’IA:)) a été désigné en la personne de David Sacks (entrepreneur de la Silicon Valley), tandis que le secrétaire d’État Marco Rubio chapeaute l’axe diplomatique du plan – tous soulignant que la domination en IA est “non négociable” pour la prospérité et la sécurité nationale .

Méga-projets d’infrastructure en partenariat avec l’industrie :
Dans la foulée de ce plan, l’administration a encouragé et médiatisé d’importants engagements d’investissement privé. Notamment, dès le 21 janvier 2025 (au lendemain de l’investiture), Donald Trump a annoncé aux côtés de plusieurs PDG un projet de 500 milliards de $ d’investissement privé dans des infrastructures IA aux États-Unis . Ce projet, baptisé “Stargate”, prend la forme d’une coentreprise entre OpenAI (leader de l’IA générative), SoftBank (grand fonds d’investissement tech) et Oracle (acteur du cloud, on va dire de second plan), visant à construire 20 centres de données géants à travers le pays . Dès son lancement, 100 milliards $ sont engagés immédiatement, avec un calendrier de déploiement sur quatre ans pour le solde . Les premiers data centers sortent déjà de terre au Texas, d’une superficie individuelle de 50 000 m² . D’après Larry Ellison (cofondateur d’Oracle) et Sam Altman (CEO d’OpenAI), ces centres serviront des applications IA avancées (par ex. analyse d’images médicales, optimisation de soins) et consolideront l’autonomie américaine en capacité de calcul. Fait notable, les dirigeants impliqués ont explicitement attribué la concrétisation de ce projet à l’élection de Trump : « Nous n’aurions pas décidé de faire ça si vous n’aviez pas gagné », a déclaré Masayoshi Son (CEO de SoftBank) à Trump lors de l’annonce . De même, Sam Altman a affirmé que réaliser ce plan de supercalculateurs IA aux États-Unis n’aurait pas été possible sans le soutien direct du président . Ce témoignage illustre la confiance renouvelée des grands investisseurs technologiques sous l’administration actuelle, du fait de sa politique pro-innovation et de la levée de certaines contraintes (Trump ayant notamment annulé un ordre de la fin 2024 limitant les utilisations de l’IA considéré trop restrictif ). Outre l’impact technologique, Trump a mis en avant les retombées économiques de Stargate : la création annoncée de 100 000 emplois qualifiés et non qualifiés liés à la construction et l’exploitation de ces infrastructures (chiffre sorti du chapeau de Trump, comme beaucoup d’autres). Ce type de partenariat géant public-privé (le gouvernement facilitant les autorisations, la connexion aux réseaux électriques, etc., l’industrie apportant les capitaux) vise à doubler les concurrents étrangers (Chine, UE) en s’assurant que les prochains data centers les plus puissants du monde seront sur le sol américain.
Autres initiatives et collaborations :
Le soutien à l’innovation se manifeste aussi par des programmes plus ciblés. En cybersécurité, le décret de juin 2025 mentionné plus haut organise la création, via le NIST, d’un consortium rassemblant des industriels au sein du National Cybersecurity Center of Excellence pour élaborer et diffuser des guides de bonnes pratiques en développement logiciel sécurisé . L’idée est de co-construire les standards de sécurité avec le secteur privé, plutôt que de les imposer unilatéralement, afin d’allier innovation et sécurisation “by design” dans les logiciels critiques. Dans le secteur public lui-même, l’administration cherche à s’inspirer des méthodes du privé : un “America by Design” initiative a été lancée en 2025 pour améliorer l’expérience utilisateur des services en ligne fédéraux, avec la création d’un “National Design Studio” à la Maison Blanche faisant appel à des designers du privé afin de moderniser les sites web publics et services numériques citoyens d’ici 2026 . Même si ce chantier relève plus de la transformation digitale de l’État, il illustre la philosophie pro-business de Trump : faire appel aux compétences du marché pour rendre l’administration plus efficace. On notera toutefois que cette initiative intervient après une période de tension où de nombreux experts en UX du secteur public (ex. US Digital Service) avaient été remerciés début 2025, notamment sous l’influence d’Elon Musk alors conseiller sur l’efficience gouvernementale . Quoi qu’il en soit, l’objectif affiché est de standardiser et rationaliser les sites web fédéraux (via l’adoption généralisée du design system USWDS) et de se conformer pleinement à la loi IDEA de 2018 sur la dématérialisation des services .
Impacts sur les géants technologiques (GAFAM)
Les GAFAM (Google, Apple, Facebook/Meta, Amazon, Microsoft) sont sans conteste les premières bénéficiaires des orientations prises depuis 2025. L’ensemble des mesures décrites – fiscales, réglementaires, diplomatiques – a eu pour effet de renforcer encore la position dominante de ces entreprises phares du numérique américain, en réduisant leurs coûts, en assouplissant leur environnement opérationnel et en leur ouvrant de nouvelles perspectives de croissance.
Sur le plan financier, les gains pour les GAFAM sont massifs. Le rapport du Tech Oversight Project estime que la seule restauration du plein amortissement des dépenses de R&D et l’extension du bonus de dépréciation représentent à court terme des dizaines de milliards de dollars d’économie d’impôts pour ces groupes . Alphabet, Amazon, Apple, Meta et même Tesla (pour la partie R&D logicielle et IA) figurent en tête de liste des gagnants de la déduction R&D, avec un pactole cumulé de 75 Mds$ sur les prochaines années . De plus, la protection du taux d’IS à 21 % et les déductions FDII/GILTI prolongées assurent aux Big Tech de continuer à payer un taux effectif très inférieur au taux statutaire – rappelons qu’Alphabet notamment a profité du régime FDII à hauteur de 11 Mds$ depuis 2018, un avantage désormais sanctuarisé . En somme, la pression fiscale sur les grandes entreprises technologiques atteint son niveau le plus bas historique, confortant leurs marges pour investir encore davantage (rachats d’actions, acquisitions de startups, nouveaux data centers…).
Sur le plan stratégique et concurrentiel, l’administration Trump leur a littéralement déroulé le tapis rouge au niveau mondial. L’appui diplomatique explicite fourni par la Maison Blanche face aux gouvernements étrangers a pour effet de limiter les contraintes légales hors des États-Unis. Par exemple, l’Union européenne, pourtant engagée dans des réglementations ambitieuses sur les géants du numérique, sait désormais qu’elle s’expose à des représailles américaines en cas de mesures jugées trop pénalisantes pour les GAFAM . Cela pourrait inciter Bruxelles à modérer certaines exigences pour éviter une guerre commerciale (de fait, l’UE a très vite cherché un compromis après les menaces tarifaires US en 2019 sur la taxe GAFA, et la dynamique est similaire en 2025). Les GAFAM bénéficient ainsi d’une forme de “blank check” de la part de Washington pour étendre leurs activités sans entrave juridique excessive à l’étranger . Cette assurance d’une protection étatique renforce leur poids dans les négociations internationales et peut décourager d’autres pays d’imposer de nouvelles régulations ou sanctions pécuniaires à leur encontre.
Au niveau domestique, le soulagement est également tangible pour les GAFAM. La réduction du zèle réglementaire – qu’il s’agisse de la concurrence, de la protection des données ou d’autres domaines – se traduit par moins de dépenses juridiques et moins de risques de démantèlement. Par exemple, l’abandon de certaines poursuites et enquêtes signifie que des dossiers potentiellement coûteux (en image et en sanctions) disparaissent tout simplement. La société Meta (Facebook) a vu par exemple une enquête sur des pratiques anticoncurrentielles être discrètement classée en 2025, tout comme Microsoft dans un dossier de fraude, etc. . Même Elon Musk, bien qu’ayant des relations fluctuantes avec Trump, a bénéficié de cette mansuétude : une procédure du département de la Justice accusant SpaceX de discrimination à l’embauche a été purement abandonnée en 2025 . Au-delà des cas individuels, c’est un climat général de partenariat plutôt que de confrontation qui domine entre l’État et les Big Tech. Trump a placé des alliés de ces firmes à des postes de contrôle (par ex. une ex-lobbyiste d’Amazon comme ministre de la Justice), ce qui neutralise la menace d’actions coercitives soudaines . D’aucuns parlent de « retour sur investissement » pour les GAFAM qui ont contribué généreusement à la campagne et à l’investiture de Trump (plus d’1 milliard $ dépensés en lobbying, dons politiques et contrats divers) , mais le résultat est là : les géants de la tech opèrent en 2025-2026 dans un environnement domestique accommodant, focalisé sur le renforcement de leur compétitivité face aux rivaux étrangers plutôt que sur la limitation de leur pouvoir de marché aux États-Unis.
En termes d’opportunités de croissance, les décisions de l’administration ont également ouvert de nouvelles voies pour les GAFAM. Le plan d’action IA et les investissements dans l’infrastructure offrent aux entreprises comme Microsoft, Google ou Oracle des marchés garantis (fourniture de cloud pour les supercalculateurs, vente de solutions d’IA aux agences fédérales et aux pays alliés). La promotion du concept de « free speech » dans les IA va dans le sens de ce que souhaitaient des entreprises comme X ou certains développeurs de modèles IA, et pourrait leur donner un avantage compétitif sur des concurrents plus restrictifs. De plus, l’augmentation des budgets fédéraux alloués à la défense, à la cybersécurité et aux agences comme la Sécurité Intérieure sous Trump profite indirectement aux GAFAM via les contrats publics : par exemple, le budget de la police aux frontières (CBP/ICE) a triplé, générant des commandes accrues en technologies de surveillance et de cloud – Amazon Web Services héberge déjà les systèmes de données d’ICE et devrait voir ces contrats s’intensifier . Enfin, la stabilisation du cadre légal des cryptomonnaies via le GENIUS Act incite les GAFAM à investir le domaine des paiements numériques sans crainte d’incertitudes réglementaires, que ce soit Meta avec son portefeuille Novi (ex-Diem) ou Amazon et Apple avec leurs services financiers intégrés.
Il convient toutefois de noter que cette proximité avec le pouvoir politique comporte un revers potentiel pour l’image des GAFAM. L’opinion publique reste méfiante vis-à-vis de ces entreprises : des sondages en 2025 montrent des taux de désapprobation élevés des PDG de Big Tech (74 % pour Mark Zuckerberg, 55 % pour Sundar Pichai, etc.) . La perception que les GAFAM bénéficient de “largesses” du gouvernement Trump – allègements fiscaux alors que d’autres secteurs subissent des coupes budgétaires, influence politique via des dons – peut susciter des critiques sur un traitement de faveur aux “monopoles” de la tech. Néanmoins, sur le strict plan économique et concurrentiel, les indicateurs sont au vert pour les GAFAM depuis 2025 : ils disposent de davantage de liquidités (grâce aux baisses d’impôts), de moins de contraintes pour leurs opérations (peu de nouvelles régulations contraignantes, flexibilité sur la modération de contenu aux États-Unis, etc.), et de la bienveillance active de Washington pour soutenir leur expansion à l’étranger. Tout ceci conforte leur domination, au point que certains s’interrogent sur la capacité des pouvoirs publics à un jour imposer de nouveau des limites : « L’élimination de l’indépendance des agences signifie que les enquêtes et poursuites n’avanceront pas si le président ne le veut pas », note un expert, soulignant qu’il sera difficile de réguler ces entreprises tant que la priorité affichée est de les faire « prosper comme jamais auparavant » (selon les propres mots de Donald Trump à propos des entreprises d’Elon Musk) .
Impacts sur les startups technologiques et l’écosystème élargi
Le secteur des startups et de l’innovation aux États-Unis ressent également les effets des politiques Trump depuis 2025, de manière plus nuancée. D’un côté, un certain nombre de facteurs favorables stimulent l’entrepreneuriat technologique, mais de l’autre, des incertitudes macroéconomiques liées aux choix de l’administration pourraient tempérer cet élan, surtout pour les startups en phase avancée.
Du côté positif, les mesures fiscales et réglementaires pro-business ont amélioré l’environnement global pour créer et développer une startup tech. Comme évoqué, la réforme du QSBS est saluée par les fondateurs et investisseurs : en permettant des exits plus rapides et fiscalement avantageux, elle augmente l’attrait du capital-risque. Les venture capitalists peuvent espérer récupérer une partie de leurs mises plus tôt (via revente d’actions au bout de 3-4 ans avec imposition réduite) et donc réinvestir plus vite dans de jeunes pousses . Cela fluidifie le cycle d’investissement et réduit le “verrou de liquidité” qui incitait auparavant à attendre 5 ans minimum. D’ailleurs, les données du premier trimestre 2025 montrent que le financement des startups US a rebondi : 91,5 Mds$ levés en Q1, soit +18,5 % sur un an, un niveau record depuis début 2022 . Certes, ce chiffre a été dopé par la méga-levée de fonds d’OpenAI (40 Mds$) , mais même en dehors de ce cas, l’appétit pour les projets innovants est bien présent. Les segments IA et deeptech en particulier attirent des capitaux considérables, galvanisés par le soutien affiché de l’administration – qui fait de l’IA une priorité nationale – et par la perspective de marchés publics ou parapublics garantis dans ce domaine.
En outre, la dynamique de dérégulation profite aux jeunes entreprises en réduisant certains coûts de conformité. Par exemple, une startup SaaS qui vend ses services au gouvernement fédéral aura moins de formulaires et de certifications à fournir (allègement des exigences de sécurisation logicielle évoqué précédemment), ce qui réduit la barrière à l’entrée des marchés publics pour les petits acteurs innovants. De même, l’absence de nouvelle régulation fédérale contraignante en matière de données ou de modération en ligne signifie que les startups évoluent sans avoir à adapter en urgence leurs produits à de nouvelles lois (contrairement à l’UE où le DMA/DSA impose des changements). Cette liberté peut favoriser l’émergence rapide de nouveaux modèles d’affaires, notamment dans l’IA générative, la fintech crypto, etc., sans craindre un coup d’arrêt réglementaire immédiat. La légalisation encadrée des stablecoins via le GENIUS Act, par exemple, apporte la clarté juridique attendue par de nombreuses fintechs qui développent des solutions autour des cryptos : elles peuvent innover aux États-Unis plutôt que de s’exiler, maintenant que les règles du jeu sont établies (réserves obligatoires, licence d’émetteur, etc.) . Plusieurs startups spécialisées dans la blockchain et les paiements numériques voient dans cette loi un feu vert pour lancer ou étendre leurs activités sur le sol américain, en partenariat éventuellement avec des banques traditionnelles.
Par ailleurs, la forte augmentation des dépenses fédérales en technologies de défense, cybersécurité et renseignement sous Trump ouvre aussi des niches de marché pour les startups de la tech gouvernementale (GovTech). Des jeunes entreprises proposant des solutions innovantes en analyse de données, en sécurité cloud ou en IA appliquée à la défense peuvent plus facilement décrocher des contrats ou des subventions dans le cadre de la modernisation accélérée voulue par l’administration (qui privilégie souvent la vitesse d’acquisition sur les lourds processus d’appel d’offres). La Maison Blanche a explicitement encouragé la collaboration avec les innovateurs, par exemple en ordonnant aux agences de rendre leurs ensembles de données de cyberdéfense accessibles à la recherche académique pour encourager les avancées (open data) , ce qui peut bénéficier aux startups en IA/cybersécurité souhaitant entraîner et tester leurs algorithmes sur des données gouvernementales.
Cependant, tout n’est pas rose pour les startups, surtout lorsqu’on lève le regard vers l’horizon macroéconomique (c’est souvent ce qui est mis en avant de ce coté de l’Atlantique) . Les politiques économiques plus larges de Trump – notamment une orientation protectionniste et un possible durcissement des échanges commerciaux – ont introduit de la volatilité sur les marchés qui n’est pas sans conséquences pour l’écosystème tech. En avril 2025, l’administration a par exemple instauré de nouveaux tarifs douaniers globaux (taxes à l’importation) visant à « rééquilibrer » le commerce et à contenir la Chine . Si cette guerre tarifaire protège certains fabricants locaux, elle renchérit les coûts d’approvisionnement pour de nombreuses startups hardware ou IoT qui importent des composants, et elle a contribué à secouer la Bourse. Or, un marché boursier instable et la crainte d’une récession (exprimée par des économistes à cause des tensions commerciales) ont un impact direct sur le capital-risque : les investisseurs deviennent plus frileux et les valorisations baissent. D’après PitchBook, les espoirs de « retour en force des IPO tech en 2025 » se sont évanouis avec ces perturbations . Plusieurs startups à un stade avancé ont préféré reporter leur sortie. On peut citer l’exemple de Klarna (fintech européenne très présente aux USA) qui a repoussé son introduction en bourse à cause de la volatilité accrue et de l’incertitude depuis l’annonce des tarifs Trump . Ce phénomène touche surtout les scale-ups et licornes qui envisageaient une IPO ou un rachat majeur : elles temporisent, ce qui signifie aussi que les fonds de capital-risque récupèrent leur mise plus tard, ralentissant le recyclage du capital. L’indice des IPO technologiques a d’ailleurs chuté en 2025, signe que le marché des sorties est gelé. En conséquence, malgré un bon démarrage d’année, beaucoup d’analystes anticipent une baisse des investissements VC sur le reste de 2025 : la volatilité incite les investisseurs à se tourner vers des actifs moins risqués (monnaies refuge, obligations), réduisant la liquidité disponible pour les startups . On observe ainsi une dichotomie entre early stage (où les très jeunes startups peuvent paradoxalement tirer parti de la crise pour innover sur de nouveaux besoins, et continuer à lever des fonds modestes) et late stage (où les tours de table importants se raréfient, faute de visibilité sur les valorisations de sortie) .
En résumé, pour les startups technologiques américaines, l’ère Trump 2025 offre un cadre réglementaire et fiscal stimulant – moins d’impôts, moins de règles contraignantes, un État qui se pose en allié de l’innovation – ce qui se traduit par un regain d’optimisme et des records de financement atteints en ce début de mandat. Les domaines comme l’IA, la cybersécurité, la fintech crypto, soutenus par des initiatives publiques, devraient particulièrement tirer leur épingle du jeu. Néanmoins, la stabilité économique est un facteur déterminant pour que cet essor perdure. Les politiques commerciales agressives et le creusement du déficit dû aux baisses d’impôts font planer un risque de ralentissement économique ou de tensions inflationnistes, qui pourrait frapper in fine le secteur technologique naissant en tarissant les sources de financement. Les DSI et architectes d’entreprise doivent donc garder un œil sur l’évolution du contexte macro : un cycle d’innovation favorisé par la puissance publique peut se voir contrarié par un accès plus difficile au capital ou des coûts en hausse si des frictions économiques persistent. Pour l’instant, toutefois, l’écosystème tech américain bénéficie d’un alignement inédit des planètes politiques en sa faveur, l’administration Trump ayant clairement fait le choix de la croissance technologique à tout prix, en misant sur l’innovation nationale comme moteur stratégique de la compétitivité américaine. On comprend aussi un peu mieux pourquoi les patrons des géants du numérique sont si prévenants (pour ne pas dire plus) vis à vis de Trump…