Google vient de remporter une guerre que beaucoup pensaient perdue d’avance.
Certes, son moteur de recherche a officiellement été qualifié de monopole. Mais le verdict rendu par le juge Amit Mehta ressemble davantage à une tape amicale sur l’épaule qu’à une sanction exemplaire. En adoptant quasi intégralement les propositions de Google pour remédier à sa position dominante, et en écartant les scénarios les plus radicaux du gouvernement, le tribunal a validé l’essentiel de l’ordre établi.
Chrome et Android : pas de démantèlement
L’idée d’un démantèlement de Chrome ou d’Android – une mesure brandie comme la solution ultime pour rétablir la concurrence – a été jugée disproportionnée. Pour Mehta, cela aurait été non seulement juridiquement discutable, mais économiquement destructeur.
Le juge souligne que priver Google de la possibilité de payer pour la distribution de son moteur (contrats avec Mozilla, Apple ou les constructeurs Android) aurait aussi des effets collatéraux sur l’écosystème. En clair : débrancher Google reviendrait à asphyxier une partie du marché… et pénaliser indirectement l’utilisateur final.
Une victoire pour Apple (et son portefeuille)
La grande absente mais bénéficiaire implicite de la décision reste Apple. Son accord avec Google – estimé à près de 20 milliards de dollars par an pour faire de Google le moteur par défaut sur Safari – n’est pas remis en cause. Une modification cosmétique est probable, mais rien qui menace cette rente colossale.
L’IA générative, le facteur inattendu
Le point le plus fascinant de cette affaire est la manière dont l’IA générative a modifié la lecture du dossier. Quand la plainte fut déposée en 2020, ChatGPT n’existait pas encore. Trois ans plus tard, le marché de la recherche en ligne a déjà basculé. Les usages évoluent, Google reconfigure ses services, et les lignes de concurrence ne ressemblent plus à celles de 2020.
Mehta reconnaît explicitement que l’irruption de l’IA change la donne. Voilà une réalité souvent ignorée des régulateurs : dans un secteur technologique à cycle court, une procédure antitrust qui dure quatre ans peut se révéler obsolète au moment du verdict.
La décision efface la « menace antitrust » qui pesait sur l’action Google depuis le jugement initial de monopole. Pour les marchés financiers, le signal est clair : l’hypothèse d’un démantèlement ou d’une régulation sévère s’éloigne. La tech respire, et pas seulement chez Google. Amazon, Meta et Apple observent avec intérêt, chacun ayant ses propres procédures en cours.
Et demain ?
Cette affaire illustre deux réalités :
- Le décalage structurel entre innovation et régulation. Le droit poursuit une technologie qui a déjà changé de visage.
- Le pragmatisme politique américain. Le juge, dans la lignée d’une administration Trump pro-business, choisit de limiter les dégâts collatéraux plutôt que de tenter une révolution juridique.
Pour les décideurs, la conclusion est simple : ne pas attendre du régulateur qu’il redessine l’écosystème numérique à court terme. Le marché – dopé par l’IA – redéfinit lui-même ses règles plus vite que les tribunaux. Google conserve sa position de hub central, et les partenariats (notamment avec Apple) restent des points d’ancrage incontournables.
Reste une question : faudra-t-il un jour une régulation pensée pour l’IA elle-même, et non pour les modèles économiques déjà dépassés ?