Quand les tribunaux remplacent les data centers : la tactique d’Elon Musk face à l’IA…
Dans l’univers de l’intelligence artificielle, la vitesse est un facteur déterminant : les modèles se succèdent, les frameworks évoluent, et les usages se démocratisent à une cadence que même les directions SI peinent à suivre. Dans ce contexte, on pourrait penser qu’un acteur en retard cherche à rattraper la concurrence par l’investissement technologique, le recrutement de talents ou des partenariats stratégiques. Elon Musk, lui, a choisi une autre voie : celle du prétoire.
Après avoir relancé l’industrie spatiale et banalisé la voiture électrique, Musk semble désormais persuadé que la meilleure manière de donner une chance à sa startup xAI est de multiplier les procédures judiciaires. Son premier front : un procès contre OpenAI, accusée d’avoir trahi ses fondations caritatives. Son deuxième front, plus surprenant encore : une plainte contre Apple, coupable selon lui d’intégrer ChatGPT dans ses services iPhone, au détriment de l’innovation concurrente.
Le cœur de l’argumentaire est saisissant : Apple et OpenAI formeraient une “alliance monopolistique” verrouillant l’accès du marché. Problème : difficile de qualifier OpenAI de monopole quand Google, Meta, Anthropic et consorts investissent des milliards dans la même arène. Quant à Apple, si la firme est régulièrement soupçonnée d’abus de position dominante (notamment sur son App Store), elle n’a jamais caché que son intégration d’IA tierces ne se limiterait pas à OpenAI. Des discussions avec Google autour de Gemini pour Siri sont déjà sur la table. Bref, le château de cartes juridique vacille.
Sur le plan technique, l’argument de l’enfermement des consommateurs paraît tout aussi fragile. Les utilisateurs peuvent installer n’importe quel chatbot IA sur iOS comme sur Android, et la récente adoption par Apple du standard RCS réduit encore les barrières à la migration vers un smartphone moins coûteux. On est loin d’une situation de verrouillage comparable à l’App Store.
Alors, que reste-t-il ? Probablement une tentative de gagner du temps et de la visibilité. En attendant, le risque est clair : chaque heure passée par les avocats de xAI est une heure perdue face à la concurrence qui, elle, entraîne ses modèles, optimise ses pipelines MLOps et sécurise ses infrastructures cloud. Nous le savons : il est vain de freiner l’évolution technologique par décret ou par procès, surtout quand le marché fonctionne à coups de GPU et de datasets colossaux.
Face à Apple, qui a déjà survécu aux attaques juridiques d’Epic Games, il est peu probable que Tim Cook s’inquiète outre mesure. Le vrai enjeu pour Musk n’est pas d’imposer une interprétation douteuse du droit de la concurrence, mais bien de démontrer que xAI a la capacité technique de rivaliser. Or, dans l’IA, ce n’est pas le juge qui tranche la pertinence d’un modèle, mais l’usage massif, l’évolutivité et la qualité des résultats.
Moralité : quand l’industrie avance à la vitesse d’un LLM dopé au fine-tuning, la stratégie du procès ressemble plus à un goulot d’étranglement qu’à un avantage compétitif. Musk serait peut-être mieux inspiré de réinvestir son énergie là où elle compte : dans les data engineers, les algorithmes et les GPU, plutôt que dans les salles d’audience 🙂