Google face à la concurrence IA : leadership en panne ?

Sergey Brin, cofondateur de Google et toujours détenteur d’un quart des droits de vote de l’entreprise, est récemment sorti de sa réserve. Selon une enquête du New York Times, il aurait encouragé l’équipe de Gemini—le modèle d’intelligence artificielle de Google—à revenir travailler au bureau quotidiennement et à s’investir davantage, suggérant même une semaine de 60 heures. Pourtant, Google maintient officiellement une politique de trois jours au bureau par semaine. Ce paradoxe pose une question cruciale : Brin a-t-il encore l’influence nécessaire pour orienter Google dans la bonne direction ?

L’argument de Brin n’est pas nouveau. Déjà en 2016, il affirmait que 60 heures par semaine constituaient le “sweet spot” de la productivité. Mais cette fois, son appel au surinvestissement résonne différemment : Gemini est sous pression face à la concurrence agressive d’OpenAI, d’Anthropic et de Meta.

Alors, pourquoi Brin ne transforme-t-il pas cette suggestion en directive officielle ? Avec Larry Page, il détient pourtant toujours les rênes de Google grâce à une structure actionnariale qui leur assure un contrôle absolu. Mais il semble que même un fondateur emblématique ait du mal à faire évoluer la culture d’une entreprise devenue tentaculaire.

L’IA, un domaine où Google peine à s’imposer

Le retard apparent de Gemini dans la course à l’IA ne repose pas uniquement sur un manque d’implication des employés. Google est une entreprise immense où les conflits internes freinent l’innovation. L’illustration parfaite de ces tensions est l’expérience utilisateur : sur un smartphone Pixel 9, on doit choisir entre Google Assistant et Gemini, mais selon la manière dont une question est posée, c’est parfois l’Assistant qui répond—et avec moins de pertinence que Gemini.

Ces incohérences sont symptomatiques d’un manque de direction claire. Contrairement à Elon Musk chez Tesla ou Mark Zuckerberg chez Meta, Google peine à trancher rapidement sur des choix stratégiques.

Pendant que Google tâtonne, d’autres avancent à grande vitesse. Meta est en pourparlers pour construire un nouveau centre de données IA qui pourrait coûter plus de 200 milliards de dollars. Nvidia enchaîne les records de valorisation, et des startups comme Perplexity ou Cohere suscitent l’intérêt des investisseurs.

Dans ce contexte, la posture attentiste de Google est inquiétante. Brin et Page ont toujours les moyens d’influer sur la stratégie, mais semblent hésitants à exercer pleinement leur pouvoir. Si Google veut rester un acteur majeur de l’IA, il devra se recentrer sur une vision claire, en évitant les compromis qui diluent son potentiel d’innovation.

Google a longtemps dominé le web et la recherche, mais dans l’IA, il lui faut prouver qu’il peut être plus qu’un suiveur. La réussite de Gemini ne dépendra pas seulement des heures supplémentaires des ingénieurs, mais d’un leadership plus affirmé et d’une stratégie plus cohérente. Sergey Brin peut-il encore jouer ce rôle ? Rien n’est moins sûr.

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