[Lettre Calipia] Non, la Tablette n’a pas tué le PC…

…mais elle a mis fin à son long règne sans partage sur le poste de travail.

Depuis toujours en informatique on a cru que l’arrivée de nouveaux périphériques ou matériels allait sonner le glas d’une informatique existante. Souvenez-vous des Minis qui allaient soit disant signer à terme l’arrêt de mort des Mainframes… Allez faire un tour dans les centres informatiques, allez à la FNAC ou chez Darty, regardez l’écran sur lequel tape le vendeur : au mieux du revamping 3270, ou sinon un écran d’émulation 3270…

vmesaMême chose il y a quelques années avec l’arrivée des PC. Ils allaient tout balayer sur leur passage. Résultat : des systèmes en plus et des serveurs qui ont grossi pour finalement reprendre les principales fonctions des Mainframes de l’époque: mémoire autocorrective, refroidissement par eau, virtualisation (cette dernière date des années 70 avec le système VM d’ IBM sur Mainframe), etc…

C’est aujourd’hui les tablettes qui menacent le PC. Les spécialistes en sont sûrs : le petit cheval est mort… Les chiffres sont formels. En guise de preuve irréfutable : depuis août 2012 il se vend dans le monde plus de tablettes que de PC. C’est donc inévitable : le PC va mourir et les tablettes vont devenir l’Alpha et l’Omega du poste de travail… Mais au fait, n’était-ce pas ces mêmes spécialistes qui nous annonçaient il y a quelques années que les Netbooks allaient tuer définitivement le PC portable ? On connaît la suite!  Au grand regret d’Intel, l’Ultrabook n’a pas non plus détrôné le PC portable classique!

Il faut se rendre à l’évidence, un PC n’est pas une tablette et inversement. Ces nouveaux périphériques sont autant de nouveaux usages. Il y a néanmoins à la marge des zones communes ou l’urbanisation est nécessaire.

Quelles évolutions pour le poste de travail ?

Si les usages des PC, des Tablettes, des Smartphones ne sont pas les mêmes, certains sont proches voire carrément identiques : lire des mail, surfer sur le web, etc… C’est ici le confort ou l’expérience comme disent les anglo-saxons, qui crée la différence.

Je pense que le périphérique idéal qui l’emportera sur tous les autres, reste un vieux rêve d’informaticien ! Le poste de travail multifonctions imaginé chez tous les grands comptes : STB chez France télécom à l’époque (Station de Travail Banalisée) ou PTI chez EDF… L’avenir est bel et bien à de multiples postes de travail, correspondants à de multiples situations d’usages. Coexisteront, téléphones intelligents, tablettes, PC portables, fixes, MacBook Air, iMac, etc… Avec pour chaque facteur de forme un ou deux leaders technologiques. Apple, Google et Microsoft principalement. Reste à savoir dans quelles proportions ?

La question de savoir quelles seront les évolutions du poste de travail est une question très difficile. Une question dont bon nombre d’acteurs voudraient avoir la réponse !

Les errances de certains constructeurs, faisant feu de tout bois ou ne cherchant plus à quels saints se vouer, résument bien leur désarroi.

Prenons l’exemple d’HP, qui se lance dans les tablettes avec son propre OS (WebOS, racheté quelques années plus tôt à Palm), puis annonce l’abandon prochain du PC, puis reprend finalement la production de ce dernier pour abandonner WebOS, pour aller sur les tablettes Windows 8 et maintenant sur des tablettes Androïd… Vous suivez toujours ?

Parlons de Samsung. Pour le coréen, tous les malheurs de l’industrie du PC seraient à mettre sur le compte de Microsoft. Ainsi Jun Dong-Soo, le président de la division mémoire de Samsung déplore que le nouvel OS de Microsoft n’ait pas « relancé la demande pour les PC ». Mais il va plus loin, pour lui « Windows n’est plus compétitif, ce qui expliquerait pourquoi la campagne d’Intel et de Microsoft en faveur des Ultrabooks ai échoué. ».

ultrabookSi Windows 8 n’est pas un échec commercial, il souffre sans doute de la disparition des Netbooks au profit des Ultrabooks et des Hybrides (nous en reparlerons un peu plus tard) : le prix d’acquisition a ainsi sensiblement augmenté au final pour le consommateur, dans un contexte économique pas très favorable. Microsoft l’a sans doute compris en baissant récemment le prix des licences de son OS pour permettre aux machines d’être plus compétitives en termes de prix : cela sera-t-il suffisant ? Mystère, la marge de manœuvre de l’éditeur n’étant pas si énorme que cela, ce dernier risquant de cannibaliser ses ventes en volumes de Windows s’il va trop loin.

Les autres constructeurs sont aussi en mal de stratégie. Que faut-il faire ? Des tablettes d’accord mais avec quel OS ? Windows 8, Androïd, Windows RT ?

Finalement, c’était le bon temps pour eux lorsque l’Alpha et l’Omega de leur stratégie était de suivre avec la plus grande fidélité possible le géant de Redmond.

Il suffisait de suivre les indications et versions des deux géants, Intel et Microsoft (tout en se plaignant de leurs conditions, en particulier tarifaires) en faisant le moins possible de R&D, avec au mieux un petit peu de travail sur les outils de déploiement et d’administration …

Les marges n’étaient pas terribles, mais la croissance du marché, associée aux marges arrières, permettait de survivre à défaut d’être plus audacieux…

Paradoxalement, IBM l’a bien compris lorsque le géant s’est décidé à la surprise générale de se séparer de son entité poste de travail et de la revendre au chinois Lenovo. Peu de valeur ajoutée, marges très faible, pas de différentiation évidente, alors autant jeter l’éponge lorsqu’il est encore temps.

Les ventes d’Ultrabooks n’ont pas compensé en marge l’arrêt des Netbooks. Les Ultrabooks se vendent mal, nous en avons déjà parlé. Mais il apparaît aussi que les marges des tablettes (hors Apple) se sont écroulées depuis un an, de telle sorte que les constructeurs doivent se rendre à l’évidence : elles ne rapporteront pas autant qu’espéré !  La situation est donc assez délicate, alors ils se retrouvent tous derrière un facteur de forme qui semble prometteur : le convertible…

PC convertibles : la fausse bonne idée ?

Les PC convertibles : l’arme fatale contre les tablettes ? Le meilleur des compromis ? Ou plutôt le poste de travail sans compromis comme le dit la publicité pour les Tablettes Surface de Microsoft ? À mon avis rien n’est moins sûr ! On est souvent plus proche d’incantations que de réalité. La vérité est que beaucoup aimeraient y croire, y compris bien sûr dans les directions informatiques : disposer enfin du poste de travail multifonctions ! Du couteau suisse fort utile lorsque l’on ne sait pas bien de quoi nos utilisateurs risquent d’avoir besoin… Mais, c’est à mon avis, peine perdue, il y aura différents facteurs de formes et les convertibles feront partie de ceux-là… rien de plus.

desllxps12Le segment des PC convertibles est en très forte croissance. Pour preuve, les ventes au beau fixe, confirmée par les délais d’attente impressionnants des XPS12 de Dell par exemple. Il faudra sans doute attendre encore quelques mois pour que des organismes tels qu’IDC nous livrent des chiffres plus fiables. Mais je ne doute pas qu’ils seront bons, ne serait-ce que pour une raison : c’est sur le papier le poste de travail idéal pour tester Windows 8 dans de bonnes conditions, en mettant tous les atouts du système de notre côté.

C’est aussi pour cela que nous (Calipia) nous sommes équipés de Sony Duo 11 dès sa sortie : un convertible très intéressant qui s’avère à l’usage assez agréable mis à part un clavier très perfectible (largement due à sa taille et la largeur excessive de ses bords).

Au-delà de ces tests, parfois à grande échelle, quel sera le niveau des ventes à moyen terme ?

Plus généralement, nous y reviendrons un peu plus tard mais cela pose aussi le principal problème de Windows 8 : quels apports du système pour les anciens postes de travail ? Si vous n’avez pas d’écran tactile ?

Honnêtement Windows 7 est sans doute largement suffisant pour ce type de machines. Dans ces conditions, il est difficile pour Microsoft de migrer sa base existante. Je pense que cela risque d’être très compliqué en entreprise… alors que la plupart d’entre elles sont en plein dans la migration Windows 7. Elles attendront sans doute la version 9 ou 10 (si le rythme annuel de ces versions ce confirme) ! Si elles n’attendent pas tout simplement le renouvellement des postes, ce qui ne serait déjà pas si mal pour les parts de marchés de Windows 8 au final, mais pas suffisant pour que Microsoft réalise ses objectifs.

Mais alors, quel type de poste de travail ?

Une chose est sure, ce poste de travail accompagne les utilisateurs tout au long de leur journée, voire plus si l’on inclut le Smartphone pour certains ! Alors ce poste ne doit pas seulement être un outil adapté, il doit être en plus… désirable, oui pas seulement fonctionnel, mais désirable… Et c’est à mon avis la grande force d’Apple que tous essayent de reproduire. L’objet est désirable, pas seulement utile et fonctionnel, alors à quoi bon empiler les innovations technologiques comme on empile des trophées ? Lorsqu’il suffit de mettre à l’intérieur suffisamment de choses pour le rendre désirable, en gardant des innovations pour les prochaines versions, histoire de ne pas dévoiler tous les attributs en même temps !

Si on parle un peu de Microsoft, quel est le dernier produit de l’éditeur que vous avez trouvé désirable ? Plus généralement, achète-t-ont un PC pour son usage ou par désir ?

Remplacez cette question avec un iPad ? La réponse n’est-elle pas en général, un peu différente ?

C’est le problème auquel doit faire face Microsoft, pour vivre dans ce monde ou la consumérisation de l’IT a pris une forte place, l’éditeur doit rendre ses « véhicules utilitaires » que sont Windows et donc les PC, « objets de désir »… Pas simple.

Alors in-fine les PC sont-ils seulement nécessaires et les iPads désirables ? Mais qui gagne à la fin ? Le cœur ou la raison ? L’iPad ou le PC ? Les deux mon général ! Ou plutôt les 3, les 4 et tous les facteurs de formes présents ou à venir qui répondront à un besoin lui-même en constante évolution.

Ces incertitudes sont à mon avis une bonne nouvelle en fin de compte, pour toute l’industrie.  C’est le retour de l’audace et du marketing des produits, au détriment des « pousseurs de solutions » cachant leurs manques de prises de risques dans la construction de produits répondant à de nouveaux besoins et se contentant de resserrer les boulons (souvent marketing) de leur belle mécanique financière.

discussionsMais comment découvrir ces nouveaux besoins avant qu’ils apparaissent ? Pas si simple ! Alors les constructeurs et éditeurs multiplient en général les études de marchés et groupes de discussions pour trouver des réponses.

Problème, il est très rare que les décideurs de ces mêmes entreprises assistent à ces groupes  de travail, au mieux ils en lisent le compte rendu. Mais celui-ci est souvent tellement édulcoré (pour ne pas les déranger dans leurs convictions) qu’il ne donne vraiment aucune information pertinente.

Mais plus généralement ces études et les utilisateurs sondés ne proposent en général que des améliorations de choses qu’ils connaissent. Il est toujours plus simple également pour les décideurs de se contenter d’améliorer graduellement leur produit au fil des différentes versions. Ce qui tue dans l’œuf toute proposition de changement plus radicale…

Les éditeurs et constructeurs écoutent en général assez bien leurs grands clients, les sondent régulièrement sur la qualité de leurs produits. Ces clients, en général satisfaits (sinon ils n’achèteraient pas les produits !), ne suggèrent que de légères modifications ou sinon concentrent leur demande sur des baisses de prix !

« Si j’avais demandé à mes clients ce qu’ils désiraient, ils m’auraient répondu : un cheval plus rapide ! » Cette citation d’Henry Ford résume bien ce que propose en général ces études, qu’elles soient internes ou externes.

Il est commun de dire que cette citation était la préférée de Steve Jobs. Apple n’a pas fait appel à ces études pour concevoir son iPod, son iPhone et son iPad, on connaît la suite…

Une tablette sinon rien !

ipadminiUne tablette n’est pas un PC. Il est commun de dire que l’on consomme plus que l’on ne crée de données sur une tablette qu’un PC, mis à part tout ce qui est tâches de communications et de collaboration (mail, skype, Facebook, etc) et après ? Ce n’est déjà pas si mal !

Si on part du postulat que l’on a plusieurs périphériques, la tablette pourraient ainsi convenir, disons à plus de 80% du temps de la plupart des utilisateurs, non ? Ce n’est pas parce qu’il est moins facile de rédiger un email sur un Smartphone que sur un PC, que l’on ne passe parfois pas plus de temps sur son Smartphone à lire ses mails que sur un PC !

Alors la tablette est-elle bien ce trouble-fête qui bride, selon les analystes,  les ventes de PC ?

Mais pourquoi les gens achètent-ils des tablettes plutôt que des portables ? Qu’est ce qui fait que le grand public n’achète plus massivement des PC ? Microsoft et les constructeurs se sont penchés sur le problème pour trouver la parade. Quels sont les « plus » de ces tablettes que l’on pourrait ajouter à un PC pour l’améliorer ?

  • Une tablette est légère et autonome. Alors les constructeurs de PC ont créé (en copiant il est vrai souvent le Macbook Air d’Apple) les Ultrabooks : pas suffisant et relatif échec au vu des prix pratiqués.
  • Une tablette est rapide et démarre immédiatement. Alors ils ont mis des fonctions d’hibernation, des disques SSD et intégré dans le bios des fonctions « Instant-On » avec à la clef un réveil après sommeil profond en moins de 5 secondes. Pas suffisant non plus. Ces fonctions existent depuis des lustres et sont très peu utilisées. Il y a un gros mieux avec Windows 8, mais comment égaler un système restant toujours en état de veille par défaut ?
  • Les tablettes ont une interface tactile permettant un accès direct à l’information. Microsoft a donc ré-imaginé Windows avec une nouvelle interface « Modern » qui propose un accès plus direct aux informations, aux programmes, des notifications, etc… De là est né Windows 8 et Windows RT.

Si l’on s’attache un peu plus à cette nouvelle interface offerte par Windows 8 on s’aperçoit rapidement que l’on se retrouve confronté en l’utilisant à 2 mondes très différents, l’interface « Modern UI » et le « bureau classique » et l’on ne profite pas forcément de toutes les avancées de Windows 8 en utilisant la majeure partie du temps le bureau classique : la faute aux habitudes et bien sûr et sans doute au manque d’applications natives.

Utilisateur régulier de Windows 8 depuis ses premières bêtas, on le voit bien à l’usage, si la couche tactile et l’interface sont sympathiques les premiers temps, ou de temps en temps pour certains usages, la souris et le clavier ont encore de très beaux jours devant eux ! Composer un long texte, déplacer le curseur dans tous les sens, mettre en forme un paragraphe, autant de choses qui sont plus simple à réaliser avec un clavier et une souris ! Et dans ce cas, quel est le plus de ces nouveaux matériels par rapport au PC classique sous Windows 7 ? Alors pourquoi ne pas garder son PC et acheter une « pure » Tablette (et dans ce cas celle du leader du secteur) ? C’est visiblement ce qui semble se mettre en œuvre s’il on en croit les chiffres de vente des iPads, qui continuent de représenter aujourd’hui plus de 90% des usages en entreprise (source GoodReader).

Ce qui correspond aussi aux prévisions du cabinet Deloitte pour 2013 : « Plus de 80% des données en circulation sur Internet continueront d’être générées par des ordinateurs personnels traditionnels ».

La  réalité est donc que la plupart des propriétaires de tablettes ont aussi un PC (ou un Mac) mais également de plus en plus un Smartphone. Le multi-équipement devient de plus en plus la règle avec à la clé une augmentation mathématique du TCO de l’équipement par utilisateur ! De quoi forcer les entreprises et les DSI à réfléchir à la valeur que propose ses équipements en plus de leurs coûts… Vaste chantier !

Vous voulez poursuivre ces réflexions ? Venez à la prochaine formation « Quelles tablettes en entreprise » que j’anime le 24 avril (http://calipia.com/training).

Je vous donne également rendez-vous au prochain Briefing Calipia (http://calipia.com/briefing) où nous aborderons entre autre, ces questions et réflexions.

Cet article est issu de la Lettre Calipia de mars 2013 (abonnement gratuit). Découvrez La Lettre et abonnez-vous   : calipia.com/lalettre

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À propos de Stephane Sabbague

Stéphane Sabbague est Président et co-fondateur du cabinet d'études Calipia. Au travers des activités de Calipia, Il anime de nombreuses formations et conférences. Ingénieur de formation, Stéphane a débuté sa carrière chez IBM France, il a occupé ensuite chez Microsoft, durant 11 ans, différents postes ventes et marketing, dont les dernières années celui de Directeur de la division Marketing Produit.

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