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Avec les sanctions contre la Russie, un danger de balkanisation de l’Internet ?

Les sanctions contre la Russie se multiplient sur Internet, et les géants du numérique ne sont pas (pour une fois) les derniers à prendre des actions. Ce qui tranche habituellement avec leurs pratiques plutôt conciliantes avec les dictatures en places au nom du « Business » bien entendu… pour s’en convaincre, il suffit de voir leurs pratiques passées en Russie mais actuelles en Chine, donnant très largement accès à leurs Cloud au pouvoir en place dans ces pays.

Mais aujourd’hui ces géants ont pris positions pour une fermeture de leur services (où de leurs nouvelles ventes, comme c’est le cas pour Microsoft par exemple, qui craint, on l’imagine l’arme russe de la légalisation piratage…). Aujourd’hui, les sanctions numériques contre la Russie sont actives, coupant le pays de la fourniture de matériel, de logiciels et de services. Le pays serait à deux mois de manquer de stockage dans le Cloud… Mais si la pression exercée sur Vladimir Poutine est bienvenue, le Massachusetts Institute of Technology (MIT) prévient que si la situation perdure, elle pourrait déboucher sur une balkanisation à terme d’Internet.

Aujourd’hui, ces sanctions jouent paradoxalement le jeu de Poutine, qui bloque l’accès à un certain nombre de sites pour maintenir ses citoyens dans l’ignorance de la réalité de la guerre. Ainsi le gouvernement russe à bloqué Facebook, Instagram, Twitter allant même jusqu’à déclaré que Meta la maison mère de Facebook et Insta était une « organisation extrémiste ». Mais c’est vrai que Poutine sait mieux que personne que ces réseaux sociaux sont capables de forger des convictions, l’élection de Donald Trump avec le support de la russie en est une belle démonstration.

Pour continuer d’utiliser ces services, le peuple russe, en tout cas une partie de ce dernier, utilise des VPN permettant de contrer la censure, pour combien de temps encore ? Mystère. L’usage de ces derniers pouvant être limité par l’état comme c’est le cas actuellement en Chine.

Ces actions combinées font craindre, pour le MIT, la balkanisation d’Internet, dans lequel, au lieu de l’internet mondial unique que nous connaissons aujourd’hui, nous aurions un certain nombre de réseaux nationaux ou régionaux qui ne se parlent pas et qui utilisent peut-être même des technologies incompatibles. Mécanisme amplifié demain avec des Metavers incompatibles dont on nous dit qu’ils seront l’avenir d’Internet. Et c’est déjà le cas pour la Chine et l’Iran par exemple : si ils utilisent toujours la même technologie Internet que les États-Unis et l’Europe, ils n’ont accès qu’à certains de ses services. Si ces pays mettent en place des organes de gouvernance rivaux et un réseau rival, seul l’accord mutuel de toutes les grandes nations du monde pourrait le reconstruire. L’ère du monde connecté serait alors révolue…

Alors jusqu’où aller en terme de blocage des accès sans jouer le jeu de Poutine ? Pas simple.

Pourquoi le Web 3 n’est pas (à mon avis) prêt de voir le jour…

Nous entendons de plus en plus parler du Web 3 qui serait soit-disant l’évolution majeure du Web tel qu’on le connait aujourd’hui avec, selon ses partisans, une plus large autonomie des utilisateurs grâce à un système décentralisé. Autre objectif poursuivi : une dépendance bien moindre, voire nulle, aux GAFAMS… tout un programme. Alors une réalité et pour quand ? Ou buzz marketing ? Bon vous l’avez compris, ce n’est pas à mon avis pour demain, mais développons un peu…

Résumé des épisodes précédents

Commençons par le début avec ce nom de Web 3. Quelques années après le début d’internet sont arrivés les sites Web et le fameux protocole ” HTML », c’était le Web 1.0. A cette époque le web ne présentait qu’un contenu purement informatif et globalement très statique. Les communications étaient simples elles allaient de notre poste via notre navigateur vers un seul serveur Web qui fournissait les informations souhaitées provenant toutes du site en question. Mais cela c’était au siècle dernier, le temps des dinosaures en informatique 🙂

Peu après, les différents sites ont commencé à agréger des informations provenants d’autres sites, puis sont apparus les médias sociaux. On a alors parlé de Web “participatif”, le contenu est devenu de moins en moins statique et les relations entre sites se sont multipliées pour offrir des services composites tels qu’on les connait aujourd’hui sur Internet, c’est le Web 2.0. 

Puis le concept de Web 3 est arrivé…

En 2014 le terme de Web 3 apparait sur le net, un anglais du nom de Gavin Wood, connu pour avoir créer une blockchain de crypo monnaie : l’Etherum. Son idée : developper une évolution du Web s’appuyant sur la Blockchain et permettant ainsi de s’affranchir de sites web centraux pour échanger et concevoir de nouveaux services. Avec dans la ligne de mire non seulement les GAFAMS, qui trustent nos différentes actions sur internet en étant des points de passage obligés, mais aussi des services plus techniques comme les DNS par exemple. Interessant en effet sur le papier d’utiliser ici la Blockchain ! Les plateformes comme Facebook ou Google sont aujourd’hui incontournables pour utiliser la quasi totalité des services sur le Web et on imagine assez bien leurs plans pour le rester demain dans les Metavers ! Tout ceci à coup de milliards de $.

Ainsi donc le Web 3 utiliserait pour cela la Blockchain, ce registre décentralisé qui contiendrait alors tous les échanges entres utilisateurs ou utilisateurs et sites marchands sans organisation centrale, sans intermédiaire et de façon sécurisée, comme le sont les cryptomonnaies aujourd’hui via un système cryptographique de validation par les utilisateurs à chaque transaction. Bien sûr, cela permettrait également de sécuriser les échanges inter-serveurs. La gestion des identités et des profils utilisateurs serait elle aussi basée sur ces technologies, donc plus besoin de réaliser une connexion via un compte Facebook ou Google par exemple : on parle ici d’identités distribuées et autonomes qui resteraient donc à la main de l’utilisateur.

Si je suis très critique sur le Web 3 en général, je le suis beaucoup moins vis à vis des identités autonomes et distribuées, qui elles ont, selon moi, un bel avenir et peut-être à moyen terme. Nous avons déjà eu l’occasion de parler de tout cela lors du Briefing Calipia de juin 2021, où encore sur le blog.

Pourquoi y croire ? Et bien c’est simple : l’engagement de Microsoft dans cette technologie (Microsoft reste l’acteur majeur des identités dans le domaine des entreprises avec l’Active Directory) mais aussi sa volonté de ne pas laisser le champs libre à Facebook et Google avec leurs systèmes de « tiers de confiance » dans la gestion des identités (les fonctions « se connecter avec Facebook » ou « se connecter avec Google » qui fleurissent et constituent de superbes aspirateurs à données personnelles… )

Alors le Web 3 c’est pour quand ?

C’est la question… Question à laquelle j’aurais tendance à réponse : pas pour tout de suite et ceci pour trois raisons principales :

  1. Aucune application de taille importante au delà de la démonstration technologique n’a vue encore le jour avec cette technologie. Or depuis 2014, on s’attendrait tout de même à voir beaucoup plus d’expérimentations.
  2. Les GAFAMs ne se précipitent pas dans cette technologie et au vu des objectifs du Web 3 on comprend aisément pourquoi. Donc une chose est sure ils ne seront pas promoteurs, hors aujourd’hui serait-il possible de mettre en place une évolution (révolution) sans eux ? (et sans les BATX aussi au passage) ?
  3. On peut aussi estimer que sur le prétexte de redonner du pouvoir aux utilisateurs, il ne ferait que de déplacer leur dépendance en passant d’acteurs techniques comme effectivement les GAFAMs aujourd’hui à des acteurs financiers comme le célèbre fond américain de capital risque Andreessen Horowitz, aujourd’hui largement à la manœuvre sur la promotion (et le financement) du Web 3…

Enfin on peut même ajouter une raison supplémentaire : les régulateurs ont aussi fait part aussi de leurs inquiétudes concernant certains aspects du projet, en particulier la finance décentralisée et la transparence des échanges qui permettrait de favoriser les activités illégales. Les États Unis qui disposent actuellement très majoritairement des DNS racines ne sont sans doute pas à mon avis prêt non plus à lâcher le pouvoir qu’ils ont…

Valorisation : les GAFAM profitent très largement de la crise

Nous le savons, alors que les GAFAM était au plus bas le 15 mars 2021 au début de la pandémie et surtout des confinements qui s’annonçaient tout autour de la planète, ils ont plus que fortement progressé durant une an, profitant de la pandémie et de nos dépendances au numérique pour assoir leur domination.

Qu’aurait été la crise sans l’omniprésence des technologies ? Comment imaginer le télétravail ? Lorsque l’on interroge les DSI sur le facteur déterminant pour l’accélération de la transformation digitale de leur entreprise, la pandémie est clairement le n°1. Alors que ces valeurs technologiques aient progressé n’est pas surprise, mais dans quelle proportion ?

Nous nous sommes amusés à reprendre les valorisation de ces sociétés le 15 mars 2020 puis au 15 mars 2021, un an plus tard. Les chiffres parlent d’eux mêmes.

Impressionnant, Apple, Microsoft et Amazon qui étaient au environ de mille milliards de $ au 15 mars, un record déjà à l’époque, sont maintenant à plus de 2000 pour Apple, près de 1800 pour Microsoft ou 1500 pour Amazon… La valorisation des GAFAM qui avait atteint 3500 Milliards de $ en mars 2020 représentait déjà plus de deux fois le total de toutes les entreprises du CAC40 ! Aujourd’hui la valorisation d’Apple dépasse à elle seule celle du CAC40. La valorisation globale des GAFAM est de 7573 Milliards de $ soit 1000 milliards de $ de plus que le PIP du Japon (la 5 ème puissance). Alors ou,i comparer des PIP avec une valorisation c’est un peu comme comparer des choux et des carottes, mais sur de telles sommes cela met tout de même les choses en perspective.

Si l’on devait comparer au secteur automobile, Apple est 10 fois plus valorisé que le numéro 1 Toyota, 20 fois plus que le N°2 Général Motors, 200 fois plus que Renault… Il y a bien Tesla qui tire sont épingle du jeu à 675 Milliards de $ de capitalisation boursière (plus de 3 fois Toyota alors qu’il vend 20 fois moins de véhicules) , mais Telsa est-il vraiment un constructeur automobile ou une société technologique ?

C’est bien toute la technologie qui a profité de cette pandémie, en regardant de plus petits acteurs qui clairement ne jouent pas dans la même cour, les performances sur 1 an sont aussi impressionnantes :

Face à ces chiffres stratosphériques, on comprend mieux, à l’heure où il faudra rembourser le « Quoi qu’il en coute » qui était la règle sur la planète, pourquoi les différents gouvernements lorgnent de plus en plus sur ces sociétés et leurs actionnaires qui ont vu leur portefeuille augmenté en moyenne de 85% sur les GAFAM…

Jeff Bezos ne témoignera pas au congres cette semaine

Images Wikipédia

Signe de la tension qui règne actuellement aux USA envers les GAFAM, Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, ne témoignera pas devant le comité sénatorial du budget la semaine prochaine. La demande de témoignage sur le thème de l’égalité des revenus, émanait du sénateur Bernie Sanders qui voulait :

« Que Monsieur Bezos explique au peuple américain pourquoi ‘il dépense beaucoup d’argent pour nier la dignité économique aux travailleurs d’Amazon, alors qu’il est devenu plus riche de 78 milliards de dollars pendant la pandémie« .

La question ne s’adresse sans doute pas qu’à Amazon, lorsque l’on voit la progression de l’ensemble des valeurs technologiques et des GAFAM en particulier. Mais Amazon est au coeur d’une médiatisation aux USA sur les les efforts de syndicalisation des employés de son centre de traitement en Alabama. L’audience prévue demain, comprendra le témoignage de Jennifer Bates, employée du centre de traitement des commandes d’Amazon, l’ancien secrétaire au Travail Robert Reich et d’autres personnes.

Tout ceci intervient également alors que l’état de Washington (où se trouve le siège d’Amazon) discute actuellement de l’opportunité de mettre en place un ISF qui imposerait les grandes fortunes de 1%. Nous vous en parlions ici même il y a quelques semaines.

GAFAM : Nomination d’un conseiller très hostile aupres de Biden

Tim Wu, Campaign Event, Summer 2014.jpg
Photo Wikipedia

Pas vraiment une bonne nouvelle pour les GAFAM : Le président Biden vient de nommer comme « assistant spécial pour la technologie et la politique de concurrence » : Tim Wu, professeur de droit à l’université de Columbia connu pour son hostilité au GAFAM et ses prises de positions sur « les géants technologiques qui ont trop de pouvoir » il s’est prononcé à de nombreuses reprises en faveur d’actions antitrust contre eux …

Clairement le Président Biden, donne des gages à son aile gauche en notant ce proche d’Elisabeth Warren. La nomination de M. Wu, 48 ans, est largement soutenue par les démocrates progressistes et les groupes dit « antimonopole », cela suggère que l’administration prévoit de légiférer sur l’influence d’entreprises comme Amazon, Apple, Facebook et Google, notamment en travaillant avec le Congrès sur les lois antitrust. Au cours de sa campagne, M. Biden avait déclaré qu’il serait ouvert à l’idée de démanteler des entreprises technologiques. Autant dire que les actions de lobbyings de ces entreprises risquent bien de s’amplifier dans les mois à venir !

Wu a notamment critiqué les définitions trop étroites des monopoles dans les lois actuelles arguant qu’il faut examiner si une entreprise a suffisamment de pouvoir pour désavantager ses concurrents, puis si elle en abuse. Il a déclaré qu’en fin de compte, la loi doit favoriser les intérêts des consommateurs plutôt que ceux de ces entreprises. Il n’est visiblement pas très sensible aux arguments des GAFAM qui considèrent que toutes restrictions ferait le jeu des géants chinois (les fameux BATX) et finalement pénaliseraient le consommateur américain…

Le principal sujet de préoccupation de Wu est le rachat d’entreprise pour conforter des positions avec en ligne de mire les acquisitions de WhatsApp et Instagram par Facebook (Wu a soutenu à de nombreuses reprises les appels à la dissolution de la société). En 2018 il écrivait dans un livre « La malédiction de la grandeur » :

« L’extrême concentration économique engendre des inégalités flagrantes et des souffrances matérielles, alimente l’appétit d’un leadership nationaliste et extrémiste »

Il est également connu comme étant un fervent défenseur de la neutralité du Net. « Cette nomination donne le ton d’une nouvelle ère dans l’application de la législation antitrust« , a déclaré la sénatrice Amy Klobuchar du Minnesota, présidente démocrate de la sous-commission judiciaire du Sénat sur les ententes. Mme Klobuchar en charge du projet de loi visant à renforcer les lois antitrust.

[INFOGRAPHIE] Les plus grosses acquisitions des GAFAM

Les GAFAM, nous le savons achètent à tout de bras des sociétés (en général plus de 100 entreprises par an !). C’est en quelque sorte une stratégie d’externalisation de leur R&D. Ne nous y trompons pas également en les positionnant comme des prédateurs, c’est aussi une stratégie bien admise par de nombreuses startups dont c’est parfois la raison d’être…

CBInsights, nous propose une belle infographie résumant les plus grosses acquisitions (plus d’1 Milliard de $) des géants du numérique depuis plus de 20 ans.

Microsoft avait ouvert le bal avec Visio ! Mais les choses étaient resté en famille à l’époque, l’épouse de Steve Ballmer en était la patronne 🙂 Il y en avait eu bien sur aussi avant coté Microsoft, mais sans atteindre de telles sommes. Des exemples :

  • PowerPoint, acquis d’une société canadienne
  • Le logiciel de bases de données FoxPro
  • etc.

Microsoft reste encore largement en tête avec plus de 10 acquisitions de plus d’un milliard de $. La plus importante restant bien sur Linkedin. Si cette dernière est globalement vue aujourd’hui comme un succès, ceci n’a pas toujours été le cas : souvenons nous de l’acquisition de Nokia : un bel échec, revendu quelques années plus tard pour beaucoup moins cher. Tout comme Yammer qui lors du rachat à vu des développeurs fuir la société…

Le plus grand raté de Google, étant sans doute le rachat de Motorola, revendu quelques années plus tard à Lenovo avec une belle perte…

Elections américaines : quels sont les « investissements » en lobbying des GAFAM dans les politiques ?

Ces fameux GAFAM, dont les employés sont souvent d’un point de vue politique en faveur des Démocrates et dont les dirigeants se revendiquent haut et fort depuis des années comme plutôt anti-Trump, sont-ils cohérents dans le financement des partis politiques ? En d’autres mots, pour qui penchent-ils réellement lorsqu’il s’agit de financer les campagnes politiques ?

Pour faire un petit tour de leurs « Investissements ». Le site OpenSecrets.org, recense méthodiquement les dons des principales sociétés et organisations aux politiques (chose tout à fait légale aux USA et déplafonnée). Je me suis amusé à regarder le résultat pour les GAFAM :

« Investissements » en Lobbying politique des GAFAM en Millions de $

Sans surprise, ils penchaient pour les Démocrates pour l’élection de 2016 et beaucoup plus clairement pour 2020 (regardez en particulier les évolutions des chiffres de Microsoft entre les deux élections…)

C’est encore plus parlant en pourcentage. Le seul qui n’a pas modifié réellement ses « investissements » est Apple…

Répartition des « investissements » en lobbying politique en pourcentage

Des félicitations « technologiques » pour Biden

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Image Wikipedia

Après une longue attente qui a permis au monde entier de connaitre les particularités (souvent d’un autre âge) du système électoral américain. Joe Biden a été élu, tout au moins d’après les médias américains, car pas de ministère de l’intérieur là bas pour déclarer les résultats, il faudra donc attendre encore un mois pour que les grands électeurs votent. Une durée assez longue qui correspond à l’époque au temps nécessaire (au maximum) pour que tous les délégués arrivent dans la capitale fédérale. Aujourd’hui, à la vitesse des réseaux informatique, c’est vraiment d’un autre âge, que diront on s’il s’agissait d’un autre pays, disons, moins développé ?

Heureusement pour lui, le président élu, n’a pas attendu, les messages des pigeons voyageurs pour être félicité ! C’est un autre type d’oiseau, petit et bleu cette fois, qui était à l’oeuvre. Fini les communiqués de presse, les messages « officiels » via les ambassades. Twitter a pris le relais. Il restera cela de la présidence Trump.

Mais les officiels des sociétés technologiques ont aussi félicité Biden. à l’image de Microsoft qui par la voix de son président, Brad Smith, a rédigé un billet de blog pour féliciter ceci, ainsi que pour expliquer comment le gouvernement américain peut travailler avec les entreprises technologiques pour combler le fossé entre les gens. Ce qui pourrait en d’autres termes se dire « saisir les opportunités »…

M. Smith a identifié certains domaines clés dans lesquels la technologie peut être encore mieux utilisée :

  1. « Rendre le haut débit abordable pour tous, en particulier à la lumière de la pandémie actuelle, afin que les gens puissent utiliser les services numériques depuis leur domicile« . Contrairement aux idées reçues, nous payons beaucoup moins cher en France nos abonnements internet qu’aux États Unis. Ils ont de plus majoritairement des forfaits en Go y compris pour les lignes fixes donc et pas en illimité comme chez nous.
  2. « S’efforcer de mettre à la disposition de tous les compétences numériques telles que l‘intelligence artificielle et l’analyse de données afin que les gens puissent les utiliser pour améliorer leurs professions respectives« .
  3. « Protéger la démocratie contre les cyberattaques avec des partenariats solides établis entre les secteurs privé et public, les innovations technologiques étant partagées entre les deux« .
  4. « Créer davantage d’opportunités commerciales afin d’accroître la productivité et d’améliorer l’économie« 

Pas difficile de voir les opportunités commerciales à saisir pour Microsoft dans de telles propositions. Plus l’infrastructure est présente et en haut débit, plus la crédibilité des offres Cloud de l’éditeur s’en trouve renforcée. Sans surprise on retrouve aussi dans ces propos l’Intelligence Artificielle et les système de protections, deux domaines (liés) où Microsoft à des solutions…

Alors oui, cela peut forcément paraitre comme des déclarations opportunistes, mais les GAFAM n’ont jamais caché pencher pour les démocrates. Même si la perspective d’une Elisabeth Warren à la place de Biden les auraient fait frémir. Ils sont rassurés avec le coupe Biden-Harris, la vice présidente était notoirement proche de ces géants.

Amusant de voir dans les jours qui viennent ceux qui ne manquerons sans doute pas de retourner leurs vestes, comme Larry Alison, le patron d’Oracle et premier soutien de Trump… Il était au côté de Trump, pour la création du comité technologique, avec la patronne d’IBM et Elon Musk (même si ce dernier a claqué la porte lorsque Trump à quitter les accords de Paris sur le climat).

Pourquoi Microsoft n’est-il pas dans le viseur du gouvernement américain ?

DOJIl y a 20 ans maintenant, de nombreux états américains et le gouvernement fédéral (Démocrate à l’époque) lançaient contre MS vs DOJMicrosoft le procès Antitrust pour des pratiques anti-concurrentielles, en 2000 un juge fédéral ordonnait un découpage de la société en deux morceaux : une société gérant les technologies serveur et une autre les applications poste de travail. Microsoft avait fait appel de la décision qui fut quelques années plus tard remise en cause en appel.

Aujourd’hui le gouvernement américain, s’attaque aux géants du net pour également des pratiques qui fausseraient la concurrence. Mais il est interessant de voir que sont ciblés les GAFA et pas les GAFAM (le M de Microsoft). Google, Apple, Facebook et Amazon donc. C’est d’un coté une excellente nouvelle pour Microsoft, mais cela traduit aussi le fait que le géant n’est plus incontournable ! 

Bob HerboldDans une interview à FOX Business, l’ancien vice-président et directeur financier de Microsoft, Bob Herbold (en activité chez l’éditeur, comme les employés de Calipia, dans les années 90 et début 2000), répondant à la question « Pourquoi le gouvernement ne s’intéresse pas au cas Microsoft ? » a déclaré que l’entreprise à un type d’activité nettement différent de celui d’Amazon, Google, Apple et Facebook. C’est aujourd’hui avant tout une « société d’infrastructure… qui n’est plus dominante sur chacun de ses secteurs« .

L’éditeur est présent, très présent même (en particulier sur l’OS du poste de travail, les applications bureautiques) mais des alternatives très crédibles existent, ou le marché qui se décale vers plus de mobilité font que les parts d’usages des produits Microsoft sont globalement en baisse. Prenons par exemple le cas d’un « col blanc » du début des années 2000 : sur 8 heures passées avec des technologies, il utilisait des technologies Microsoft à quasiment 95% : entre Windows, Office, les technologies serveur Windows Server, Exchange,… Aujourd’hui, il utilise encore plus la technologie, mais avec la mobilité, les objets connectés, la part d’usage des technologies Microsoft a bien baissé. Microsoft fait beaucoup plus de revenu qu’à l’époque mais le « gâteau » global a grossi beaucoup plus vite encore !

Que pensent les européens de l’influence de l’UE face aux géants du Web ?

GAFA logoDans le cadre du débat au Parlement Européen sur les droits d’auteurs, Harris Interactive a réalisé une enquête (COPYRIGHTS & TECH GIANTS : QUELLES ATTENTES EN EUROPE ?) sur le ressenti de 6 600 citoyens de 8 pays de l’UE (dont la France) concernant pour faire simple les rapports de pouvoir entre les « GAFA » et les instances Européennes.

Et les résultats sont plutôt rassurants sur la globale conscience des citoyens sur les rapports de forces et pratiques des géants de l’IT, tout en étant assez inquiétants sur la forme de renoncement qu’ils impliquent…

  • L’image des GAFA est assez mitigée auprès de ces citoyens européens. Un sur deux estime ainsi que ces entreprises permettent de préserver d’une part une information fiable (50%), et d’autre part l’indépendance et la souveraineté des Etats européens (48%). Leur capacité à assurer une juste rémunération aux artistes (43%) et à protéger les données des citoyens européens (40%) est davantage questionnée. Les citoyens Français se montrent particulièrement critiques sur ces différents sujets.
  • Aux yeux des deux tiers des citoyens de ces 8 pays européens, les GAFA détiennent aujourd’hui plus de pouvoir que l’Union Européenne (67% contre seulement 33% pour l’UE). Un point de vue majoritairement partagé dans tous les pays, et tout particulièrement en Italie (78%) et en Grèce (77%). La France se trouve proche de la moyenne européenne (65%). Dans ce contexte les GAFA peuvent être perçus comme un risque potentiel pour le fonctionnement des démocraties : 6 citoyens de ces pays européens sur 10 (61%) partagent ce point de vue, et même plus de 3 Français sur 4 (76%).

Harris Interactive - copyRights.JPG

  • Pour 66% de ces citoyens la façon dont les plateformes Internet partagent avec les artistes et créateurs de contenus les revenus générés par ces derniers via leurs plateformes n’est pas équitable. C’est à nouveau particulièrement le cas en France (76%) et en Allemagne (72%), quand Roumains (47%) et Polonais (46%) se montrent plus partagés.
  • Par conséquent ces citoyens européens approuvent dans leur ensemble la création par l’Union Européenne de nouvelles règles visant à protéger et garantir la rémunération des artistes et créateurs de contenus (87%, dont 37% tout à fait favorables à cette nouvelle réglementation). Près de 9 Français sur 10 (88%) s’expriment en faveur de ce type de régulation, et 1 Français sur 3 affirme même y être « tout à fait favorable » (34%).
  • Enfin, concernant la rémunération des médias par les plateformes qui réutiliseraient leurs contenus, ces citoyens européens s’y disent également majoritairement favorables (81% et même 32% très favorables), une opinion à nouveau partagée par les Français (80%).

Il manque juste à cette étude, à mon humble avis, l’impact qu’auront sur des sites qui ne sont pas des géants du Web et qui comme je viens de le faire reproduisent des propos publiés sur Internet par des créateurs de contenu (au sens large). Donc la démarche de l’UE pour sauver la presse en ligne pillée par certains géants, si elle est louable, risque d’avoir quelques effets pervers pour les blogueurs, youtubeurs et autres acteurs périphériques du monde de l’information et de la culture…

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