ARM : Pourquoi Apple va réussir là où Microsoft a échoué ?

Toute la presse informatique parle depuis 10 jours des nouvelles machines d’Apple avec leur processeur ARM maison (Apple M1) et de l’abandon par le géant de Cupertino des processeurs Intel

Nous avons commandé et commencé à tester ces premières machines que nous venons de recevoir, comme nous l’avions fait à l’époque avec les machines de Microsoft sous ARM dont la première : la fameuse Surface RT. Plus récemment nous avions aussi joué avec la toute dernière machine Surface Pro X. Quelles sont les différences, et pourquoi à mon avis Apple va réussir son pari là où Microsoft est à la peine ?

Disons le tout de suite, ces nouvelles machines Apple (des MacBook Air 8Go pour ce qui nous concerne) avec leur processeur maison, sont rapides, vraiment très rapides y compris avec le jeux d’instructions Intel émulé via leur couche « Rosetta 2 ». Les tests de nombreux sites qui affirment que la puissance est du niveau d’un Intel Core i9 ne mentent pas. C’est certes impressionnant et encore plus dès lors que le code est natif, mais le succès prévisible d’Apple ne se limite pas là. J’aurais tendance à penser que même si la Surface Pro X de Microsoft disposait d’un tel processeur ce ne serait pas suffisant, voyons pourquoi en 4 points :

1 – Apple, contrairement à Microsoft, est avant tout un constructeur de machines

L’entreprise dispose d’une expertise sur la matériel qui va, et c’est normal, bien au delà de ce que peut fournir Microsoft, même allié à un fondeur comme c’est le cas pour Qualcomm aujourd’hui et Intel hier. Apple dispose sur les processeurs ARM d’une expérience qui débute avec les iPhones, puis les iPads,  une éternité à l’échelle de l’informatique. Le design de ses processeurs s’est affiné au cours de ces années avec de véritable paris techniques qui vont bien au delà des adaptations classiques faites à partir des références design d’ARM. Je vous invite à faire un tour sur l’excellent site spécialisé Anandtech qui détaille les composants de ce processeur et les choix du constructeur.

Image Anandtech

Alors oui, Microsoft a soit-disant « créé » son processeur le SC1 pour ses Surfaces Pro X, mais la réalité, issue aussi de ces mêmes sites, indique plutôt une appellation marketing d’un processeur Qualcomm légèrement customisé. Du même ordre que ce qu’ils ont fait avec AMD pour les Xbox. Les processeur ne sont pas le métier de Microsoft, c’est clairement celui d’Apple depuis des années.

Mais au delà, ceci ne se limite pas au processeur, tout l’écosystème de la machine Apple est en phase avec ce dernier. Là encore le constructeur reprend l’expertise qu’il a acquis avec ses précédentes machines. Oui Microsoft est aussi un constructeur avec ses Surface, mais leurs design interne est tout de même très proche du standard, des « design reference » de tous les PC et en tout cas des modèles proposés par Intel lui même, dès lors qu’il créé un processeur et son Chipset associé. Ouvrez une Surface, ouvrez un Lenovo, un Dell, un Asus, vous y trouverez une architecture qui est celle d’un PC s’éloignant que très modérément des Design Reference d’Intel. Cela tient au marché du PC depuis des années. Apple avec ses Mac ne s’en éloignait pas non plus de façon importante, là où le constructeur est beaucoup plus créatif c’est bien sûr, sur les carte mères de ses iPhones et iPad…

2 – Apple réalise du software, mais que pour ses propres systèmes

Apple propose des OS : iOS et MacOS que pour ses propres machines, il est habitué à faire des choix qui sont très étroits entre les composants matériels de ces machines. Pas besoin comme le fait Microsoft d’être très développé et versatile pour s’adapter à de nombreuses machines Windows. C’est par ailleurs ce type d ‘éléments qui explique aussi, à processeur égal (Intel), la meilleure autonomie des Mac face à des PC qui n’est pas une légende comme l’attestent tous les comparatifs. Plus simple dans ces conditions pour Apple de ne mettre que le code nécessaire à SES besoins dans son OS

Ce raisonnement va aussi au delà de l’OS : dès la sortie de ces nouvelles machines cette semaine, toutes les applications développées par Apple étaient prêtes pour le processeur M1 en code natif : les utilitaires, les programmes de photo, de vidéo (y compris le logiciel professionnel Final Cut Pro), la bureautique maison intégrée (Pages, Numbers). Alors que Microsoft Office n’est toujours pas en natif sous Windows ARM, comme les principaux softs de l’éditeur…

3 – Apple annonce la couleur et fait des choix

Lors de sa conférence développeurs en juin dernier Apple a annoncé le passage à ses propres puces et l’abandon d’Intel pour toutes ses machines avec un calendrier : 2 ans. Même si les rumeurs parlaient d’un possible passage sur des puces maison et l’abandon progressif d’Intel, tout le monde à largement été surpris du calendrier annoncé et de la vitesse : 2 ans, c’est rien, sacré pari ! Mais au moins les choses sont claires, y compris et surtout pour les éditeurs sur plateforme Mac : s’ils n’adaptent pas leur soft aux processeurs Apple, plus question de vendre un logiciel pour les nouvelles machines, pas le choix. C’est aussi ce qui explique, la richesse des softs en natif dès aujourd’hui : y compris Microsoft ! Office est disponible en beta dès aujourd’hui au complet sur plateforme Apple Silicon (et marche plutôt très bien)… C’est l’équipe chez Microsoft en charge de Windows ARM qui doit apprécier ce coup de poignard de l’equipe Office 🙂 . Sans surprise donc, les éditeurs du monde Mac suivent, Adobe et Microsoft en tête…

On est loin des choix moins affirmés et forcément plus complexes de Microsoft compte tenu aussi de sa base de partenaires constructeurs et son partenariat historique avec Intel.

4 – La qualité de l’émulateur « Rosetta 2 »

Mais la qualité de ces nouvelles machines, tient aussi à la qualité de l’émulation offerte par Apple avec sa couche « Rosetta 2 » chargée de traduire à la volée les instructions Intel en instruction Apple Silicon. Cette couche est essentielle pour faire fonctionner les applications Intel sur ces machines en attendant les applications natives. Et cela marche vraiment très bien, y compris avec des applications descendant assez bas au niveau matériel, comme des utilitaires réseaux, des utilitaires de disques, etc… Et surtout sans dépenser trop de ressources (puissance et énergie). Nous sommes là aussi assez loin de ce que l’on a mesuré avec le couche d’émulation (32 bits uniquement actuellement) de la Surface Pro X de Microsoft. Pourquoi ? Plusieurs raisons à mon avis, déjà, MacOS est un système plus fermé, avec un écosystème plus étroit que celui de Windows, donc plus simple de tester l’ensemble et restreindre ceci aux APIs recommandées pour Apple. Mais aussi car Apple à déjà de l’expérience avec le passage des processeurs Power PC à l’époque vers Intel pour ses Mac, c’est à cette époque qu’il avait créé la couche « Rosetta » (la version 1 du coup).

Vous l’avez compris, je suis assez enthousiaste sur ces nouveaux Mac et surtout sur l’écosystème promis avec ces nouveaux processeurs. On retrouve sur une architecture type PC l’effervescence des architecture des mobiles et leurs évolutions rapides, face à la stagnation des processeurs Intel, qui gagnent péniblement seulement quelques watts d’économie et quelques % de puissance à chaque génération. A tel point que je vois mal comment Apple pourra encore garder des machines à processeurs Intel à son catalogue durant encore 2 ans !

Sale temps en tout cas, pour Intel, qui décidément peine à remonter la pente…

Nous aurons l’occasion d’approfondir ce sujet et bien d’autres lors du prochain Briefing Calipia en décembre. En particulier lors de la première session sur l’évolution des OS.

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