Quels impacts de la transformation numérique sur le travail ?

Le sujet était abordé lors des dernières élections présidentielles. Nous le savons tous, le numérique est une véritable « révolution”, et comme chaque révolution industrielle elle entraine des changements profonds dans les entreprises publiques ou privées. Ces transformations entraînant une mutation tout aussi profonde sur les métiers.

Le candidat socialiste lors des dernières élections présidentielles le disait, citant des études américaines : près de 50% des emplois en occident pourraient être détruit avec la révolution numérique ou à minima impactés très fortement. Si toutes les études ne sont pas aussi alarmistes, elles soulignent toutes, que la mutation sera profonde et que les transformations sur les métiers seront irréversibles, s’amplifiant au fur et à mesure des progrès de l’Intelligence Artificielle.

L’avènement de la robotique

La robotisation est apparue au départ pour les tâches répétitives (avec comme exemple souvent cité : l’automobile), mais aujourd’hui les robots dépassent de plus en plus ce type de tache pour gagner en autonomie et surtout en versatilité. Ainsi, l’OCDE affirme que 10% des emplois en France vont disparaître d’ici 2025 à cause des robots.

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Dans ce cadre, il est évident que les robots ont déjà remplacé la main d’œuvre humaine dans de nombreux métiers contribuant ainsi à réduire les coûts des « humains-producteurs » en utilisant des machines, mais aussi à en banaliser les fonctions. Cette banalisation entrainant un déplacement de la valeur du fabriquant des produits vers celui qui fabrique les robots ! Les métiers associés à la conception de ces derniers évoluent ainsi dans le même sens. Donc les gains de productivité permis par les robots profitent certes à l’entreprise les utilisant mais beaucoup plus à l’entreprise construisant ces mêmes robots !

Plus généralement, c’est toute l’industrie des nouvelles technologies qui s’est construite ainsi, « vampirisant » une large part de la valeur de toute la chaine. Selon Forbes, les 100 marques les plus puissantes de la planète (études réalisées par le géant de la pub WPP et le cabinet de stratégie de marque Kantar Millward Brown) pèsent 3,6 trillion de dollars. A elles seules, les sept entreprises leaders technologiques : Google (Alphabet), Apple, Microsoft, Amazon, Facebook, Tencent, IBM réalisent à elles-seules près d’un tiers de la valeur totale des 100 premières sociétés !

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Evolution des métiers

On sait que chaque révolution technologique entraine des disparitions de métiers (il est banal de dire que nous ne trouvons plus beaucoup de cochers actuellement, et beaucoup moins de maréchal ferrant qu’au début du 19ème siècle), il est également tout à fait certain que la baisse du nombre d’agriculteurs et la désertification des campagnes proviennent de la mécanisation alors même que la production ne cessait d’augmenter !

Mais ces évolutions s’accompagnent aussi de créations de nouveaux emplois que l’on a parfois beaucoup de mal à définir 10 ans avant qu’ils n’apparaissent. Pensait-on il y a dix ans au job de « Community Manager » par exemple ? Avions-nous anticipé la demande en « Data Scientist« (1) ? C’est ce qui fait dire à beaucoup que la majeure partie des métiers qui existeront demain ne sont pas encore connus ou que l’ampleur du besoin est très mal défini.

S’opposent ainsi deux visions : l’une, pessimiste affirmant que la destruction d’emplois due à la transformation numérique ne sera pas compensée par la création de ces nouveaux emplois et bien sur la vision inverse qui estime au regard de l’histoire de l’humanité, qu’un équilibre sera trouvé. Une chose est sûre en tout cas, ces deux visions opposées manquent de preuves tangibles… Mais existent elles ?

(1) Selon la prestigieuse revue du MIT (Massachusetts Institute of Technology), le métier de data scientist, que l’on peut traduire par « analyste de données » est de plus en plus recherché aux Etats-Unis, les entreprises américaines mais aussi européennes se battent pour recruter ces nouveaux profils et on ne compte plus les universités ou écoles qui proposent des formations à ce nouveau métier dans leur cursus. Harvard Business Review décrit même ce métier comme la fonction comme « la plus sexy du XXIè siècle ».

Mais il ne faut pas confondre emplois et taches, il est ainsi possible de transformer certaines tâches d’un individu afin de rendre ce dernier plus efficace, mais pas nécessairement l’emploi associé. Les outils de productivité du poste de travail en sont une formidable illustration : nous gagnons (à condition d’être suffisamment formé pour les utiliser, mais cela est un autre débat !) en efficacité sans que l’emploi lui-même soit menacé. Les taches ainsi réalisées plus rapidement permettent à l’individu d’aller plus vite, aller plus loin dans son travail. Prenons l’exemple des architectes qui jadis devaient passer un temps fou dans le dessin manuel des bâtiments, le calcul des structures, là ou maintenant, Autocad et d’autres outils du même type réalisent ces taches, leur permettant de passer plus de temps dans la création de projets plus complexes, plus originaux. La diversité des œuvres architecturales en témoigne.

La « Cobotique » ou le partenariat Homme-Robot

Qu’en est-t-il des métiers largement basés sur des taches ? Nous l’évoquions, il suffit de faire un tour dans des usines pour s’apercevoir que les hommes ont largement déserté les lieux, quand ces locaux ne sont tout simplement pas devenu carrément hostiles pour l’homme !

La « Cobotique » propose de faire assister l’homme par le robot. Ainsi le robot peut apporter de la rapidité, de la précision, de l’endurance et de la force à l’humain, qui partage ainsi la réalisation de la tâche et garde le pouvoir de décision. L’homme reste essentiel pour prendre en compte des éléments nouveaux et réagir face à un évènement imprévu, etc. Mais avec les progrès de l’intelligence Artificielle il est légitime de se poser la question : « pour combien de temps encore ?« …

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Vers la disparition complète du travail ?

Les économistes nous disent que l’accroissement des gains de productivités dans les entreprises sont en train de diminuer très fortement par rapport à la fin du siècle dernier. Donc en gros, nous aurions « fait le plus gros ».  Même si ce n’est sans doute pas le cas dans tous les métiers et dans toutes les entreprises. Pour le dire autrement : l’arrivée des PC et des outils bureautiques dans les année 90 par exemple ont permis des gains de productivité spectaculaires, les apports des nouvelles fonctionnalités de ces mêmes logiciels, nous apportent une meilleure productivité mais le gap n’est plus le même. Le gain s’est amoindri. D’un point de vue macroscopique, nous aurions divisé par deux le nombre d’heures travaillées en un peu plus de 100 ans, mais cette diminution stagnerait maintenant depuis plus d’une dizaine d’années.

Si l’on en reste là, il n’y aurait donc pas grand-chose à craindre pour le travail humain, nous serions proche d’un palier où les nouveaux gains ne seraient plus que marginaux à l’avenir et donc les destructions d’emplois dus aux apports technologiques seraient derrière nous. Elles ne toucheraient plus que des métiers très peu qualifiés (tels que les caissières remplacées par le scan automatique des articles du chariot via des étiquettes RFID sur chaque article par exemple) …

Mais c’est sans doute sans compter sur l’avènement de l’IA et du Machine Learning.

Avec les développements de l’IA, c’est beaucoup plus de métiers qui seront concernés et pas seulement les moins qualifiés. Nous serons loin des seules tâches répétitives et matérielles qui représentaient le terrain de jeux des robots.  Ainsi un diagnostic médical réalisé par une machine ayant la possibilité de prendre en compte tous les cas similaires de la planète risque bien d’être plus performant que celui du médecin humain se référrant qu’à sa propre expertise… Les exemples de ce type sont nombreux et peuvent sans doute toucher tous les domaines.  Si les robots sont largement rentrés dans l’industrie, ils rentrent à présent de façon importante dans les métiers des services, même s’il ne s’agit que de simples chatbots par exemple qui remplacent et complètent aujourd’hui des conseillers humains sur les sites Web. Demain des fonctions d’accueil par exemple ou des métiers plus complexes pourraient être touchés. Il existe même des robots rédacteurs qui sont capables à partir d’un fil de nouvelles de rédiger un article pertinent. Ces technologies sont déjà expérimentées en grandeur nature aujourd’hui dans les grands médias américains pour réaliser les flashs d’informations…

A quand un commercial Microsoft robotisé qui, connaissant à la fois tous les détails d’utilisation de vos produits, vos perspectives d’évolutions, les données comportementales des acheteurs, viendra négocier avec vous le renouvellement de votre Accord Entreprise ? J

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Prototype de robot commercial Microsoft J. …

Pour certains sociologues, il subsistera néanmoins des secteurs et des emplois protégés. Ce serait des emplois qui nécessiteraient conjointement 4 composantes :

  • La communication,
  • La collaboration,
  • La créativité,
  • Et l’esprit critique.

En sommes-nous si sûr ?

  • La communication peut être réalisée directement par des robots, les chabots, là encore, en sont d’excellents exemples.
  • La collaboration homme machine est déjà une réalité ne serait-ce que sur les outils bureautiques actuels. Elle est naturelle et plus rapide encore entre les machines !
  • La créativité est sans doute plus complexe à imaginer pour une machine, mais encore faut-il définir précisément ce qu’est la créativité ! Si cela consiste à imaginer une association d’objets, de couleurs, de taches, originale et donc différente de ce qui existe déjà, qu’est-ce que qui nous garantit que demain des machines maitrisant bien mieux que nous les explosions combinatoires et le recensement de l’existant ne nous propose pas des solutions ou des créations originales ?
  • Enfin nous ne sommes peut-être pas à l’abri, que demain, avec l’apprentissage des machines ou Machine Learning, ces dernières disposent d’un pseudo « esprit critique » ayant « appris » du comportement humain…

Question subsidiaire, quelle sera la répartition de la valeur créée ?

En d’autres mots : qui bénéficiera très majoritairement de la valeur produite ? Le producteur / travailleur humain ? Le responsable de la société ? Les actionnaires ? Les fournisseurs d’intelligence artificielle ? Et dans quelle proportion ?

La technologie va-t-elle accélérer ce phénomène ou au contraire, contribuer à une meilleure répartition ? Difficile aujourd’hui de trancher.

Une chose est claire, la société sera à repenser à la lumière de ces progrès technologiques.

 

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À propos de Stephane Sabbague

Stéphane Sabbague est Président et co-fondateur du cabinet d'études Calipia. Au travers des activités de Calipia, Il anime de nombreuses formations et conférences. Ingénieur de formation, Stéphane a débuté sa carrière chez IBM France, il a occupé ensuite chez Microsoft, durant 11 ans, différents postes ventes et marketing, dont les dernières années celui de Directeur de la division Marketing Produit.

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