[Lettre Calipia] Les outils de communication « grand public » régneront ils demain sans partage dans l’entreprise ?

(Article issu de La Lettre Calipia N°135. Abonnement gratuit sur demande : calipia.com/lettre.php)

Et si, d’ici quelques années, seuls les outils de communication et de collaboration « Grand Public » restaient présents dans les entreprises ?

Si cette question peut paraître saugrenue, voire iconoclaste pour certains, examinons tout de même cela de plus près.

Traditionnellement, des outils et pas seulement informatiques, présents dans l’entreprise sont devenus petit à petit des « commodités ». Ainsi en quelques dizaines d’années certaines machines-outils dédiées ont été remplacées par des équivalents standardisées. Il en va bien sûr de même pour les différentes applications informatique Internes. L’application de paye par exemple, autrefois purement interne est maintenant standardisée, hébergée et partagée. Depuis quelques années, certaines entreprises ne gèrent-elles pas les achats interne comme des sites marchands, où seul le mode de paiement final du panier change : au lieu d’une carte bancaire on utilise le code d’imputation sur le service…

Durant ces dernières années, le BYOD (et donc l’achat de composantes standards et « grand public » comme équipement de travail) a accentué le phénomène. Comme jadis le stylo et le cahier personnel du cadre en mission, ce dernier choisi aujourd’hui son poste de travail dans un large catalogue « grand public ».

Et si demain cette tendance de fond touchait les outils de communication et de collaboration que nous considérons là encore de plus en plus comme des commodités ? Et si toutes les messageries, les intranets, les outils de communication instantanée, les Réseaux Sociaux d’Entreprise, la téléphonie n’étaient plus gérés dans l’entreprise, avec des outils spécifiques aux entreprises mais simplement utilisés ou « consommés » depuis des plateforme grand public ?

Au début du siècle dernier, de nombreuses entreprises produisaient leur électricité pour leur besoin propre, aujourd’hui cette commodité est généralement mutualisée (y compris lorsqu’elle est encore produite par l’entreprise)[1]. Si l’on pousse un peu plus loin encore cette analogie, pas de différence entre les électrons qui nous parviennent du réseau électrique que l’on soit particulier ou entreprise. Seules la puissance et les garanties offertes sont différentes. Les moyens de production sont les mêmes.

L’inexorable montée en puissance du Cloud public

Il y a quelques années, pas si longtemps en fait, imaginer l’utilisation de Cloud Public dans une entreprise était vraiment digne d’un film de science-fiction. Je me souviens, il y a 15 ans de l’air dépité du responsable informatique d’une grande commune du sud de la France, quand le Maire lui avait dit : « Au lieu de faire évoluer notre couteux système de messagerie interne, pourquoi ne pas offrir à tous les agents une adresse mail gratuite sur laposte.net ou hotmail ? ».

Comment concevoir que les serveurs de messagerie, l’intranet ou autre soient hébergés hors des locaux, et qui plus est mutualisé avec d’autres sociétés ? Comment imaginer que les grandes entreprises acceptent d’utiliser les même technologies clientes, les mêmes serveurs que le grand public ?

En l’espace de très peu de temps en fait, c’est devenu une réalité. Certes pas pour tout le monde, mais on voit mal comment la grande majorité des sociétés n’y passera pas, tant les économies réalisées, associées aux fonctionnalités sont importantes. Sur ces scénarios, l’utilisation du Cloud Public offre un rapport qualité/fonctionnalités/prix incomparable. Bien entendu, il y a des questionnements à avoir sur la sécurité, des difficultés à se résigner à la perte de contrôle des serveurs, y compris pour des raisons humaines (les équipes qui gèrent ces machines). Mais tandis que les utilisateurs demandent toujours plus, plus rapidement, à plus faible coût, disons que le Cloud Public est très tentant…

Certains ont banni de leur vocabulaire le terme même de « Cloud Public » préférant un vocabulaire plus rassurant de « Cloud Privatif » (au sens où les données ne sont pas partagée entre tous mais restent dans une « bulle privative » au sein d’un espace plus large), peu importe en fait, si cela permet de faire sauter quelques barrières…

Il subsiste bien sur aujourd’hui certains domaines qui « résistent » à cette tendance de fond : les banques, le secteur de la santé par exemple, mais pour combien de temps encore ? Certaines banques et parmi les systémiques, passent au cloud public pour bon nombre de processus, jugés moins critiques (dont la messagerie…) il en est de même pour d’autres pans du secteur financier comme les assurances par exemple.

Quant au secteur de la santé, il oblige depuis 2002 les hébergeurs à disposer d’un agrément santé avec une localisation obligatoire sur le territoire national[2]. La liste de sociétés pouvant offrir ce type de services a explosé (ils sont plus de 90 à ce jour).
La procédure d’agrément des hébergeurs de données de santé à caractère personnel vient d’être entièrement refondée par la loi de modernisation du système de santé du 26 janvier 2016 au bénéfice d’une procédure de certification qui étend le périmètre à toute exploitation de données de santé personnelles (« Toute personne qui héberge des données de santé à caractère personnel recueillies à l’occasion d’activités de prévention, de diagnostic, de soins ou de suivi social et médico-social, pour le compte de personnes physiques ou morales à l’origine de la production ou du recueil desdites données ou pour le compte du patient lui-même, doit être agréée à cet effet. Cet hébergement, quel qu’en soit le support, papier ou électronique, est réalisé après que la personne prise en charge en a été dûment informée et sauf opposition pour un motif légitime ») ce qui touchera sans doute aussi les compagnies d’assurance, ou potentiellement tout acteur informatique qui enregistre la fréquence de nos battements de cœur ! Mais en contrepartie, c’est une évaluation de conformité technique qui remplace l’agrément, de quoi ouvrir le système à d’autres acteurs respectant les normes iso 27001, nouveau socle de la certification. Rien n’empêchera donc un Microsoft, un Amazon, un Dropbox ou encore un Salesforce en théorie d’obtenir le précieux sésame[3]. Pour d’autres acteurs, qui monétisent les données aux annonceurs (comme Google), il faudra en revanche encore attendre longtemps…

La croissance très importante des principaux acteurs du Cloud est un témoignage de cette tendance de fond. En juillet 2016 l’offre Amazon flirtait avec un CA annuel de 10 Milliards de $ (9,943 exactement au 30 juin 2016) un chiffre en croissance de 52 % !

Microsoft de son côté annonçait une croissance de 102 % sur ses offres Cloud.

Que dire des Réseaux Sociaux d’Entreprise ?

Si la messe semble dite pour les messageries, qu’en est-il par exemple pour les réseaux sociaux ? Subsistera-t-il encore demain des technologies différentes pour ceux affublés du qualificatif « d’Entreprise » ? Rien n’est moins sûr à mon avis. En d’autres termes : y aurait-il encore une place pour des produits de communication et de collaboration uniquement internes ? Epineuse question qui peut remettre en cause de nombreux développements internes.

C’est bien sûr tout le pari d’entreprises telle que Facebook avec Facebook @ Work, déclinaison interne de leur technologie grand public. Mais aussi de nouveaux acteurs tels que Slack, qui ont repris le flambeau de Yammer, avant que d’autres innovations grand public elles aussi prennent peut-être le dessus. Ne prête-t-on pas à Microsoft la volonté de reprendre la main avec des fonctionnalités de « groupes » dans office 365 ou en poussant de nouveaux usages avec « Skype Team » ?

En plus des Facebook, Twitter, etc. regardez également, la richesse offerte par la plateforme Linkedin, uniquement tournée vers le monde professionnel (on raconte très rarement sur cette plateforme nos dernières vacances, où la dernière recette que nous avons faite avec notre tout nouveau Thermomix J). Linkedin offre plus d’informations (à jour) sur les collaborateurs d’une entreprise que la grande majorité des Who’s Who internes ou des pages « Profils, centres d’intérêts » des Réseaux Sociaux d’Entreprise…

Les RSE mettent en scène les individus dans l’entreprise, là où les réseaux sociaux grand public s’adressent aux individus dans leur ensemble, dans leurs différentes positions qu’elles soient personnelles et privées mais aussi professionnelles. Or dans un contexte où l’appartenance à une entreprise est de moins en moins un facteur social pérenne sur le long terme, on préfère souvent cultiver son profil sur Linkedin que d’exposer dans le détail ses compétences en interne. Que dire aussi des « sujets » qui marchent souvent le plus dans les réseaux sociaux d’entreprise : « les échanges sur la dernière coupe d’Europe de foot », « les bons plans sur les restos, ou les achats de matériels ».

Les réseaux sociaux grand public ont un très grand avantage sur leurs cousins internes : ils sont ouverts sur le monde extérieur. Avec des organisations qui sont de plus en plus étendues, des liaisons de plus en plus intimes entre entreprises, sous-traitants et clients, les moyens de communications doivent suivre. Comme le téléphone il y a des décennies, la messagerie, il y a 15 ans et de plus en plus fréquemment les outils de communication instantanées tels que Skype aujourd’hui, nos RSE devront également s’ouvrir vers l’extérieur. Alors dans ce cas pourquoi ne pas simplement utiliser des technologies déjà externes ?

Cerise sur le gâteau, ces dernières offrent non seulement déjà des outils pour s’exécuter en situation de mobilité sur des smartphones ou des tablettes, mais on a la garantie qu’ils suivent rapidement les évolutions technologiques dictées par le grand public…

Si ce sujet vous intéresse, ou encore si vous voulez en savoir plus sur les nouveaux outils, rejoignez-nous lors du prochain Briefing Calipia fin novembre et début décembre, nous aborderons, entre autres, tous ces éléments. Et reviendrons sur notre mission d’étude chez les grands acteurs que sont Microsoft, Apple, Facebook, Slack, Cisco, Dropbox et Plantronics.

(http://calipia.com/briefing )

[1] Le saviez-vous ? La RATP par exemple dispose encore d’un réseau d’alimentation électrique spécifique. L’unité de Transformation et Distribution de l’Énergie électrique de l’entreprise est responsable de l’exploitation et de l’entretien des postes haute tension (63 kV et 225 kV), des postes de redressement, des postes d’éclairage-force, des canalisations 15 kV, des caténaires, des rails de traction et des 518 disjonctions de voie. Elle assure la fourniture de l’énergie de traction et d’éclairage à l’ensemble des moyens de transport (métro, RER, tramways), de force (ascenseurs, escaliers mécaniques, ateliers) et d’éclairage électrique des stations et des bâtiments administratifs soit 1,4 milliard de kWh par an (source Wikipedia)

[2] http://esante.gouv.fr/services/referentiels/securite/hebergeurs-agrees

[3] « L’agrément peut être octroyé tant à une société française et/ou établie en France qu’à une société étrangère et/ou établie à l’étranger. Les dispositions des articles L.1111-8 et R 1111-9 et suivants du code de la santé publique s’appliquent aux données de santé à caractère personnel produites ou recueillies en France. Aucune disposition du code de la santé publique ne conditionne l’application du régime d’agrément à la situation géographique de l’hébergeur. Toute société étrangère et/ou établie à l’étranger peut donc déposer un dossier de demande d’agrément. » (http://esante.gouv.fr/services/referentiels/securite/hebergement-faq#11)

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About Stephane Sabbague

Stéphane Sabbague est Président et co-fondateur du cabinet d'études Calipia. Au travers des activités de Calipia, Il anime de nombreuses formations et conférences. Ingénieur de formation, Stéphane a débuté sa carrière chez IBM France, il a occupé ensuite chez Microsoft, durant 11 ans, différents postes ventes et marketing, dont les dernières années celui de Directeur de la division Marketing Produit.

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