[Lettre Calipia]Le poste de travail : de la création à la consommation d’informations

Article issu de La Lettre Calipia, abonnement gratuit sur demande 

Un peu d’histoire …

ibmpcVers la fin des années 70 et au début des années 80, l’ordinateur personnel était affaire de hobby, une passion assez couteuse et réservée à une population de passionnés. Avant l’arrivée d’IBM avec son IBM PC, les orfinateurs personnels n’étaient pas jugés comme sérieux, considérés uniquement comme des joujous et ne parvenaient que très marginalement à pénétrer l’environnement professionnel. Puis arriva IBM avec son « IBM-PC » et surtout les « Clones », ces machines compatibles grâce à l’ouverture offerte par le choix de composantes standards (dont bien sur le processeur : Intel, et l’OS : Microsoft). Alors qu’IBM, pour ses autres machines (grands et moyens systèmes) avait plutôt tendance à tout faire elle-même dans la plus grande opacité, la compagnie offrait avec le PC un système étonnamment ouvert et évolutif.

Si IBM crédibilisa l’ordinateur personnel dans le monde professionnel, les « clones » apporteront à ce marché du dynamisme en rendant ces machines plus abordables financièrement. Un énorme écosystème se constitua alors, intégrant : des éditeurs de logiciels, des fabricants de cartes d’extensions, des constructeurs de périphériques : souris, claviers, imprimantes, scanners, etc…

Ce marché fut florissant, affichant une croissance à deux chiffres durant près de 2 décennies. Champions incontestés de cette période : Microsoft et Intel.  Nous étions à l’aube de l’an 2000, l’arrivée du nouveau millénaire et la montée en puissance des acteurs de l’internet, puis de la mobilité allait tout changer…

Les années 2000 et l’évolution des usages

Le PC (qu’il soit PC fixe ou portable, PC Intel ou Mac Intel) est devenu un accessoire indispensable dans les entreprises et dans les familles durant les années 2000. La multiplication des mises en réseaux et surtout la monté en puissance d’Internet en ont rendu l’usage quasiment obligatoire. En effet, c’est à cette même période que se sont développées et généralisées les formations pour les utilisateurs. Tout le monde voulait et devait utiliser cet accessoire indispensable qu’était le PC.

Il ne s’agissait pas forcément de PC très puissants, mais suffisamment pour se connecter au réseau de l’entreprise via un navigateur et surtout aller sur internet. D’un point de vue applicatif, le développement d’applications métiers allait de plus en plus se faire avec les technologies de l’Internet : Java et HTML réputées moins gourmandes en ressources que les traditionnelles applications clientes dites « riches ».

Si le PC du début est principalement utilisé pour créer, il devenait aussi avec l’arrivée des réseaux un outil de consommation d’informations. Autre phénomène, l’appropriation plus importante des postes de travail au niveau des directions des sociétés a également contribué à amplifier cette tendance autour de l’outil fait pour consommer des informations.

Les Smartphones et tablettes

Les Smartphones et les tablettes, largement popularisés par Apple avec ses iPhones et iPad sont alors apparus sur le marché grand public. Ces objets ont ensuite envahi le monde professionnel jusqu’alors dominé par des outils à la portée applicative plus restreinte tel que les Blackberry et s’adressant à une population beaucoup plus réduite dans les entreprises : principalement certains managers (c’était également des marqueurs sociaux). Avec les terminaux mobiles tactiles tels que les iPhones/iPads ou les différents modèles Android, plus abordables financièrement, ces outils se sont alors démocratisés dans les organisations.

Ces objets furent rapidement encore plus « Personnel » que les PC. Ils nous ont accompagné partout et ont remplacé une partie des usages des PC : messagerie bien sûr, navigation sur Internet, lecture de vidéo, streaming.

uiuxMais les choses ne se sont pas arrêtées là : l’apparition des applications mobiles, souvent dédiées à des taches bien plus précises que leur équivalentes sur le PC et bien plus simples d’utilisations ont augmenté l’usage de ces machines. Nous avons vu naitre ce qui n’était qu’un concept, un idée marketing : « l’expérience utilisateur » (UX) au-delà de la simple « Interface utilisateur » (UI). Cette « UX » est devenue la règle pour le développement de tous les nouveaux produits. L’évolution, la plus rapide possible, des interfaces était alors obligatoire pour répondre toujours plus fidèlement à la dictature de l’Expérience Utilisateur.

Sur ce terrain, plus modulaires, plus adaptables et disposant d’interfaces plus simples, les SmartPhones et Tablettes ont marqué des points face au PC. De nombreuses applications sont devenues plus efficaces sur mobiles que leurs équivalentes sur PC, car tout simplement mieux pensées pour des taches plus précises.

Conséquence logique de ces évolutions : les ventes de PC ont baissé suivant une courbe inverse de celles des progressions des Smartphones et Tablettes.

Réinventer le PC

Il fallait alors pour Microsoft et Intel (ce dernier ayant largement loupé cette vague de la mobilité avec des processeurs énergivores et ayant laissé la place aux processeurs beaucoup plus économes que sont les ARM) sauver le soldat PC.

Le PC s’est alors réinventé avec parfois un certain succès, en repartant de son principal point fort : un formidable outil pour la création. Dans un monde largement dominé par la consommation d’information, le PC restait et reste encore un formidable moyen pour créer. S’il ne fallait prendre qu’un exemple : ce ne sont pas des tablettes Android ou des Chromebook que les 40 000 ingénieurs de Google utilisent pour développer leurs logiciels : mais des PC, ou plus précisément des Mac.

Microsoft a réussi avec ses Surfaces Pro à combiner outil de consommation et de création dans la même machine. Cette nouvelle catégorie de PC transformable a largement été copiée ensuite pas d’autres acteurs, souvent avec de beaux matériels, comme les HP Spectre, les Asus série T ou encore le tout nouvel Dell XPS 13, 2 en 1 annoncé au CES et sorti dans la foulée en ce mois de janvier 2017. Mais, force est de constater, à la lumière des ventes de PC qui continuent de baisser fin 2016, ce n’est pas suffisant pour redynamiser le marché.

idc2016Alors Microsoft, ajoute une corde de plus à son arc avec un nouveau venu : la Surface Studio. Cette machine à mi-chemin entre la tablette tactile géante de 27 pouces et le PC de bureau inaugure une nouvelle catégorie de matériel : le PC de bureau convertible, déjà suivi par Dell par exemple sur ce segment avec son « Canvas 27 ».  La cible de ces machines : la création, appuyé par une nouvelle évolution de Windows 10 prévue pour avril, où l’éditeur renforce le message : la Creative Update.

surfacestudioLa Surface Studio saura-t-elle convaincre et relancer le PC pour créer ? Les commandes sont parait-il importantes, au-dessus des espérances, oui mais à quel niveau ?  Un doublement des 40 000 unités prévues à l’origine (comme croitle  savoir ZDNet), est sans doute un bel exploit mais une goutte d’eau sur le marché global du PC si d’autres acteurs n’emboitent pas le pas et qu’une demande massive ne survienne.

Après le tactile, la voix ?

Un des points marquant du dernier CES qui s’est terminé le 8 janvier dernier, était l’omniprésence des assistants vocaux dans les environnements : pour contrôler le PC certes, mais aussi la température de la pièce, l’accès à un bureau, la réservation d’une salle de réunion, la commande du véhicule et même la retouche photo avec une démonstration d’Adobe.

echo

Grand gagnant de ces assistants (en tout cas, en nombre de stands sur le CES) : Alexa d’Amazon et son périphérique associé Echo, et Google avec Google Home. Pas beaucoup de technologies intégrant Siri (qui oblige à passer par le Homekit d’Apple avec des contraintes techniques plus importantes) et encore moins, aucune pour être plus précis avec Cortana, l’assistant de Microsoft.

Alors certains le prédisent déjà : l’interface vocale et les assistants vont révolutionner les interfaces, comme le tactile il y a 10 ans maintenant.

Ne nous trompons pas, ce type d’assistant est encore très loin des interfaces évènementielles autonome, nous sommes plus proche des services de terminaux ou du Web que du poste intelligent (fut-il une tablette ou même un smartphone), pas de très grande capacité de travail en local, on prend la requête (vocale), on la transmet à de gros serveurs, et on diffuse le résultat à l’utilisateur sur son périphérique. La limite est claire : une connexion internet et des mainframes J. Un exemple : prenez les nouveaux écouteurs d’Apple, les (très bons) Airpods, si vous n’avez pas de connexion à Siri vous ne pourrez pas baisser le volume en tapotant sur votre oreillette, vous serez obligés de ressortir votre iPhone ou votre Apple Watch pour contrôler le niveau sonore.

Si cette solution est sans doute beaucoup plus limitée face à ce que peut offrir un PC, une tablette ou même un smartphone, elle peut être adaptée pour de nombreuses actions. Pour certains utilisateurs désirant uniquement consulter des données ou agir à la marge, une solution Google Home ou Amazon Echo peut suffire. Microsoft réalise de nombreuses démonstrations couplant Cortana et Power BI par exemple pour obtenir un résultat d’analyses.

Quel sera le rôle du PC demain ? Son sort reste lié au besoin de création des utilisateurs. Ainsi, si certains peuvent se contenter d’interfaces pour consulter des informations, le PC restera pour de nombreuses années encore un moyen essentiel pour leur production.

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À propos de Stephane Sabbague

Stéphane Sabbague est Président et co-fondateur du cabinet d'études Calipia. Au travers des activités de Calipia, Il anime de nombreuses formations et conférences. Ingénieur de formation, Stéphane a débuté sa carrière chez IBM France, il a occupé ensuite chez Microsoft, durant 11 ans, différents postes ventes et marketing, dont les dernières années celui de Directeur de la division Marketing Produit.

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