[La Lettre Calipia] Mettre en œuvre Azure : combien çà va me coûter ?

Microsoft Azure est la première famille de solutions Microsoft facturée à l’usage. Il est donc normal que le questionnement sur le coût d’une solution mise en œuvre dans Azure se pose. D’autant qu’Azure est une famille de services de natures très différentes (stockage, machine virtuelle, bande passante, développement d’applications mobiles …) dont la notion d’usages est variable selon le service. Par ailleurs, la multitude de services composant la famille Azure induit de la complexité en termes d’assemblage qui renforce le sentiment d’opacité sur le coût.

Nous allons dans cet article revenir sur les possibilités offertes par les contrats Microsoft de consommer des services Azure, sur les principes de construction de solutions sur la base de services Azure, et les outils existants proposés par Microsoft en termes d’estimation des couts.

Payer ce que l’on consomme : une attente ancienne

Depuis des décennies les entreprises attendent de leurs fournisseurs informatiques des solutions facturées à l’usage. Au risque de passer pour un vieux crouton, mes clients des années 80 (j’étais chez IBM et vendais plutôt des grands systèmes) me demandaient de leur proposer des solutions payables à l’usage de la ressource consommée. Nous étions bien en peine de les satisfaire, seul l’achat des ressources ou leur location étant proposés, mais sans prise en compte de l’utilisation réelle. L’ère de la micro-informatique qui a suivi n’a pas non plus apporté de réponse véritablement adaptée à cette demande (ni surtout extensible à tout un marché).  Aujourd’hui le Cloud Computing fournit une réponse tout à fait adaptée. La question que se posent maintenant les entreprises c’est « combien çà va me coûter ? ». Cette question est très pertinente (J) puisque les modèles de facturation proposés par les acteurs sont basés sur la consommation réelle des ressources.  Pour autant il existe autant de réponses à cette question qu’il y a de possibilités d’assembler les services offerts par la plateforme Azure, c’est-à-dire beaucoup.

Avant de rentrer dans plus de détails, revenons un instant sur le positionnement d’Azure dans l’offre Microsoft.

 Azure : la plateforme IaaS et Paas de Microsoft

Azure est la marque des solutions Cloud Computing de Microsoft. Qu’entend-on par Cloud Computing ? L’image ci-contre représente de façon schématique 3 grandes catégories de services de Cloud Computing :

–          IaaS : Infrastructure as a Service

–          Paas : Platform as a Service

–          SaaS : Software as a Service

azure 1.pngDans ces schémas, les couches en bleu sont installées chez et gérées par le client. Les couches en vert sont installées chez et gérées par le fournisseur de la plateforme de Cloud publique.

Le positionnement de Microsoft Azure et de certains des principaux acteurs du marché est le suivant :

azure 2

Microsoft Azure propose donc des services qui vont de l’infrastructure d’hébergement de machines virtuelles jusqu’à la construction d’applications de nouvelles générations (PaaS), en passant par le Big Data dans le Cloud et le développement d’apps mobiles. Un panorama très large donc et qui s’enrichit sans cesse (par exemple, au titre de son année fiscale 2015, terminée au 30/06/2015, Microsoft indique avoir introduit plus de 500 nouvelles fonctionnalités à son catalogue de services).

Le catalogue de services d’Azure est composé de briques pouvant être utilisées pour construire, héberger des applicatifs métiers, des progiciels et des serveurs au sein des datacenters Microsoft. Ces services sont regroupés par familles comme indiqué sur le schéma ci-contre (attention ce schéma ne contient pas la liste exhaustive des services, que l’on peut trouver ici : https://azure.microsoft.com/en-us/regions/#services ). Selon le datacenter Azure concerné, la liste des services disponibles peut varier.

azure 3

Mettre en œuvre une solution Azure, c’est avant tout assembler des services Azure

 

Small is Beautiful !

Construire une solution basée sur des services Cloud (Azure ou AWS) peut s’avérer une tâche complexe et longue. En effet, ces offres proposent une très grande richesse en termes de services, permettant de mettre en œuvre des solutions très sophistiquées. L’histoire des systèmes d’information d’entreprise fourmille de projets complexes et longs n’ayant jamais abouti. Pour éviter de tomber dans ce piège (toujours d’actualité), il est préférable de commencer « petit ». Cela permet de se familiariser avec ces nouvelles technologies, de ne pas avoir à attendre trop longtemps pour en mesurer les bénéfices ou les limites.

En dehors du coût, LA question clé concernant une étude Azure est donc : « Comment construire la solution à partir des services élémentaires proposés par la plateforme Azure ? ». A l’image de briques Lego, les services Azure doivent être assemblés pour constituer une solution. Selon la nature de la solution, il faudra choisir des services de certaines familles (par exemple : en reprenant les familles de services mentionnées plus haut, pour héberger une machine virtuelle, il faut des services de Compute, de Data, de Network).azure 4

Et ces services, tout comme les Legos, répondent à des règles d’assemblage : certaines briques ne s’assemblent pas entre elles et d’autres au contraire ont des prérequis définis… etc. Ces relations d’exclusion entre services, ou d’inclusion de services nécessaires sont pour certaines plutôt évidentes (par exemple, pour héberger une machine virtuelle, il faut sélectionner le service correspondant à la VM : nombre de cœurs, RAM, mémoire de stockage, mais il faut aussi ne pas oublier d’ajouter (entre autres) de la bande passante sortante du datacenter Azure où se trouvera instanciée cette VM), mais elles sont parfois d’ordre technique plus fin, sans caractère « évident ».

Afin de tenter de simplifier la compréhension de mise en œuvre d’Azure, Microsoft propose une vue agrégée au-dessus des services de base : les scénarios. Ceux-ci correspondent en fait plus à des solutions (par exemple mise en plan d’un Plan de Reprise d’Activité, hébergement de serveurs SharePoint, hébergement d’environnement de développement et de test …).

Le rôle clé de l’architecte pour construire la solution

L’intelligence nécessaire à ce travail d’identification des services nécessaires pour construire une solution, puis à l’assemblage et au dimensionnement de ces services et de ceux qui sont induits par les premiers, ne provient pas d’un outil de configuration. C’est le rôle de l’architecte Azure. Celui-ci devra disposer d’une bonne connaissance du catalogue de services Azure disponibles, des relations d’exclusion ou d’inclusion existantes, et sera capable de faire le lien entre l’expression des besoins et la mise en musique des services Azure choisis. Ce rôle d’architecte IT n’est certes pas nouveau. Mais le Cloud Computing, aussi bien avec Azure qu’avec l’offre d’AWS (Amazon Web Services), renforce le caractère de construction de solutions à partir de « building blocks » disponibles sur étagères (les fameux services).

Compte tenu de l’étendue des services Azure disponibles et de la grande variété de solutions qui peuvent être créées à partir de ces services, ces architectes auront vraisemblablement la nécessité de se « spécialiser » sur certains domaines (développement d’applications, infrastructure, BI, applis mobiles ….). A la fois pour s’assurer de l’expertise nécessaire sur ces domaines, et pour ceux qui appartiennent à des sociétés de services et d’intégrations IT, de pouvoir s’appuyer ensuite sur les compétences spécifiques de leurs organisations.

Estimer les couts de service

Une fois ce travail d’architecture terminé, la question de l’estimation des coûts de la solution ainsi envisagée pourra se poser.

La tarification d’Azure repose sur les 2 principes suivants :

–          Pas d’abonnement aux services ;

–          Paiements à la consommation.

Afin de permettre d’estimer le coût d’une solution basée sur des services Azure, Microsoft met à disposition de ses clients et partenaires une « calculatrice de prix Azure », qui va, sur la base des services identifiés et de leur dimensionnement, permettre de produire une estimation du cout mensuel de ces services.

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Cette calculatrice en ligne est disponible sur le portail Azure (https://azure.microsoft.com/fr-fr/pricing/calculator) – voir copie d’écran ci-contre.

 

Cette calculatrice n’est pas un configurateur, capable de guider la construction de la solution en assemblant les services nécessaires. Ici, il faut choisir de façon unitaire les services dont on souhaite estimer le coût de fonctionnement. Dans cette étape d’estimation des coûts, il faut s’appuyer sur le travail préliminaire d’architecture.

 

La plupart des services Azure sont facturés à l’usage (la machine virtuelle à l’heure de fonctionnement, le stockage au Go, les services de messagerie au nombre de messages envoyés…). Quelques services sont néanmoins facturés par utilisateur et par mois : il s’agit essentiellement de services tels qu’Azure Active Directory, Azure Right Management Services ou Azure Enterprise Mobility Suite.

 

La calculatrice de prix Azure estime les prix sur la base des tarifs des services souscrits sur le portail Azure (Azure.microsoft.com), qui représente un des moyens de contractualiser sa consommation Azure. Il existe plusieurs alternatives, en particulier par le biais des contrats de licences en volume Microsoft.

 

Comment consommer des services Azure dans les contrats de licences en volume

 

Il existe de nombreux supports contractuels Microsoft permettant de consommer des services Azure, avec des modalités de souscription et de facturation différentes :

azure 6

Ces différents contrats proposent notamment :

–          Soit une facturation avec une acquisition préalable d’un crédit de consommation Azure, qui sera décrémenté au fur et à mesure que les services Azure seront effectivement consommés. Ce crédit doit donc être abondé par le client préalablement à toute consommation. Il peut ensuite être utilisé pour tous les services Azure. Attention dans ce cadre, les crédits engagés disposent d’une durée maximale de 12 mois (à partir du crédit initial) pour être consommés. Au-delà, s’il y a un reliquat, celui-ci ne sera pas reporté sur l’année suivante. Il est alors perdu L. L’Accord Entreprise (AE) et Open font partie de cette catégorie. La tarification de l’AE reste la plus attractive bien entendu, et c’est aussi la formule contractuelle qui offre la possibilité de consommer l’ensemble des services Azure.

–          Soit une facturation sur la base du consommé réel à terme échu, soit trimestriel (contrat MPSA), soit mensuel (contrat CSP). L’intérêt de cette catégorie est de ne pas nécessiter d’acquisition préalable de crédit de consommation, et d’éliminer ainsi tout risque de perte de crédit non consommé.

 

En fonction du contexte de chacun, la formule contractuelle la plus adaptée sera choisie (fonction du volume, de la capacité à s’engager, du niveau de consommation potentielle de services Azure sur une période d’un an, et sur les types de services à intégrer). En dehors de l’AE, les autres modalités offrent aujourd’hui seulement des sous-ensembles du catalogue de services Azure (à noter que Microsoft s’attache à étendre régulièrement le portefeuille de services ouverts dans tous les contrats).

 

Conclusion

 

Azure en tant que plateforme IaaS n’existe que depuis moins de 3 ans (5 ans en tant que plateforme PaaS). Il s’agit d’une plateforme de services très récente donc, mais très active également. Ce caractère très dynamique est marqué par de nombreux nouveaux services proposés, des modalités de facturation totalement nouvelles pour Microsoft, et des besoins de transformer les approches en entreprise, aussi bien concernant la construction de solutions sur la base de ces services, que sur des changements opérationnels (par exemple : si j’héberge des VM dans Azure, celles-ci seront facturées à l’heure de fonctionnement, il sera donc nécessaire de mettre en place des modalités opérationnelles permettant quand c’est possible d’arrêter ces VM, pour diminuer de façon mécanique la facture).

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Microsoft et AWS sont aujourd’hui les 2 acteurs leaders sur ce marché. AWS dispose d’une avance en termes de part de marché sur Microsoft, liée pour une bonne part à sa présence bien avant Microsoft (premiers services IaaS d’AWS en 2006). Microsoft est engagé depuis plus de 2 ans dans une marche forcée pour revenir dans la course, avec succès puisqu’en fin 2012 la société ne disposait d’aucune offre (et d’aucune part de marché IaaS), aujourd’hui Microsoft est positionné comme numéro 2 du secteur derrière AWS (cf le Magic Quadrant de Gartner ci-contre). Les 2 concurrents sont engagés dans une course à l’innovation, à la baisse des prix dont les clients ne peuvent que se réjouir. AWS et Microsoft ont aujourd’hui tous deux des chiffres d’affaire Cloud se situant aux environs de 8 milliards de dollars (pour des CA globaux aux environs de 100 milliards de dollars pour les 2 sociétés). Beaucoup de similitudes entre eux donc. Nous aurions d’ailleurs pu mener une analyse très similaire avec AWS (services, assemblage, facturation à l’usage …) que celle déroulée sur Azure dans cet article. Microsoft dispose d’un poids dans l’IT d’entreprise, très différentiateur vis-à-vis d’AWS. Les prochaines années permettront de mesurer l’avantage réel de celui-ci.

About Patrick Barriere

Directeur associé et co-fondateur du cabinet d'études Calipia. Il a occupé durant 10 années chez Microsoft différents postes dont ceux de Directeur d'Agence Grands Comptes en charge du secteur Public puis de l'industrie et de la distribution, Directeur des Opérations de la division PME/PMI. Ancien Ingénieur d'Affaires chez IBM, Patrick a débuté sa carrière comme développeur logiciel chez Jeumont-Schneider puis chef de projet chez GSI après avoir obtenu son diplôme d'Ingénieur ESIEE (1980).

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