BrowsingEnabled : la nouvelle stratégie qui transforme Copilot en Edge qui ne dit pas son nom

Copilot ouvre ses propres onglets : un navigateur intégré qui mérite l’attention des DSI

On pensait avoir fait le tour des façons dont Microsoft pouvait ramener un utilisateur vers Edge. C’était sous-estimer l’imagination de Redmond. Microsoft a introduit un navigateur web intégré, affiché côte à côte, dans l’application de bureau Copilot pour Windows et macOS. Autrement dit, lorsque l’assistant vous cite une source, vous n’êtes plus renvoyé vers votre navigateur habituel : la page s’affiche dans Copilot lui-même.

Sur le papier, l’argument est celui du confort. Selon l’avis MC1474455 du Centre de messages Microsoft 365, le navigateur s’ouvre dans un panneau latéral à droite de Copilot, avec prise en charge de plusieurs onglets et d’un affichage plein écran. Une fois la consultation terminée, l’utilisateur ferme le panneau et reprend sa session Copilot sans jongler entre les applications. Neowin résume l’intention sans détour : Microsoft espère garder les utilisateurs plus longtemps dans leurs sessions Copilot, plutôt que de les voir se disperser dans un navigateur tiers. On appréciera la franchise, rare dans un communiqué produit.

Un calendrier à surveiller de près

Pour les équipes d’administration, le point essentiel est le mode de déploiement. L’expérience est pour l’instant réservée aux administrateurs qui souhaitent la tester, via une activation volontaire par la stratégie BrowsingEnabled, gérable depuis les outils de gestion des terminaux. Mais ce caractère facultatif a une date de péremption : Microsoft prévoit un déploiement automatique élargi d’ici fin novembre 2026. Traduction pour un DSI : vous avez environ deux mois pour décider si ce comportement vous convient, avant qu’il ne décide pour vous.

A partir du 21 septembre, une option de clic droit sur les onglets du panneau latéral permettant d’ouvrir un lien dans un navigateur externe. Il aura donc fallu une mise à jour dédiée pour redonner à l’utilisateur ce qu’il avait par défaut depuis trente ans : le droit d’ouvrir un lien dans le navigateur de son choix.

Sous le capot : WebView2 et stockage local

Techniquement, il ne s’agit pas d’un nouveau moteur. L’intégration repose sur le contrôle WebView2, c’est à dire le moteur d’Edge embarqué dans l’assistant. Cohérent avec le fait que les organisations souhaitant tester la fonction ajustent la stratégie BrowsingEnabled au travers du cadre de stratégies Microsoft Edge. La gouvernance passe donc par vos modèles ADMX Edge ou vos profils Intune existants, ce qui est une bonne nouvelle pour l’outillage mais un rappel clair de la filiation.

C’est sur la question des données que le sujet devient réellement sérieux. Microsoft confirme que l’historique de navigation, les cookies et les informations de saisie automatique sont écrits directement sur le disque local, dans le répertoire de profil utilisateur %localappdata%\Microsoft\Copilot\User Data. Nous avons donc un nouveau magasin de cookies et de données de formulaire, distinct du profil Edge principal, qui échappe potentiellement aux règles que vous avez patiemment configurées sur votre navigateur d’entreprise : purge à la fermeture, restrictions de saisie automatique, isolement des sessions, voire Edge for Business et ses protections DLP intégrées. Microsoft le reconnaît d’ailleurs : les administrateurs doivent évaluer si ce stockage local dans le profil respecte leurs standards internes de prévention des pertes de données et d’hygiène des terminaux.

Concrètement, plusieurs questions méritent d’être posées à vos équipes poste de travail et sécurité. Vos politiques Purview Endpoint DLP couvrent elles ce nouveau processus ? Vos outils EDR et vos règles de nettoyage de profil connaissent ils ce répertoire ? Les accès conditionnels et l’authentification unique se comportent ils de la même manière dans ce conteneur que dans Edge ? Et dans un contexte de postes partagés ou de VDI, que devient ce profil entre deux sessions ?

Le débat qui ne s’éteint pas : le navigateur par défaut

La fonction n’arrive pas de nulle part. En mars, Microsoft l’avait déjà testée auprès des Insiders, et la réaction avait été vive. Les critiques portaient sur le contournement du navigateur défini par l’utilisateur, les liens s’ouvrant dans un panneau propulsé par Edge quel que soit le choix système. Le responsable de la communication technique de Vivaldi avait même évoqué un possible conflit avec le Digital Markets Act européen, compte tenu de l’historique de Microsoft en matière de promotion d’Edge via Windows.

Il faut toutefois être juste. Les personnes qui utilisent déjà l’application Copilot sont a priori à l’aise avec l’IA et apprécieront sans doute de travailler côte à côte avec des onglets. Et en ouvrant les liens dans ce panneau, Microsoft aligne Copilot sur le comportement de Teams et d’Outlook, qui le font déjà. Le passage par une stratégie d’activation explicite, absent des premières annonces, montre aussi que les remarques ont été entendues, au moins pour la phase de test.

Ce que nous recommandons

Pour les organisations, la bonne posture consiste à ne pas laisser le calendrier de Microsoft dicter la décision. Activez BrowsingEnabled sur un anneau pilote maîtrisé, documentez ce qui atterrit dans le répertoire User Data, vérifiez la couverture DLP et EDR, puis tranchez avant fin novembre en positionnant explicitement la stratégie à la valeur souhaitée. Si votre navigateur d’entreprise est Chrome ou Firefox, la question est encore plus aiguë : un second navigateur non gouverné par vos règles habituelles vient de s’inviter dans votre parc.

Au fond, Copilot suit une trajectoire désormais classique des assistants : devenir le point d’entrée unique du travail. Le confort est réel. Mais un assistant qui devient navigateur hérite aussi de toutes les responsabilités d’un navigateur, et c’est aux DSI de s’assurer qu’il en respecte les règles.

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