Windows sur Arm, acte III : Nvidia entre en scène avec la Surface Laptop Ultra

Microsoft a choisi son adversaire et ne s’en cache pas. La nouvelle Surface Laptop Ultra n’est pas présentée comme une simple évolution de la gamme. Elle est présentée comme une réponse frontale au MacBook Pro 16 pouces d’Apple. Sous le capot, on ne trouve ni Intel, ni AMD, ni Qualcomm : on trouve Nvidia, avec sa nouvelle plateforme RTX Spark (la puce Arm connue jusqu’ici sous le nom de code N1X). Après des années à expliquer que Windows sur Arm était l’avenir, Microsoft semble enfin disposer d’un partenaire capable de rivaliser avec Apple sur son propre terrain : l’intégration CPU, GPU et mémoire unifiée.

Reste un détail qui n’en est pas un : pour l’instant, personne n’a pu mesurer cette machine de manière indépendante. Tout ce que l’on sait vient de Microsoft, de Nvidia ou de prototypes passés entre les mains de quelques testeurs. C’est donc avec un mélange d’intérêt réel et de prudence professionnelle qu’il faut regarder la fiche technique.

Une architecture taillée pour l’IA locale

La RTX Spark est un SoC Arm qui associe un CPU de 18 ou 20 cœurs à un GPU de génération Blackwell. La version d’entrée de gamme dispose de 5 120 cœurs CUDA, et les versions supérieures montent à 6 144. Selon les premières estimations, cette partie graphique se situerait à peu près au niveau d’une RTX 5070 pour portable, ce qui est très confortable pour une machine de moins de 18 mm d’épaisseur.

L’argument central reste la mémoire unifiée, qui peut atteindre 128 Go. Comme sur les puces Apple Silicon, CPU et GPU partagent le même espace mémoire. Pour un usage IA, c’est déterminant : un modèle qui tient en mémoire n’a pas besoin d’être découpé ou déchargé partiellement, et c’est souvent là que se joue la différence entre une démo fluide et une démo pénible. Microsoft annonce la possibilité d’exécuter localement des modèles allant jusqu’à 120 milliards de paramètres, et « jusqu’à un pétaflop » de calcul IA.

Ce pétaflop mérite une lecture attentive des notes de bas de page. Il s’agit d’une valeur théorique, en FP4, avec sparsity. Autrement dit, c’est le chiffre le plus flatteur que l’on puisse calculer, pas celui que vous obtiendrez en lançant votre pipeline d’inférence un mardi matin. Ce n’est pas propre à Nvidia, toute l’industrie pratique le même sport, mais un DSI averti en vaut deux.

Le reste de la fiche technique

L’écran est une dalle mini-LED tactile de 15 pouces, à 262 ppi et jusqu’à 2 000 nits en HDR. Microsoft dit avoir multiplié par 2,5 la capacité thermique par rapport à ses portables actuels, ce qui est plutôt rassurant quand on connaît les limites thermiques observées sur la Surface Laptop 15 sous Panther Lake. Le poids annoncé par certains médias tourne autour de 2 kg. On est donc sur une station de travail mobile, pas sur un ultraportable de réunion.

Bonne surprise du côté de la connectique : trois USB-C, un USB-A, un HDMI pleine taille, un lecteur SD et une prise jack. Le SSD est un M.2 2280 remplaçable, en PCIe Gen4 sur la version 512 Go et en PCIe Gen5 au-delà. Pour les équipes support et les gestionnaires de parc, cette réparabilité est un vrai point positif, et une différence nette avec la politique d’Apple.

Des prix qui piquent un peu

La gamme démarre à 2 900 euros TTC avec le CPU 18 cœurs, 24 Go de mémoire et 512 Go de stockage, livrée sous Windows 11 Famille. Il faut monter à 4 232 euros pour la version 20 cœurs avec 32 Go et 1 To, et à 6 900 euros pour la configuration à 128 Go. Les précommandes sont ouvertes, et les livraisons commencent le 16 octobre.

Un point retient l’attention des responsables achats : la version d’entrée est livrée sous Windows 11 Famille. Pour un déploiement en entreprise, il faudra donc viser au minimum la version 32 Go, ou prévoir la mise à niveau. Ce genre de détail est vite oublié dans un appel d’offres.

Microsoft ne sera d’ailleurs pas seul sur ce créneau. ASUS (ProArt P14 et P16), Lenovo (Yoga 9n) et HP (OmniBook Ultra 16) annoncent leurs propres machines RTX Spark, et une Surface RTX Spark Dev Box à 5 999 dollars est prévue pour novembre. Nvidia ne parie pas sur un seul cheval.

Face au MacBook Pro : une comparaison très choisie

Microsoft a publié trois chiffres face au MacBook Pro 16 pouces M5 Pro, dans des configurations de 64 Go chacune : un premier token jusqu’à 2,1 fois plus rapide sur un modèle de langage, une génération d’images jusqu’à 4,3 fois plus rapide, et une génération vidéo jusqu’à 6,2 fois plus rapide.

Ces chiffres sont impressionnants, mais ils ont été soigneusement sélectionnés. Ils portent exclusivement sur l’IA générative, un domaine où l’écosystème CUDA a des années d’avance sur Metal. Microsoft ne dit rien sur les performances CPU, rien sur le montage vidéo classique, rien sur la compilation et rien sur l’autonomie. Quand un constructeur ne parle que de ses points forts, il est raisonnable de supposer qu’il a ses raisons. Les tests ont en outre été menés sur des machines de préproduction, et deux des trois résultats concernent « une sélection de PC RTX Spark » plutôt que la Surface elle-même.

Les fuites disponibles vont d’ailleurs dans ce sens. Un prototype EV1.5, configuré avec 24 Go et limité à 80 W en charge soutenue, a obtenu 5 771 points en multicœur et 540 en monocœur sous Cinebench 2026. C’est à peu près le niveau d’un M3 Max à 14 cœurs. Pour comparaison, un MacBook Pro 14 pouces M5 Max démarre autour de 8 000 points sur le même test, et le simple M5 dépasse déjà les 700 points en monocœur. Sur une compilation Clang, la puce Nvidia battrait le M5 de base de 54 % tout en restant légèrement derrière le M5 Pro. Prudence toutefois : il s’agit d’un prototype, avec un logiciel non finalisé, et certains tests CUDA de la suite Phoronix n’ont même pas abouti.

Les vraies questions pour une DSI

Au-delà des chiffres, plusieurs points méritent d’être vérifiés avant d’imaginer un déploiement.

La compatibilité applicative d’abord. Windows sur Arm a fait de gros progrès, et l’émulateur Prism est désormais tout à fait correct, mais les agents de sécurité, les pilotes spécifiques et les applications métier anciennes restent un sujet. L’arrivée de Nvidia apporte CUDA en natif sur Arm, ce qui est une excellente nouvelle pour les équipes data et IA, à condition que les frameworks et bibliothèques suivent rapidement.

L’autonomie ensuite. Microsoft parle d’une autonomie « toute la journée » et affirme que la machine conserve « plus de 99 % de sa puissance » sur batterie. C’est précisément là qu’Apple a creusé l’écart ces dernières années : le M5 Max tient près de 18 heures dans les tests de Tom’s Hardware. Un GPU Blackwell sollicité n’a jamais été réputé pour sa sobriété.

Le positionnement enfin. Cette machine ne s’adresse pas à tous les collaborateurs. Elle vise les data scientists, les développeurs IA, les créatifs et les profils qui veulent faire tourner des modèles en local pour des raisons de confidentialité ou de coût. Pour ces usages, disposer de 128 Go de mémoire unifiée avec CUDA dans un portable est une proposition inédite sous Windows. Pour une flotte bureautique, c’est un peu comme acheter un camion de pompiers pour arroser ses géraniums 🙂

En attendant les benchs

La Surface Laptop Ultra est sans doute le portable Windows le plus ambitieux depuis longtemps. Elle concrétise une idée simple mais puissante : apporter l’écosystème Nvidia, et donc CUDA, dans une architecture Arm à mémoire unifiée, là où Apple régnait jusqu’ici sans partage. Sur le papier, le pari est séduisant.

Mais un pari reste un pari tant que personne ne l’a mesuré. Nous attendons donc avec impatience les premiers benchs indépendants, attendus dès les premières livraisons autour du 16 octobre, pour savoir si la machine tient ses promesses en charge soutenue, sur batterie et en dehors des scénarios d’IA soigneusement choisis par Microsoft. Nous ne manquerons pas d’y revenir sur ce blog dès que les premiers chiffres sérieux seront publiés. D’ici là, on peut garder la carte bancaire au chaud.

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