Quoi de neuf sur Copilot ? Beaucoup de nouveautés, et une facture à surveiller
Vous le savez sans doute, chaque mois, Microsoft publie sa liste des nouveautés de Copilot, et chaque mois la liste s’allonge. Celle de septembre 2026 bat des records : selon le décompte d’un observateur attentif, on dépasse les 90 éléments, entre fonctions généralement disponibles, préversions, éléments encore en développement et annulations. Pour un DSI, une telle liste n’est pas un cadeau. C’est un dossier à instruire. Faisons le tri entre ce qui va plaire aux utilisateurs, ce qui intéresse vraiment la DSI et ce qui demande une action rapide.
Copilot Chat : les agents arrivent directement dans la conversation
La nouveauté la plus visible pour les utilisateurs : ils peuvent désormais appeler un agent depuis leur prompt, sans changer d’interface. Jusqu’ici, il fallait ouvrir l’agent à part, ce qui découpait le travail en morceaux. Désormais, l’agent devient un outil qu’on appelle au fil de la discussion.
Sur le principe, c’est logique. En pratique, la question de la gouvernance des agents devient urgente. Tant que l’agent restait dans son coin, on le maîtrisait. Maintenant qu’il est à portée de prompt, chaque agent publié dans le tenant doit être catalogué, validé et rattaché à un responsable. Le nouveau registre unifié des plugins annoncé ce mois-ci va dans ce sens. Il faudra voir s’il tient la charge face à la multiplication des agents créés par les métiers.
Autre amélioration, plus discrète mais très utile : la recherche reconnaît mieux le contenu des PDF scannés. Toute organisation qui possède encore des archives numérisées sans couche texte fiable sait l’importance du sujet. Microsoft ne donne aucune précision sur le moteur d’OCR ni sur la latence d’indexation. On peut parier sans grand risque que le résultat dépendra beaucoup de la qualité des scans d’origine, et ceux de 2009 ne sont pas les meilleurs.
Côté interface, Microsoft aligne les expériences Copilot de Teams et d’Outlook sur l’application Copilot autonome. La séparation entre mode web et mode travail disparaît au profit d’une interface unique. Le bouton Work IQ remplace l’ancien sélecteur, et les données de l’organisation sont activées par défaut. Ce choix par défaut mérite un temps de réflexion. Il simplifie la vie des utilisateurs, mais toute la qualité des réponses repose désormais sur la qualité des permissions dans SharePoint et OneDrive. Le surpartage, ce vieux sujet, revient donc en tête des priorités.
Enfin, l’édition assistée par Copilot arrive sur Word, PowerPoint et Excel pour Android. La fonction Record sur mobile capture maintenant les conversations en présentiel et les notes vocales pour en tirer des actions. Pour les commerciaux et les managers terrain, c’est concret. Pour le RSSI et le DPO, c’est un nouveau traitement de données vocales à encadrer : il faut informer les participants, définir une durée de conservation et vérifier la cohérence avec la politique de confidentialité interne.
Une nouvelle URL à anticiper
C’est le point le plus opérationnel du mois, et il est passé assez inaperçu. L’application change de nom : « Microsoft 365 Copilot » devient « Microsoft Copilot ». L’adresse web passe de m365.cloud.microsoft à copilot.cloud.microsoft, avec une redirection forcée prévue début octobre. Microsoft recommande d’autoriser tout le domaine *.cloud.microsoft plutôt que de lister les hôtes un par un.
Pour les organisations qui filtrent le trafic par listes d’autorisation au niveau du proxy ou du pare-feu, l’action est simple mais indispensable. Sans elle, les utilisateurs risquent de ne plus accéder à l’application web. Autre détail : les politiques de filtrage de Windows Recall ne migrent pas automatiquement et doivent être recréées à la main. Changer de nom fait partie de la culture Microsoft. Le faire à quelques semaines d’une redirection forcée, c’est une autre façon d’offrir des sueurs froides aux équipes réseau.
Connecteurs et intégrations : Copilot s’étend aux métiers
Microsoft continue de multiplier les connecteurs. On voit arriver des plugins dédiés aux données industrielles, ainsi que des connecteurs vers des outils de comptabilité, de gestion documentaire juridique et de gouvernance des conseils d’administration. On parle notamment de Xero, iManage Work, Harvey ou Boardwise. La stratégie est claire : aller chercher les décisions là où elles se prennent, et pas seulement dans les e-mails.
Sur le plan technique, plusieurs évolutions de fond méritent d’être relevées. L’indexation du contenu et celle des identités des connecteurs se font désormais en parallèle, ce qui devrait rendre les données plus fraîches. Microsoft ne publie cependant aucun chiffre. Le connecteur ServiceNow filtre maintenant les résultats selon le rôle de l’utilisateur dans ServiceNow, une condition indispensable pour l’utiliser en production. L’ancrage dans les modèles sémantiques Power BI est disponible partout : Copilot peut s’appuyer sur les définitions officielles du chiffre d’affaires, de la marge ou du taux d’attrition au lieu de les réinventer. Les équipes BI y verront une bonne raison, enfin, de documenter leurs mesures.
Les applications SharePoint Framework (SPFx) peuvent maintenant s’afficher comme des expériences interactives dans Copilot Chat. Pour les DSI qui ont investi dans des développements SPFx, c’est une façon de réutiliser ce travail plutôt que de tout reconstruire en agents. Les API Work IQ, désormais généralement disponibles, offrent quant à elles un point d’accès REST unifié au contexte de travail pour les agents et les workflows sur mesure.
Les sources faisant autorité : enfin une hiérarchie dans le contenu
Pour les administrateurs, c’est sans doute la nouveauté la plus structurante. Le centre d’administration Microsoft 365 permet de désigner jusqu’à 100 sites SharePoint comme sources faisant autorité. Copilot leur donne alors la priorité quand il construit ses réponses. On peut consulter la liste, ajouter ou retirer des sites, et faire de l’import ou de l’export en masse.
C’est une réponse directe à un problème bien connu des équipes qui déploient Copilot : la version 3 du document de procédure, signée et approuvée, se retrouve en concurrence avec la version 2 restée sur le OneDrive d’un collaborateur parti en 2023. Hiérarchiser les sources est une bonne idée. La limite de 100 sites paraîtra généreuse pour une PME et un peu juste pour un grand groupe qui compte des milliers de sites. Surtout, la fonction suppose que l’organisation sache déjà quels sont ses sites de référence. Si ce n’est pas le cas, ce projet de gouvernance documentaire précède largement le projet IA.
Microsoft remet aussi en service l’exclusion de domaines pour l’ancrage web de Copilot Chat. Annoncée fin juillet, retirée début août, elle est revenue le 9 septembre. Les limites sont documentées : seuls deux niveaux de sous-domaines sont pris en compte, et le filtre s’applique aux pages web, pas aux résultats d’actualité. Ceux qui avaient planifié cette fonction en juillet ont le droit de rester prudents.
Les applications : Word, PowerPoint, Excel et Outlook passent à la vitesse supérieure
Les applications bureautiques reçoivent de nombreuses améliorations. Dans Word, Copilot gère maintenant les citations, peut modifier les images, insère des liens pertinents et surligne précisément les mots qu’il a changés. Cette traçabilité aidera beaucoup dans les contextes réglementés où il faut pouvoir expliquer qui a écrit quoi.
PowerPoint reçoit une liste fournie : verrouillage des modèles approuvés, pilotage de Copilot par les notes du présentateur, compétences personnalisées, traduction intégrée avec redimensionnement automatique du texte, édition des SmartArt, génération d’une présentation à partir d’un e-mail et intégration des ressources Adobe Experience Manager. Le verrouillage des modèles fera plaisir aux directions de la communication, qui voient depuis des années la charte graphique maltraitée.
Dans Excel, Copilot s’appuie désormais sur Python pour modifier les classeurs, explique les changements et leur auteur, et conserve l’historique de la conversation dans le fichier. Python dans Excel s’exécute dans le cloud Microsoft. Pour les données sensibles, il faut donc vérifier où se trouvent les traitements et ce que dit la politique de classification.
Dans Outlook, on note l’arrivée des agents à moteur personnalisé (custom engine agents), la gestion du courrier et du calendrier en langage naturel, ainsi qu’un accompagnement à la rédaction. Teams Phone reçoit un agent dédié aux appels. Le Planner gagne un agent capable de rédiger des rapports d’avancement. SharePoint et OneDrive voient leurs fonctions Copilot passer en disponibilité générale.
Copilot Studio : attention à la facture
C’est ici que le DSI doit garder la calculatrice à portée de main. Un nouvel environnement d’exécution d’agents, basé sur GitHub Copilot (le « GitHub Copilot harness »), devient généralement disponible dans Copilot Studio. Les agents qui l’utilisent sont facturés à l’usage, indépendamment des licences Microsoft 365 Copilot. Et les crédits sont consommés dès le développement : création, préversion et évaluation, pas seulement en production.
Autrement dit, chaque essai d’un créateur d’agents a un coût. Microsoft fournit des garde-fous : quatre règles de contrôle par environnement, des plafonds par agent, un tableau de bord de consommation à l’échelle du tenant et une propriété isCLIAgent pour repérer ces agents. Ces outils sont nécessaires, mais ils ne suffiront pas sans une vraie démarche FinOps appliquée aux agents. L’époque où l’on pouvait « juste tester un petit agent » pour pas cher se termine discrètement.
Sur la sécurité, on note des avancées bienvenues : validation humaine obligatoire pour certains appels d’outils, détection du surpartage d’identifiants et possibilité d’interdire les identifiants fournis par les créateurs. Dataverse, Azure SQL et les listes SharePoint deviennent des sources de connaissances natives.
Les modèles : la diversité, avec quelques conditions
Microsoft continue d’ouvrir Copilot à plusieurs fournisseurs de modèles. Les synthèses de septembre mentionnent l’arrivée de nouveaux modèles avancés d’OpenAI et d’Anthropic dans Cowork et Copilot Studio. Ils mentionnent aussi les modèles Grok, désactivés par défaut dans Word, Excel et PowerPoint et réservés au programme Frontier. Point essentiel pour nos lecteurs européens : ces modèles ne sont pas disponibles dans l’Union européenne, l’AELE, le Royaume-Uni ni les clouds souverains ou gouvernementaux. Ils relèvent aussi de conditions d’utilisation et d’un accord de traitement des données distincts. Pour une organisation française, la question est donc vite tranchée. Elle a toutefois le mérite de rappeler qu’une plateforme multi-modèles implique aussi plusieurs contrats à suivre.
Ce qui ne viendra pas
Une liste de nouveautés honnête doit aussi parler des abandons. Plusieurs éléments de la feuille de route ont été annulés sans explication : les agents interactifs dans les réunions Teams, l’extension Copilot pour Chrome, certaines analyses Purview sur le cycle de vie des interactions Copilot, ou encore la gestion des sources de contenu dans le chat. Côté Power Platform, il n’y aura pas de « release wave 2 » en septembre 2026, et le Release Planner disparaîtra le 15 novembre, sans migration des vues enregistrées. Les équipes qui préparaient leurs plans de communication autour de ces fonctions devront revoir leur copie.
Mesurer l’adoption, au-delà des compteurs
Dernier point qui mérite d’être relevé : les enquêtes Pulse permettent maintenant de créer des questionnaires ciblés, à l’aide de listes dynamiques et de Copilot, pour mesurer la perception des outils d’IA par les collaborateurs. Cowork affiche par ailleurs des « heures assistées » et une valeur estimée sur huit types de tâches, une méthode que Microsoft qualifie lui-même de prudente et qui n’a rien de comptable. C’est une bonne initiative : le nombre de prompts envoyés n’a jamais prouvé une quelconque valeur. Il faudra cependant résister à la tentation de mettre ces « heures gagnées » directement dans un business case présenté au comité de direction.
En résumé
Septembre 2026 marque une étape : Copilot n’est plus seulement un assistant dans les applications, il devient une plateforme d’agents, de connecteurs et de modèles, avec la gouvernance et la facturation que cela implique. La checklist du mois est courte mais urgente : autoriser *.cloud.microsoft, recréer les filtres Recall, dresser la liste des sites SharePoint de référence, encadrer la consommation des crédits Copilot Studio et revoir la politique de captation vocale sur mobile. Le reste peut attendre la réunion de comité IA, celle qu’on a déjà reportée deux fois.
Sans surprise, nous reviendrons sur tout ceci en synthèse lors du prochain Briefing Calipia. Et si vous n’avez jamais participé à cet événement, n’hésitez pas à vous joindre à nous pour la prochaine édition, vous pouvez y participer dans le cadre d’un plan de formation (nous disposons d’un numéro d’agrément).