« Personne n’utilise Copilot ? » : Microsoft contre-attaque, les chiffres résistent
Qui utilise vraiment Copilot ? Un salarié de Microsoft monte au créneau
Chez Microsoft, on a l’habitude de laisser passer les sarcasmes des réseaux sociaux sans répondre. Il faut dire que l’exercice est rarement gagnant. Mais la semaine dernière, l’annonce par Satya Nadella de la refonte complète de Copilot, présenté rien de moins que comme un nouveau système d’exploitation pour le travail, a changé la donne. Sous la publication du patron de Microsoft, un ingénieur en relations développeurs a posé la question qui fâche : est-ce que quelqu’un utilise vraiment Copilot ? Le commentaire a dépassé les 200 000 vues. Et, fait rare, quelqu’un à Redmond a décidé de répondre sérieusement.
Nicolas Bustamante et la théorie de la bulle
Le contradicteur s’appelle Nicolas Bustamante. Il a rejoint Microsoft en avril 2026, lorsque l’éditeur a racheté Fintool, sa startup d’IA spécialisée dans la recherche financière (nous vous en parlions sur le Blog). Il dirige aujourd’hui une équipe chargée de concevoir des agents proactifs capables de travailler en arrière-plan et d’anticiper les besoins de l’utilisateur. Une description qui ressemble trait pour trait au discours de lancement d’Autopilot, la nouvelle brique agentique de Copilot. Le hasard fait bien les choses.
Sa réponse tient en un argument : oui, Copilot est utilisé, mais pas par ceux qui s’expriment sur X. Il reconnaît volontiers qu’avant d’entrer chez Microsoft, il ne connaissait qu’une poignée de personnes utilisant l’outil. Il vivait alors dans la bulle technologique de San Francisco, entouré de salariés de structures de moins de 5 000 personnes. Selon lui, les grandes organisations ont des besoins radicalement différents : exploiter leurs données existantes, respecter des exigences de confidentialité et de conformité souvent réparties sur plusieurs pays, et composer avec les contraintes des secteurs régulés et des administrations. C’est précisément sur ce terrain que Copilot ferait la différence. À l’appui, il avance le chiffre de plus de 30 millions de licences payantes pour Microsoft 365 Copilot.
L’argument n’est pas absurde, et nos lecteurs DSI le reconnaîtront sans peine. Microsoft ne vend pas le chatbot le plus brillant du marché. Il vend un chatbot adossé à Entra ID, aux permissions SharePoint, à Purview et à Microsoft Graph. Pour le service juridique d’une banque, cette intégration pèse nettement plus lourd que le dernier modèle à la mode. Bustamante précise d’ailleurs son propre usage quotidien : Copilot CLI pour le code, avec accès aux modèles de Google, OpenAI, xAI et Anthropic, et Copilot Cowork pour le reste. Un aveu intéressant en soi : Microsoft a manifestement renoncé à affirmer que son modèle est le meilleur. Le message est désormais « choisissez le modèle que vous voulez, nous fournissons l’enveloppe ». Précisons tout de même que l’accès aux modèles dépend du plan souscrit et des politiques de l’organisation : tous les utilisateurs ne disposent pas de ce buffet à volonté.
Une licence n’est pas un usage
C’est ici que la démonstration se fragilise. Le chiffre de 30 millions de sièges payants a bien été confirmé lors de la publication des résultats trimestriels de juillet. Jared Spataro, directeur marketing de la division AI at Work, a précisé dans la foulée que les ajouts nets de sièges avaient plus que doublé d’un trimestre à l’autre, et que l’engagement hebdomadaire moyen avec Copilot était désormais comparable à celui d’Outlook et de Teams.
Mais tout gestionnaire de parc logiciel le sait : un siège payé mesure une décision d’achat, pas une adoption. Il indique qu’une entreprise a signé, pas que le collaborateur concerné ouvre l’outil chaque semaine, ni même qu’il sait où se trouve le bouton. Les réponses sous la publication de Bustamante l’ont d’ailleurs rappelé avec une certaine gourmandise. Un internaute demande si son siège, payé par son employeur mais jamais utilisé, fait partie des 30 millions. Un autre estime que Copilot est « utilisé » uniquement parce qu’il est incrusté dans Office. Un troisième, travaillant dans des structures de 50 à 100 salariés, affirme n’avoir jamais vu personne s’en servir réellement.
La comparaison la plus cinglante résume pourtant bien la situation : Copilot serait le Teams de l’IA, un outil que l’on utilise parce que l’employeur l’a inclus dans un contrat d’entreprise global, pas parce qu’on l’a choisi. Toléré plutôt qu’aimé, en somme.
Ce que disent les données indépendantes
Ces réactions restent des opinions individuelles, tout comme celle de Bustamante. Les chiffres disponibles sont en revanche plus parlants. En juillet, Windows Latest relayait un rapport sectoriel publié par Fortune selon lequel moins de 4,5 % des quelque 450 millions de clients commerciaux de Microsoft 365 payaient pour Copilot après trois ans de commercialisation. Parmi ces clients payants, seuls 20 à 30 % l’ouvriraient chaque semaine. Faites le calcul : l’usage hebdomadaire réel de la version payante tourne autour de 1 % de la base installée.
Un point de rigueur s’impose toutefois. Le rapport de Fortune date de fin mai, les 30 millions de sièges ont été annoncés fin juillet. Or 30 millions rapportés à 450 millions donnent environ 6,7 %, ce qui suggère une vraie progression entre les deux périodes. Les deux camps brandissent donc des chiffres de nature et de date différentes, ce qui permet à chacun d’avoir raison dans son coin. C’est pratique pour les débats sur X, moins pour une DSI qui doit arbitrer un budget.
Il faut aussi distinguer les offres, car la confusion alimente le débat. Copilot Chat, inclus sans surcoût dans les abonnements Microsoft 365 éligibles, est largement utilisé, justement parce qu’il est gratuit et s’affiche par défaut. Mais il ne raisonne que sur le web et les fichiers téléversés. La licence Microsoft 365 Copilot, elle, donne accès aux données de travail via Graph (courriels, réunions, conversations, fichiers), aux agents Researcher et Analyst, et à Copilot Studio. Son prix : 30 dollars par utilisateur et par mois en entreprise, environ 21 dollars pour les structures de moins de 300 postes depuis la fin des promotions. Le tout en plus d’un abonnement de base lui-même en hausse, Business Standard passant de 12,50 à 14 dollars. Autrement dit, on dépasse allègrement les 35 dollars mensuels par utilisateur. À ce tarif, un siège inutilisé n’est plus un détail comptable.
Un déficit de crédibilité construit patiemment
Si la moitié de X est persuadée que personne n’utilise Copilot, Microsoft y est pour beaucoup. Sur Windows, l’assistant a changé de forme à un rythme difficile à suivre : panneau latéral, puis application native WinUI, puis en avril une version embarquant une copie complète de Microsoft Edge, dont la consommation mémoire au repos est passée de moins de 100 Mo à près de 1 Go. En 2025, Copilot a été injecté dans tous les recoins de Windows 11, avant que l’éditeur ne fasse machine arrière en 2026 en le retirant du Bloc-notes, de l’Outil Capture et d’autres applications, sous la pression des critiques regroupées sous le sobriquet peu flatteur de « Microslop ».
La marque elle-même n’a pas aidé. Office est devenu Microsoft 365, puis Microsoft 365 Copilot, puis Microsoft Copilot, et la fusion des comptes sociaux Copilot et Microsoft 365 Copilot est intervenue la veille même de l’annonce de Nadella. Un utilisateur qui n’a croisé Copilot que sous la forme d’un bouton flottant indésirable dans Word ou d’une application gourmande en RAM n’aura évidemment pas le même avis qu’un collaborateur qui l’utilise pour interroger les documents de son entreprise avec les bonnes permissions.
Le pari du nouveau Copilot
Microsoft semble avoir compris qu’il fallait donner une vraie raison d’ouvrir l’application. Le nouveau Copilot se structure autour de trois espaces. Home fusionne Chat et Cowork. Code permet de créer de petites applications en langage naturel. Autopilot continue de travailler une fois l’utilisateur déconnecté. Word, Excel et PowerPoint trouvent également leur place au sein de l’application Copilot. C’est une ambition bien plus large que celle de l’assistant longtemps moqué comme un Clippy 2.0 🙂
Ce qu’il faut en retenir côté DSI
Au fond, les deux camps ont partiellement raison. Bustamante a raison sur un point essentiel : la valeur de Copilot en entreprise tient moins au modèle qu’à l’intégration avec l’identité, les permissions et la conformité. Mais cette valeur a une condition : des permissions propres. Un Copilot branché sur Graph dans un tenant où le partage excessif règne en maître devient surtout un moteur de recherche redoutablement efficace pour trouver ce que l’on n’aurait jamais dû voir. Le chantier de gouvernance (étiquettes de sensibilité, revue des accès SharePoint, politiques Purview) reste le prérequis que beaucoup découvrent après avoir signé.
Les critiques, eux, ont raison sur la métrique. Le nombre de licences est un indicateur commercial, pas un indicateur de transformation. Microsoft le reconnaît d’ailleurs implicitement dans son propre billet de juillet, en expliquant que les organisations qui tirent le plus de valeur de Copilot sont celles qui l’adaptent aux métiers plutôt que de distribuer le même outil à tout le monde en espérant que la magie opère.
Pour les DSI, la conclusion est pragmatique : mesurer l’usage réel dans les rapports d’administration et le tableau de bord Copilot, réaffecter les licences dormantes, cibler les populations qui en tirent un bénéfice mesurable, et considérer l’arrivée des modèles tiers, comme Claude, avec la vigilance qui s’impose sur la localisation des traitements. Car si la bulle de San Francisco existe bel et bien, celle des licences inutilisées aussi. Et c’est elle qui apparaît sur la facture.
Nous reviendrons sur ce sujet dans le cadre de notre prochain Briefing Calipia qui aura lieu en décembre 2026 avec une session dédiée à Copilot et ses retours d’expériences. Inscrivez-vous dès maintenant 👉