Robotaxi Tesla : la promesse ralentit, le kilométrage aussi…

Un an après le lancement du service à Austin, Tesla continue de vendre le robotaxi comme la prochaine révolution de la mobilité. Les chiffres publiés à l’occasion des résultats trimestriels racontent une histoire nettement moins enthousiasmante, et c’est peut être là que le bât blesse pour une entreprise qui a bâti une bonne partie de sa valorisation boursière sur cette promesse.

Un kilométrage qui stagne, voire recule

Au premier trimestre 2026, la flotte de robotaxis Tesla a parcouru environ 1,1 million de miles payants. Au deuxième trimestre, ce chiffre est retombé autour de 700 000 miles, soit un recul d’environ 36 %, alors même que le service s’était étendu à de nouvelles villes. D’autres analyses situent le kilométrage du T2 plutôt autour de 900 000 miles, c’est-à-dire quasiment stable par rapport au T1, avec un rythme mensuel passé d’environ 500 000 miles en avril à 200 000 en juin. Selon la lecture retenue, Tesla est donc soit en recul, soit à l’arrêt. Ce qui est certain, c’est que la flotte de véhicules actifs en conduite non supervisée tourne autour de 21 exemplaires, un chiffre qui a même diminué depuis le printemps malgré l’ouverture de nouveaux marchés

Sur le cumul depuis le lancement, Tesla revendique 2,5 millions de miles parcourus par des clients payants, dont seulement 380 000 miles réellement sans superviseur à bord. Un détail qui a son importance quand on sait que la communication de l’entreprise met en avant le total cumulé, une courbe qui monte forcément puisqu’elle ne redescend jamais, plutôt que la dynamique trimestrielle réelle 🙂

Le grand écart avec Waymo

La comparaison avec Waymo, la filiale d’Alphabet, est cruelle. Fin mars 2026, Waymo avait dépassé les 220 millions de miles en conduite totalement autonome, après avoir doublé son kilométrage sans chauffeur à 100 millions de miles en environ six mois durant 2025. L’entreprise opère désormais dans dix villes et vise plus d’un million de courses par semaine d’ici la fin de l’année. Tesla, de son côté, en est encore à discuter de flottes à deux chiffres. 

Des promesses qui ne tiennent pas la route, ville par ville

Dans son rapport aux investisseurs de janvier, Tesla s’était engagé à étendre le service à sept grandes métropoles (Dallas, Houston, Phoenix, Miami, Orlando, Tampa et Las Vegas) avant fin juin. À l’échéance, seules trois de ces villes étaient réellement opérationnelles, Houston et Miami se limitant à des quartiers résidentiels périphériques. Plus révélateur encore, le narratif officiel a discrètement changé de ton. Avant le lancement d’Austin, Musk présentait la technologie Tesla comme une solution universelle capable de fonctionner partout, par opposition à l’approche prudente et méthodique de Waymo, ville par ville. Lors de la dernière conférence de résultats, Lars Moravy, vice-président ingénierie véhicules chez Tesla, a admis que les situations réglementaires diffèrent d’une ville à l’autre et que le déploiement se fait précisément ville par ville. Autrement dit, Tesla a fini par adopter la méthode qu’elle moquait il y a un an. 

Ce revirement s’inscrit dans une longue série. Musk promettait des robotaxis sans chauffeur dès 2019, puis 2020, puis un million de véhicules autonomes en 2025, puis un accès pour la moitié de la population américaine avant la fin de l’année dernière. Aucune de ces échéances n’a été tenue.

La sécurité, une boîte noire longtemps verrouillée

Pendant des mois, Tesla a caviardé la quasi totalité des rapports d’incidents transmis à la NHTSA, le régulateur américain de la sécurité routière. La levée partielle de ces redactions a permis de documenter dix sept incidents distincts entre juillet 2025 et mars 2026, impliquant tous une Model Y avec le système de conduite automatisée engagé et un superviseur à bord. La majorité relève de tiers responsables (véhicules percutant l’arrière du robotaxi à l’arrêt), mais certains cas interrogent davantage : un opérateur à distance a fait grimper un véhicule sur un trottoir jusqu’à percuter une clôture métallique, un autre a heurté une barrière de chantier à environ 9 mph, et un troisième a percuté une souche d’arbre cachée alors qu’un téléopérateur tentait de dégager le véhicule d’une impasse. Une analyse de Fortune, rapportant les propres statistiques de sécurité de Tesla, évalue le taux d’accident des robotaxis à un niveau nettement supérieur à celui d’un conducteur humain moyen sur un kilométrage comparable. Par ailleurs, la NHTSA a ouvert une enquête distincte sur des retards dans la transmission des rapports d’incidents, un point qui ne plaide pas franchement pour la transparence de l’entreprise.

Sur le plan technique, Tesla continue de défendre son approche tout caméra, sans lidar ni cartographie détaillée, quand la quasi totalité de ses concurrents combinent plusieurs capteurs. Le pari reste entier : peut on atteindre la fiabilité nécessaire à un service commercial de transport de personnes avec des caméras seules.

Le marché sanctionne

Les investisseurs n’ont pas franchement salué la publication de ces chiffres. L’action Tesla a chuté de plus de 12 % le 23 juillet, effaçant plus de 140 milliards de dollars de capitalisation boursière, dans un contexte de résultats trimestriels décevants (bénéfice par action ajusté de 0,33 dollar contre 0,53 attendu, trésorerie disponible négative à 1,09 milliard de dollars, et dépenses d’investissement en hausse de 142 % à 5,79 milliards). Interrogé sur la lenteur du déploiement, Musk a justifié le rythme par la nécessité d’accumuler des données de conduite spécifiques au futur Cybercab avant de pouvoir en déployer un grand nombre, un argument qui laisse ouverte la question de savoir pourquoi ce point n’avait pas été anticipé plus tôt. 

Ce que cela nous dit

Au delà du feuilleton Tesla, cette séquence illustre un piège classique dans l’évaluation d’une technologie émergente porteuse de forte communication : la courbe cumulée masque toujours la dynamique réelle. Un graphique qui ne fait que monter donne une impression de progression continue, même quand l’activité trimestrielle stagne ou recule. C’est un réflexe à garder en tête chaque fois qu’un éditeur ou un partenaire présente des indicateurs d’adoption, que ce soit pour un service d’IA générative, une migration cloud ou tout projet à forte visibilité médiatique. Exiger des métriques désaisonnalisées, comparables d’un trimestre à l’autre, et documentées de façon indépendante reste le meilleur antidote au storytelling.

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