Google Cloud explose, Alphabet vacille : anatomie d’un trimestre à double tranchant

Google Cloud à 82 % de croissance : la victoire qui coûte cher à Alphabet

Un trimestre à 82 % de croissance, cela ne s’invente pas. C’est pourtant ce qu’affiche Google Cloud pour la période close le 30 juin 2026, une accélération de près de vingt points par rapport au trimestre précédent et de près de cinquante points sur un an. De quoi faire pâlir n’importe quel directeur commercial. Mais derrière cette performance spectaculaire, Alphabet vient de vivre une expérience à laquelle son actionnariat n’était pas habitué : brûler du cash. Un comble pour une entreprise qui, depuis sa fondation, s’apparente à une machine à imprimer des billets 🙂

Une locomotive cloud dopée aux puces IA

Le chiffre d’affaires de Google Cloud atteint 24,8 milliards de dollars sur le trimestre, contre 13,6 milliards un an plus tôt. La demande pour les services d’IA explique l’essentiel de cette dynamique, mais ce trimestre marque une inflexion notable : Google a commencé à comptabiliser des revenus issus de la vente de ses systèmes TPU, ses propres puces conçues pour l’entraînement et l’inférence des modèles. Un signal intéressant pour les architectes qui suivaient jusqu’ici la bataille GPU Nvidia contre alternatives maison plutôt de loin. La marge opérationnelle du cloud a d’ailleurs plus que doublé sur un an, passant d’environ 21 % à 35,6 %, et le carnet de commandes atteint désormais 514 milliards de dollars, contre 460 milliards au trimestre précédent. Autrement dit, la demande dépasse largement la capacité de production actuelle, ce qui, en creux, explique pourquoi les dépenses d’infrastructure s’envolent.

Le revers de la médaille : Alphabet brûle du cash

C’est là que le tableau se corse. Les dépenses d’investissement (capex) ont atteint environ 45 milliards de dollars sur le trimestre, contre 39 milliards de dollars générés par les activités opérationnelles. Résultat, un flux de trésorerie disponible négatif, une première pour la maison mère de Google en tant qu’entreprise cotée. La directrice financière Anat Ashkenazi a prévenu les analystes que cette pression sur la trésorerie allait perdurer, ce qui laisse peu de doute sur le fait que ce trimestre ne sera pas isolé. Elle a par ailleurs relevé la prévision de capex pour 2026 à une fourchette de 195 à 205 milliards de dollars, contre 180 à 190 milliards annoncés précédemment. C’est la deuxième révision à la hausse en deux trimestres. Pour financer cet appétit, Alphabet a d’ailleurs levé 49,6 milliards de dollars en actions en juin, complétés par 20,3 milliards de dollars d’obligations senior non garanties. Un hyperscaler qui va sur les marchés de capitaux pour financer ses data centers, voilà qui aurait semblé incongru il y a encore deux ans.

Les analystes de S&P Global Market Intelligence anticipent environ 212 milliards de dollars de flux de trésorerie opérationnel pour l’année entière, ce qui laisserait un flux de trésorerie disponible aussi maigre que quelques milliards de dollars sur douze mois, contre des dizaines de milliards habituellement. Sans surprise, le marché a sanctionné l’annonce, le titre reculant d’environ 4 % dans les échanges après clôture.

La pression se lit aussi sur les marges et les effectifs

Les effectifs d’Alphabet ont atteint un niveau record, en hausse de 4 % depuis le début de l’année, et la marge opérationnelle du groupe s’est contractée de deux points par rapport au trimestre précédent, autour de 34 %. Sur les deux dernières années, cette marge n’a que très peu progressé malgré l’amélioration sensible des marges du cloud et de la publicité. Une des explications tient aux coûts croissants de Google DeepMind, le laboratoire de recherche en IA du groupe, comptabilisé comme un centre de coûts distinct des activités commerciales. Pour un DSI habitué à arbitrer des budgets R&D face à des directions financières impatientes, ce cas d’école mérite d’être suivi de près : même un géant du numérique peine à absorber le coût de la course à l’IA générale sans diluer sa rentabilité globale.

La publicité de recherche, toujours la vache à lait

Bonne nouvelle néanmoins, la publicité liée à la recherche reste solide, avec une croissance de 17 % sur le trimestre, certes en léger retrait par rapport aux 19 % du trimestre précédent. Google déploie de nouveaux formats publicitaires dans son mode IA de recherche, un chantier à surveiller pour évaluer si l’IA générative cannibalise ou au contraire renforce le moteur publicitaire historique. Avec 63,3 milliards de dollars de revenus sur le trimestre, la recherche pèse encore plus de deux fois et demie le chiffre d’affaires du cloud. Malgré tout le bruit médiatique autour de l’IA, c’est bien la publicité qui continue de financer les ambitions cloud du groupe.

Ce que cela signifie pour les DSI

Pour les organisations qui pilotent une stratégie multicloud, ce trimestre confirme une tendance amorcée depuis plusieurs mois : Google Cloud accélère plus vite que ses deux rivaux directs, Azure ayant affiché une croissance de l’ordre de 40 % et AWS une croissance plus modeste sur la même période. Cette accélération, portée par la demande en infrastructure IA et désormais par la monétisation directe des TPU, pourrait renforcer la position de Google Cloud dans les appels d’offres où la performance des modèles et le coût par token deviennent des critères de sélection à part entière.

Mais ce trimestre est surtout un signal d’alerte sur l’économie globale du secteur. Si même Google, avec sa rente publicitaire, doit émettre de la dette et des actions pour financer ses data centers, la pression sur les prix de l’infrastructure cloud ne va pas se relâcher de sitôt. Pour les entreprises françaises engagées dans des négociations de contrats cloud pluriannuels, mieux vaut anticiper que cette course à l’armement capacitaire, chez les trois hyperscalers américains, se répercutera tôt ou tard sur les grilles tarifaires, ou à tout le moins sur la disponibilité des capacités les plus demandées, GPU et TPU en tête. La question de la souveraineté numérique européenne, déjà sur toutes les lèvres, n’en devient que plus pressante.

Article très complet pour aller plus loin sur CNBC : « Alphabet earnings takeaways: Q2 revenue beats, GOOGL stock sinks on 2026 capex hike », 22 juillet 2026. https://www.cnbc.com/2026/07/22/google-earnings-q2-goog-live-updates.html

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