Neutralité carbone de Microsoft en 2030 : c’est mal parti…
En 2020, Microsoft avait fait une promesse forte : devenir carbone négatif d’ici 2030, c’est à dire retirer de l’atmosphère plus de carbone qu’elle n’en émet. Six ans plus tard, à mi-parcours plus quatre ans, le constat publié dans son rapport de durabilité 2026 est sans appel : les émissions de l’entreprise ont bondi de 25 % sur l’exercice fiscal 2025 par rapport à l’année précédente. Autant dire que la trajectoire ne va pas dans le bon sens, et Microsoft ne s’en cache pas.
Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes
Sur l’exercice 2025, Microsoft a émis 34 millions de tonnes équivalent CO2. Une fois déduit le carbone que l’entreprise a payé pour faire retirer de l’atmosphère, le solde net tombe à 20 millions de tonnes, un volume comparable aux émissions totales d’un pays comme le Panama ou la Lituanie. Pas franchement le genre de comparaison qu’on aime voir dans un rapport RSE.
La cause principale est connue de tous les architectes qui suivent le sujet depuis deux ans : l’explosion des investissements dans les data centers dédiés à l’IA. La consommation électrique totale du groupe a grimpé de 24 % sur la période. Microsoft n’est d’ailleurs pas un cas isolé : Amazon a vu ses émissions progresser de 16 % et Google de 18 % sur la même période, preuve que l’ensemble des hyperscalers américains est confronté au même dilemme entre ambitions IA et ambitions climatiques.
Second facteur, plus technique mais tout aussi déterminant : Microsoft a choisi d’arrêter d’acheter des certificats d’énergie renouvelable non groupés (les fameux RECs à court terme), un mécanisme comptable qui permettait jusqu’ici de faire baisser artificiellement les émissions déclarées d’une année sur l’autre. Melanie Nakagawa, directrice du développement durable du groupe, justifie ce choix par une volonté de privilégier des investissements de long terme, plus structurants, plutôt qu’un habillage comptable annuel. Sur le papier, la démarche est plus honnête. Dans les faits, elle fait immédiatement gonfler les chiffres publiés, ce qui n’aide pas à vendre le narratif auprès des investisseurs ou des clients sensibles au sujet.
Ce que Microsoft met en avant
Le rapport ne se limite pas aux mauvaises nouvelles. Microsoft revendique plusieurs progrès réels sur l’exercice 2025 : une couverture de 100 % de sa consommation électrique mondiale par des énergies renouvelables (au global, pas heure par heure), un bilan hydrique positif pour la première fois avec plus d’eau restituée que prélevée, un taux de réemploi et de recyclage de 92 % des serveurs et composants en fin de vie pour la deuxième année consécutive, et un portefeuille d’accords d’achat d’électricité propre atteignant 40 gigawatts dans 26 pays, dont 19 gigawatts déjà en service. De quoi nuancer le tableau, sans pour autant faire oublier la tendance de fond.
Les zones d’ombre qui inquiètent les observateurs
CPlusieurs signaux, révélés ces derniers mois par la presse américaine, laissent penser que Microsoft pourrait revoir ses ambitions à la baisse sur certains engagements précis, même si l’entreprise dément officiellement tout renoncement à l’objectif 2030.
Premier signal : un accord signé avec Chevron pour la construction d’une centrale à gaz naturel de 2,67 gigawatts au Texas, destinée à alimenter en électricité dédiée un data center Microsoft pendant vingt ans. Nous vous en parlions sur le Blog. Difficile de faire plus éloigné du discours « carbone négatif » qu’un partenariat gazier de deux décennies.
Deuxième signal : Bloomberg a rapporté en mai que Microsoft envisagerait de revoir à la baisse son engagement historique à faire correspondre sa consommation électrique avec de l’énergie décarbonée en continu, heure par heure, d’ici 2030. Interrogée directement sur ce point par GeekWire, Nakagawa a botté en touche, se contentant d’évoquer des « opportunités autour de l’électricité décarbonée » sans confirmer le maintien de la promesse initiale.
Troisième signal : le New York Times affirmait en avril que Microsoft avait mis en pause ses achats de crédits de captation carbone, alors que l’entreprise était jusque là le principal acheteur mondial sur ce marché. Là encore, la dirigeante assure qu’aucun projet n’a été annulé, mais reconnaît que chaque nouvel accord fait désormais l’objet d’un examen plus strict. De quoi plaire peut-être aussi à l’administration Trump…
Pourquoi cela concerne directement les DSI
Pour un directeur des systèmes d’information, ce rapport n’est pas qu’une affaire de communication RSE. Il éclaire trois points concrets à intégrer dans une stratégie IA d’entreprise. D’abord, l’empreinte carbone des workloads IA hébergés chez Microsoft (Copilot, Azure OpenAI, Fabric) va continuer à croître tant que la demande explose, ce qui peut peser sur les propres bilans carbone des entreprises clientes. Ensuite, les engagements « verts » affichés par les hyperscalers dans les appels d’offres méritent d’être challengés avec des questions précises : quelle part de l’électricité est réellement décarbonée en continu, et non simplement compensée sur l’année ? Enfin, cette tension entre croissance de l’IA et objectifs climat est structurelle et touche tous les grands fournisseurs cloud, pas seulement Microsoft : elle doit désormais faire partie des critères de sélection d’un partenaire cloud, au même titre que la sécurité ou la souveraineté des données.
En résumé
Microsoft n’a pas renoncé officiellement à son objectif de neutralité carbone négative pour 2030, et le groupe met en avant de vrais progrès sur l’eau, le recyclage et les achats d’énergie propre. Mais avec une hausse de 25 % des émissions en un an, portée par la ruée vers l’IA, et plusieurs signaux de recul sur des engagements clés, la trajectoire vers 2030 s’annonce nettement plus escarpée que prévu. Il reste quatre exercices fiscaux à Microsoft pour inverser une tendance qui, pour l’instant, va clairement dans le mauvais sens…