Sundar Pichai chez The Verge : Google Search ne mourra pas, il mute :)

Dans une longue interview accordée au podcast Decoder de The Verge, Sundar Pichai, CEO de Google et d’Alphabet, a livré une des déclarations les plus directes de ces dernières années sur l’avenir de la recherche, des agents IA et même de Chrome. Le tout avec la sérénité d’un homme qui sait que son empire tremble un peu, mais qui tient bon la barre.

« L’IA sera plus grande qu’Internet. » 

La formule est frappante, et Pichai l’assume pleinement. Selon lui, nous entrons dans une nouvelle phase du basculement vers les plateformes IA : une phase où davantage d’acteurs pourront créer des produits grâce à l’IA, où des catégories entières de services encore inexistants vont émerger, et où le coût de l’intelligence artificielle va continuer à chuter de façon spectaculaire. À titre de repère, il cite une réduction de 97 % du coût de génération de tokens en dix-huit mois. Une intelligence bientôt « trop bon marché pour être mesurée », dit-il.

Pour les DSI qui gèrent des budgets cloud et des coûts d’usage IA en forte croissance, ce chiffre mérite d’être retenu. Ce n’est pas de la rhétorique : c’est un signal de fond sur la direction des marchés.

La recherche se transforme, le web en tremblerait presque. 

L’AI Mode, fonctionnalité annoncée en mai 2025 et désormais disponible à tous les utilisateurs (américains…) de Google Search, génère des pages de résultats personnalisées, incluant des graphiques interactifs, des synthèses contextuelles et des réponses multimodales. Pichai confirme que cette fonctionnalité a vocation à s’intégrer progressivement dans l’expérience de recherche centrale, au-delà du mode spécifique actuel. En d’autres termes, ce n’est pas un gadget en silo : c’est la nouvelle norme qui se met en place.

Les éditeurs de contenus en ligne, eux, ne partagent pas l’enthousiasme. Les associations de presse américaines accusent Google de « voler » leurs contenus via les résumés IA, réduisant d’autant le trafic organique vers leurs sites. Pichai répond que Google cite ses sources dans AI Mode et que le trafic vers les sites web est en croissance. Un argument confortable, difficile à vérifier dans le détail, et que beaucoup d’éditeurs contestent avec données à l’appui.

Le web comme base de données pour agents IA. 

Pichai évoque une vision du web qui ressemble davantage à un backend silencieux qu’à un espace de consultation humain. Il compare la transformation actuelle à l’évolution de la restauration, qui a su combiner le service en salle avec la livraison à domicile. De la même façon, les services web pourraient dans un futur proche proposer deux modes d’interaction : une interface traditionnelle pour les humains, et des canaux d’information structurés pour les agents IA. Certaines entreprises pourraient même se spécialiser exclusivement dans des interactions pilotées par des agents, sans aucune interface utilisateur classique.

Pour les architectes qui réfléchissent à l’exposition de leurs API et à la gouvernance des données, cette bascule n’est pas abstraite. Elle impose de penser l’architecture des systèmes d’information en tenant compte d’un nouveau type de client : l’agent.

Chrome à vendre ? Pas si vite. 

La question du procès antitrust du Department of Justice américain a inévitablement été posée. Le DOJ réclame notamment la cession de Chrome, estimant que le navigateur constitue un levier de domination sur le marché de la recherche, renforcé par des accords de distribution exclusifs avec Apple et d’autres constructeurs. Pichai défend la position de Google : Chrome est un produit ouvert, son code est accessible, et sa cession forcée nuirait à l’innovation. On peut comprendre l’argument, tout en notant que Google n’a guère intérêt à se séparer de l’une des portes d’entrée les plus utilisées au monde vers son propre moteur.

Ni Trump, ni personne ne touchera à l’algorithme. 

Sur la question politique, Pichai a été catégorique : les classements de Search et les réponses de l’AI Mode ne seront pas modifiés pour favoriser des intérêts politiques. « Notre méthode de classement est sacro-sainte. Nous la perfectionnons depuis plus de vingt-cinq ans. » La formule sonne bien. Et dans le climat actuel de tension entre les grandes plateformes technologiques et certains gouvernements, la précision n’était pas inutile.

Les lunettes AR et la robotique : les prochains horizons. 

Pichai considère les lunettes à réalité augmentée comme un vecteur clé du prochain basculement de plateforme, à l’instar de ce que représentait le smartphone dans les années 2010. Google a annoncé en mai 2025 des lunettes Android XR développées conjointement avec XREAL et Samsung. Millions d’utilisateurs potentiels dès 2026, mais adoption grand public encore incertaine, nuance-t-il lui-même. Par ailleurs, il pointe la convergence entre IA et robotique comme le prochain tournant majeur : quand les capacités d’auto-amélioration de l’IA rencontreront le monde physique, l’impact pourrait être comparable à ce qu’AlphaGo a représenté pour le jeu de go.

Ce que cela signifie pour les DSI. 

L’interview de Pichai dessine une trajectoire cohérente, même si certaines réponses restent habiles plutôt que vraiment transparentes. La recherche devient agentique, le web se restructure autour des agents IA, les coûts d’inférence continuent de baisser, et les grandes plateformes se transforment en orchestrateurs de tâches plutôt qu’en moteurs d’indexation. Pour les directions informatiques, cela implique de reposer dès maintenant des questions fondamentales : comment nos actifs numériques sont-ils consommés par les agents IA ? Comment nos fournisseurs SaaS intègrent-ils ces nouvelles modalités ? Et dans quelle mesure notre stratégie de données est-elle prête pour un monde où l’agent est le premier utilisateur ?

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