Microsoft fait le ménage dans ses Copilots : trop c’est trop…
Il y a quelques années, Microsoft a contracté une fièvre assez spectaculaire. Après avoir sécurisé les droits d’usage de la technologie OpenAI, la firme de Redmond s’est mise à greffer un Copilot sur à peu près tout ce qu’elle touchait : Office, Bing, Power BI, Dynamics, Windows, Xbox… L’ambition était claire : faire de l’IA générative le fil conducteur de l’ensemble du portefeuille produit. Le résultat, en revanche, s’est avéré plus discutable.
Car à vouloir mettre un assistant partout, Microsoft a surtout réussi à semer la confusion. Le commentateur tech Tey Bannerman a eu la bonne idée, ou la mauvaise selon l’angle, de recenser les produits Copilot distincts. Son compte final : 81. Certes, ce chiffre est discutable, car certains Copilots identiques y apparaissent plusieurs fois en fonction des paliers de tarification. Mais même en appliquant une décote généreuse, le nombre reste édifiant. Ce décompte a d’ailleurs connu une petite vie virale sur les réseaux, et selon deux employés de Microsoft, il a aussi circulé en interne avec une certaine gêne.
Un repli stratégique, pas une retraite
Microsoft est maintenant en train de corriger le tir. Le signal le plus récent est venu d’Asha Sharma, PDG Xbox nouvellement nommée, qui a annoncé la mise en sommeil du Gaming Copilot, ce chatbot intégré aux applications mobiles et PC de la marque. Avant elle, en mars, Pavan Davuluri, qui supervise Windows, avait déjà engagé une réduction des « points d’entrée Copilot inutiles » dans Windows 11, notamment dans Photos, Widgets et Notepad. La formulation était soigneusement diplomatique, mais le fond était clair : les utilisateurs ont dit que ça ne leur servait à rien, et Microsoft a écouté.
Jacob Andreou, vice-président exécutif en charge du nouveau pôle Copilot unifié, a été encore plus direct dans un message posté sur X, depuis supprimé :
« Il est essentiel que nous retirions Copilot des endroits où il ne tient pas ses promesses. »
On appréciera la candeur, même posthume.
Ces retraits ne sont pas anodins sur le plan organisationnel. Satya Nadella a conduit en début d’année une réorganisation significative qui a fusionné les équipes Copilot grand public et entreprise en une seule entité, précisément pour éviter les doublons et la dispersion stratégique. C’est Andreou qui pilote désormais cette structure consolidée.
Ce que les clients ont vraiment voulu dire
Dans les faits, l’expérience Copilot dans les applications Microsoft se résume souvent à un panneau latéral affichant un assistant dans une boîte de texte. Ce dernier peut résumer une page web, expliquer des paramètres système ou copier des données d’une source en ligne vers Excel. Des fonctions qui, selon les cas, relèvent soit d’un vrai gain de temps, soit d’une sophistication inutile.
Les retours des clients sont tranchés. Les Copilots qui transcrivent et résument les réunions Teams, ou qui rédigent des emails, ont trouvé leur public. Les autres, ceux greffés sur des applications où personne ne les avait demandés, ont généré surtout de l’irritation. Les qualificatifs « inutile » et « fonctionnellement sans valeur » sont revenus dans plusieurs témoignages. Ce n’est pas exactement ce qu’on espère entendre quand on a misé aussi fort sur une technologie.
L’argument économique finit par s’imposer
Il y a aussi une logique financière à ce désengagement. Microsoft a indiqué lors de ses derniers résultats trimestriels que le coût d’exploitation de certains Copilots pesait sur les marges de certaines divisions. Maintenir des assistants IA actifs n’est pas gratuit, loin s’en faut, et quand ces assistants ne génèrent pas de revenus additionnels, ni de fidélisation, ni de valeur perçue, le calcul devient vite défavorable.
À l’inverse, les Copilots qui marchent sont ceux qui s’intègrent dans des workflows métier réels. Microsoft 365 Copilot, par exemple, a enregistré une hausse de 33 % du nombre d’utilisateurs payants lors du dernier trimestre. Ce produit, qui s’appuie notamment sur des modèles Anthropic, permet d’automatiser des tâches concrètes : organisation de réunions, génération de présentations PowerPoint, construction de modèles financiers dans Excel. C’est précisément le terrain sur lequel Nadella veut concentrer les efforts : les entreprises, les usages mesurables, la valeur justifiable.
Un mouvement de fond qui dépasse Microsoft
Ce recadrage n’est pas propre à Microsoft. OpenAI cherche elle aussi à consolider ses nombreux produits en une application unifiée, avec des ambitions de « super app » et la volonté d’éliminer les « projets secondaires » qui éparpillent les équipes et brouillent le message. Les résultats de cet effort restent, là encore, perfectibles.
On peut y voir un signe de maturité du marché. La phase d’euphorie, où il fallait greffer de l’IA partout pour signaler son engagement dans la révolution, cède progressivement la place à une phase de consolidation. Les directions informatiques, elles, n’ont jamais vraiment quitté cette posture : elles ont demandé dès le départ ce que ça apportait concrètement, et beaucoup n’ont pas obtenu de réponse satisfaisante. Microsoft semble enfin les entendre.
Nous reparlerons de tout cela lors du prochain Briefing Calipia en juin sans complaisance (il reste encore des places :))