Résultats financiers Microsoft, Amazon, Google : IA et cloud, les géants affichent une forme olympique… pour l’instant

Jusqu’ici tout va bien…

Il y a une scène célèbre dans La Haine, le film de Mathieu Kassovitz : un homme tombe d’un immeuble très haut et, à chaque étage, se répète à lui-même « jusqu’ici tout va bien. » C’est un peu l’image qui vient à l’esprit après la salve de publications financières de cette dernière semaine d’avril 2026. Microsoft, Amazon et Alphabet ont livré des résultats qui dépassent toutes les attentes des analystes, dopés par l’intelligence artificielle et les infrastructures cloud. Les marchés applaudissent, les actionnaires se frottent les mains, et les DSI, eux, regardent leurs budgets avec une légère sueur froide. Mais jusqu’ici tout va bien.

Microsoft : l’IA devient une activité à 37 milliards de dollars

Microsoft a publié mercredi ses résultats pour le troisième trimestre de son exercice fiscal 2026, terminé le 31 mars. Le chiffre d’affaires ressort à 82,9 milliards de dollars, en hausse de 18% sur un an. Le résultat opérationnel atteint 38,4 milliards (+20%) et le bénéfice net grimpe à 31,8 milliards de dollars, soit +23% en base GAAP. Le bénéfice par action dilué s’établit à 4,27 dollars, lui aussi en progression de 23%.

Ce qui retient surtout l’attention, c’est l’annonce de Satya Nadella : le chiffre d’affaires annualisé de l’activité IA de Microsoft a désormais dépassé les 37 milliards de dollars, en croissance de 123% sur un an. En d’autres termes, Microsoft ne vend plus seulement du cloud, il vend de l’IA industrialisée à grande échelle, et les entreprises achètent. Le segment Intelligent Cloud affiche 34,7 milliards de dollars de revenus (+30%), Azure progressant de 40% (39% en devises constantes), porté par la demande en infrastructure cloud et en charges de travail IA. Le segment Productivity and Business Processes pèse 35 milliards (+17%), avec Microsoft 365 Commercial cloud à +19% et Dynamics 365 à +22%. 

La seule ombre au tableau reste le segment More Personal Computing, en recul de 1% à 13,2 milliards, avec Windows OEM en baisse de 2% et Xbox en repli de 5%. La recherche publicitaire, en revanche, tire son épingle du jeu avec +12% hors coûts d’acquisition.

Sur le plan stratégique, Satya Nadella a également abordé la renégociation de l’accord avec OpenAI, devenu non exclusif. Sa position est pragmatique : Microsoft conserve un accès gratuit aux modèles frontier d’OpenAI jusqu’en 2032, OpenAI reste un client significatif pour son infrastructure de calcul, et Microsoft détient des participations au capital. Un partenariat recadré, mais toujours structurant.

Amazon : AWS à son rythme de croissance le plus élevé en quinze trimestres

Amazon a de son côté publié des résultats qui ont largement battu les prévisions des analystes. Le chiffre d’affaires total atteint 181,5 milliards de dollars (+17% en glissement annuel), tandis qu’AWS enregistre sa croissance la plus rapide en quinze trimestres à +28%, avec des revenus de 37,6 milliards. Le résultat net ressort à 30,3 milliards de dollars, contre 17,1 milliards au premier trimestre 2025. 

La publicité affiche une progression de 24% à 17,24 milliards de dollars, dépassant les attentes du marché. Sur la plateforme Bedrock, Amazon indique que plus de tokens ont été traités au premier trimestre 2026 que sur toutes les années précédentes cumulées, avec une dépense des clients en hausse de 170% d’un trimestre sur l’autre. Le CEO Andy Jassy a également signalé que l’activité puces d’Amazon (Graviton, Trainium, Nitro) a désormais dépassé un rythme annualisé de 20 milliards de dollars, en croissance à trois chiffres. CNBCYahoo Finance

Mais il y a un revers de médaille qui mérite attention : les dépenses d’investissement ont atteint 44,2 milliards de dollars sur le trimestre, contre 25 milliards un an auparavant. Le free cash flow sur douze mois glissants est tombé à 1,2 milliard de dollars. Amazon a par ailleurs annoncé vouloir dépenser 200 milliards de dollars en CapEx sur l’année 2026 pour ses infrastructures IA, data centers, puces, robotique et satellites en orbite basse. On investit pour l’avenir. Jusqu’ici tout va bien. 

Alphabet/Google : le cloud explose, la search résiste, les profits doublent

Alphabet complète ce tableau de chasse avec des résultats qui ont stupéfait les marchés. Le chiffre d’affaires du groupe s’élève à 109,9 milliards de dollars (+22%), tandis que Google Cloud enregistre une croissance de 63% à 20,03 milliards de dollars. Le backlog Cloud a quasiment doublé d’un trimestre sur l’autre pour dépasser 460 milliards de dollars. 

Le résultat opérationnel consolidé progresse de 30% à 39,7 milliards de dollars, avec une marge opérationnelle en amélioration à 36,1%. La Search reste solide avec +19% de revenus à 60,4 milliards, tandis que YouTube affiche 9,9 milliards (+11%), légèrement en deçà des attentes. Le bénéfice net affiché ressort à 62,6 milliards de dollars, gonflé par une plus-value de 36,9 milliards sur des titres de participation. Le BPA dilué de 5,11 dollars dépasse de 91% les prévisions des analystes. 

Sundar Pichai parle d' »un début d’année 2026 formidable » et d’une approche « full stack » de l’IA qui dynamise l’ensemble des activités. Alphabet a par ailleurs guidé des dépenses d’investissement 2026 dans une fourchette de 175 à 185 milliards de dollars. Là encore, l’argent coule à flots vers les GPU, les data centers et les TPU maison. 

l’IA, machine à cash ou machine à brûler du capital ?

Prenons un peu de hauteur, justement pour ne pas reproduire l’erreur de l’homme qui tombe. En cumulant Microsoft, Amazon et Alphabet, on parle de plus de 120 milliards de dollars de dépenses d’investissement pour ce seul premier trimestre 2026. Ces sommes vont majoritairement vers les infrastructures IA : GPU Nvidia, puces maison, data centers, réseaux haute densité. Si l’on ajoute Meta, qui a aussi publié des résultats excellents cette semaine, les quatre hyperscalers ont collectivement investi des montants que peu d’États du G20 consacrent à leurs budgets numériques en une décennie.

La question que tout DSI devrait se poser n’est pas « est-ce que les Big Tech gagnent de l’argent avec l’IA ? » La réponse est oui, clairement. La vraie question est :

« Ces investissements colossaux vont-ils générer des rendements proportionnels, ou observe-t-on les prémices d’une bulle sectorielle ? »

Les signaux d’alerte ne manquent pas : free cash flow en recul chez Amazon, valorisations stratosphériques, dépendance croissante aux contrats cloud pluriannuels dont la valorisation est flatteuse (le backlog ne se traduit pas toujours en revenus à la hauteur annoncée), et une concurrence des acteurs open source qui pourrait éroder les marges sur les services d’inférence IA.

Pour l’heure, les chiffres sont impeccables, les marchés valident, et chaque trimestre apporte son lot de records. La bulle de l’IA, si elle doit éclater un jour, n’est pas pour aujourd’hui. Jusqu’ici tout va bien. La vraie sagesse, comme dans le film, est de ne pas oublier qu’on est en train de tomber.

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