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GAFA : L’Allemagne pourrait torpiller une initiative « intéressante » de l’UE sur la taxation des profits des géants de l’Internet

GAFA logoL’Allemagne avait accueilli avec réserve la proposition de la Commission européenne de fixer à 3% le taux de la taxe transitoire sur le chiffre d’affaires imposée aux géants d’internet, que sont les GAFA, GAFAM (avec Microsoft), les BATX (en Asie) ou les NATU, en attendant une réforme fiscale en profondeur.

Cette mesure pourtant assez prudente, voire timorée compte tenu du fait que ces entreprises ne payent en Europe que des impôts basés sur 8,5% à 10,1% de leurs profits, alors qu’il oscille entre 20,9% et 23,2% pour les sociétés qui déclarent tous leurs bénéfices en Europe (en fait 33% pour une PME Française, mais bon…). Et même si cet exercice dit d’optimisation fiscale n’est pas utilisé que par que les géants d’Internet, l’initiative de l’UE de juste participation géographique à l’impôt peut paraitre une bonne première étape, d’autant que cette simple première étape, qui si elle est mise en œuvre (pas avant 2019 en tout état de cause) pourrait rapporter environ cinq milliards d’euros.

Mais le ministère allemand des finances songerait selon le journal allemand Bild, qui a pu consulter un document confidentiel à annuler son plan sur la fiscalité des grands acteurs du numérique. Ce document du ministère des Finances mentionne que la « diabolisation » des grandes entreprises numériques « n’est pas productive ».

L’analyse de l’agence de presse Reuter est intéressante, montrant certaines contradictions politiques probables d’un ministre des finances (Olaf Scholz), membre du parti social-démocrate (SPD), et donc de la coalition de la chancelière Angela Merkel, qui avait fait de la taxation des “Gafa” l’un de ses thèmes de campagne lors des élections de l’année dernière.

Donc entre l’Irlande qui est assez logiquement contre cette proposition et l’Allemagne qui tergiverse, assez logiquement il est peu probable que l’UE ne se tranche avant des années sur ce problème des relations entre les instances gouvernementales et les géants d’internet que nous avions évoqué lors du billet PETITE MISE AU POINT SUR LES « GAFA ».

Microsoft : « Moi aussi je suis un méchant ! »

mechant GAFAMLa communication sur les « GAFA » n’est pas très positive, c’est le moins que l’on puisse dire, en France et en Europe. C’est d’ailleurs principalement sur le vieux continent que ce terme est employé.

Les Gafa désignent, vous le savez, Google, Apple, Facebook et Amazon. Les articles traitant des GAFA sont rarement élogieux et associés le plus souvent à des termes négatifs comme « Optimisation Fiscale «,  « Pillage » etc.

Faites une petite recherche sur Google (!) et regardez les premiers liens proposés. Le premier est la définition suivant Wikipédia, mais pour les autres ont trouve :

  • Pourquoi les état-unis doivent réguler les GAFA (lesechos.fr)
  • Rien n’arrête les GFA (Slate.fr)
  • Démantelons les Gafa (l’Express)
  • Faut-il avoir peur des GAFA(FranceTV.fr)
  • Oubliez les GAFA(Capital.fr)
  • Etc.

Dans un tel contexte, même si elle n’en est pas à l’origine du terme, pourquoi une entreprise comme Microsoft (en France) s’acharne à parler dans ces communications de « GAFAM » ? Pourquoi veut-elle ajouter systématiquement son « M »  lorsque l’on parle des GAFA ?

C’est un peu comme si elle disait : «  Moi aussi je suis un méchant » ! « Rappelez-vous comme j’étais méchant il y a pas si longtemps quand j’étais en position dominante sur Windows, Internet Explorer, etc.« .  Cela pourrait paraître comme un peu risible ou carrément pathétique.

Mais surtout pourquoi vouloir associer son image – qu’elle a fait tant d’efforts pour améliorer – à cet acronyme si négatif ?

Bien sûr, c’est sans aucun doute liée à l’admiration que les GAFA génèrent, plus forte que leur détestation, dans la population française. Une fascination pour ces entreprises qui, en très peu de temps, ont conquis et changé le monde grâce à leurs innovations. Seule Apple, mais moribonde, existait au début des années 2000. Donc pour Microsoft, associer son nom à ces entreprises est clairement une source de fierté.

Mais le message est aussi et surtout à mon avis, destiné aux employés, de plus en plus attirés par la concurrence des Amazon, Google ou autre Facebook (il suffit de faire un tour sur Linkedin pour voir la transhumance des Microsoftees).

Ce serait un peu pour les dirigeants de Microsoft France comme le message de Panzani dans ses publicités du siècle dernier « Chéri revient j’ai les mêmes à la maison » !

Alors pourquoi tant que l’on y est, ne pas ajouter aussi un O pour Oracle et un I pour IBM ! Et parlons de (fait) GAFAMOI 🙂

Petite mise au point sur les « GAFA »

Il y a 3 ans, dans cette même Lettre Calipia, nous vous proposions un article résumant une étude très complète de la société Fabernovel sur un phénomène alors assez nouveau : Les GAFA. Cette étude, intitulée GAFAnomics[1] décryptait les facteurs de performances des GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). Outre le bouleversement des usages, cette étude mettait en avant la rupture insufflée par ces géants du numérique concernant les règles établies de la stratégie business (concepts de marché, concurrence, positionnement, etc.).

Et si le ton de notre propos était à l’époque pour le moins positif, nous mettions cependant en garde contre les travers possibles liés à la monétarisation des données personnelles et à une certaine décontraction affichée face au concept de redistribution par l’impôt. Les résultats financiers de ces quatre entreprises étaient cependant ébouriffants et elles étaient en quelques années devenues quasi monopolistiques dans des pans entiers de l’industrie du numérique avec des stratégies innovantes. Ce qui suscitait une certaine admiration de la part des commentateurs et responsables à tel point que le terme de GAFA est quasiment devenu un mot-valise pour illustrer la réussite foudroyante des acteurs de la scène digitale.

Après trois années il nous a cependant paru intéressant de vous proposer ce nouvel article, dans lequel nous allons mettre en avant un certain nombre de dérives qui ont considérablement écorné l’image positive qu’avaient à l’époque ces sociétés.

Pour reprendre la formule d’Éric Scherer, directeur de la prospective de France Télévision dans meta-media[2] voici le déroulé de la situation :

  1. En galopins, au début, ils amusaient ;
  2. En barbares, ensuite, ils étonnaient ;
  3. En monstres, aujourd’hui, ils effraient.

De qui parle t’on en fait ?

Il est rare, en France, qu’une journée ne se passe sans que le terme GAFA (le plus souvent « Les GAFA ») ne soit employé. On le trouve dans la presse web et papier, à la radio, à la télé, mais aussi dans la bouche de candidats à la présidentielle, sous la plume d’économistes ou dans les rapports des associations et organismes qui s’intéressent à la vie du numérique.

Mais dire « Les GAFA », c’est faire un rassemblement qui n’a, au fond, pas beaucoup de sens. Ces sociétés ne sont pas une entité homogène avec une stratégie commune de domination mondiale, mais bel et bien des concurrents avec chacune ses particularités.

  • Apple est loin d’être né du Web et encore aujourd’hui, l’entreprise de Cupertino est plus connue pour son matériel que pour ses logiciels ou son importance dans le cloud (bien qu’elle soit réelle).
  • Google est une agence de publicité, un moteur de recherche, un créateur de robot, un fournisseur d’accès à Internet, un fonds d’investissement, un chercheur en santé et en intelligence artificielle… et Google ne s’appelle plus Google, mais Alphabet.
  • Amazon est un e-commerçant. Tout ce que fait Amazon n’a qu’un but : vendre toujours plus de choses sur Amazon. Kindle, 1-Click, Dash, Alexa, Premium, Prime Now et autres services se regroupent autour de l’activité principale du géant de Seattle : c’est une boutique qui veut vendre des choses matérielles ou immatérielles. Une grosse boutique internationale, mais une boutique quand même.
  • Facebook, enfin, est un réseau social, une régie publicitaire, une plateforme de contenu, un kiosque pour les médias (voire un média), un autre réseau social (Instagram) ou un explorateur de tendances technologiques. C’est, dans un sens, celui qui s’approche le plus de Google / Alphabet.

Donc « Les GAFA » est une expression qui est certes populaire et sans beaucoup de sens, mais qui est surtout devenu symbolique du fait que le fonctionnement de l’économie digitale favorise les économies d’échelles et la domination très forte de quelques acteurs ayant eu des succès très rapides dans des domaines tels que la recherche, les réseaux sociaux, la publicité, le e-commerce, la diffusion de contenu, les nouveaux matériels, etc. Et ce avec des stratégies commerciales agressives, avec une exploitation éhontée des données personnelles collectées et avec une certaine dextérité pour contourner les lois fiscales des pays dans lesquels ils opèrent.

Et a ce titre il serait intéressant d’intégrer dans la liste originale des acteurs traditionnels tels que Microsoft (on parle de plus en plus de GAFAM), mais aussi la société IBM si on anticipe un peu la future importance des acteurs de « l’Intelligence Artificielle » (encore une notion qui mériterait quelques développements).

Pour rester dans le domaine des sociétés américaines, Netflix, Airbnb, Tesla, Uber (« Les NATU ») sont aussi dans le profil. Les chinois quant à eux ne sont pas en reste avec Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi (« Les BATX ») auxquels on peut ajouter Huawei. Et on peut enfin ajouter la japonaise Softbank, le coréen Samsung, et les russes Yandex et Vkontakte pour compléter la liste des monstres du numérique.

Et autant dire que le terrain de jeu de ces GAFA, NATU, BATX, c’est une Union Européenne qui est dépourvue de stratégie et est devenue un nain de l‘industrie numérique. Avec des conséquences sociétales qui sont assez considérables et surtout non maitrisées par les gouvernements qui semblent pour le moins dépassés par la situation et la puissance financière de ces acteurs du numérique que par facilité nous qualifierons de GAFA.

Des chiffres qui donnent le tournis

Avec plus de 540.000 employés Amazon a désormais la taille d’un petit pays ! En trois mois fin 2017 elle a ajouté 160.000 personnes à ses effectifs et doublé de taille en un peu plus d’un an. Au rythme de +30% par an, elle emploiera plus d’un million de personnes d’ici trois ans.

Article GAFA 1

Le groupe vend plus de 350 millions de produits différents en concurrence directe avec plus de 130 grandes firmes. Aux Etats-Unis, Amazon est devenu non seulement le principal magasin en ligne, mais aussi un intermédiaire crucial de la culture et du divertissement (livres, vidéos, …), de l’alimentation (Whole Foods) et depuis peu un majordome domestique, via ses nouvelles bornes intelligentes (Echo, Alexa…).

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